L’impasse des indicateurs chiffrés

La « philosophie » des politiques de modernisation de l’action publique vantait que l’indicateur permettrait une mesure plus objective de son efficacité. Mais en réalité, il ne s’agit pas de prendre en compte le réel mais de modeler l’indicateur en fonction d’une intention politique.

La logique de rationalisation des politiques publiques veut désormais que ses résultats soient évalués par la production d’un indicateur. Ainsi, certains chiffres prétendent désormais symboliser la réussite ou l’échec d’une politique.

Il en est ainsi du nombre de voitures brûlées lors de la nuit du réveillon pour mesurer la politique de sécurité publique. Il devrait pourtant être évident que ce chiffre, y compris dans sa dimension comparative d’une année sur l’autre, n’a guère de véritable signification évaluatrice… mais le diktat du chiffre est tel que lorsque cette évolution va dans le sens d’une augmentation, elle est devenue le symbole d’un échec. Qu’à cela ne tienne : il suffit de manipuler l’indicateur en ne comptant plus le nombre total de voitures brûlées mais seulement le nombre de mises à feu, ce qui exclut du comptage les voitures brûlées par voisinage d’un véhicule mis à feu. Le tour est joué : le chiffre nouvellement obtenu produit une baisse dont le ministre peut se féliciter1.

La « philosophie » des politiques de modernisation de l’action publique vantait que l’indicateur permettrait une mesure plus objective de son efficacité. Mais en réalité, il ne s’agit pas de prendre en compte le réel mais de modeler l’indicateur en fonction d’une intention politique.

 

 

Paul Devin sur twitter : @pauldevin59

 

(1) Voir : http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/01/02/nouvel-an-comment-bruno-le-roux-a-minimise-la-forte-hausse-du-nombre-de-voitures-brulees_5056261_4355770.html

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