L’observatoire, l’école et la laïcité

Suppression de l'Observatoire de la laïcité : l'école peut-elle renoncer à des ressources indépendantes et objectives pour l'aider à penser les questions de laïcité ? Devra-t-on désormais concéder à ce que les conseils donnés aux enseignants soient assujettis aux volontés politiques particulières du gouvernement ?

L’Observatoire de la laïcité vit ses derniers temps. L’argumentaire de Marlène Schiappa est celui de la nécessaire modernisation … mais personne n’est dupe d’une volonté de reprise en main pour disposer d’une instance portant la parole gouvernementale sur le sujet.

Les missions de l’Observatoire étaient tout autre : celles de conseiller le gouvernement en réunissant des données et produisant des analyses et celles de former à la laïcité au travers de guides et de documents comme par des interventions. Pour ce faire, l’Observatoire se fondait essentiellement sur des analyses juridiques considérant que c’est l’esprit même de la loi de 1905 qui doit nous conduire à considérer qu’en l’absence des restrictions prévues par la loi, la République doit s’attacher à assurer la liberté de conscience.

C’est cela qui doit constituer le fondement de l’éducation à la laïcité dans les perspectives de la volonté conjointe du respect des libertés individuelles et de l’unité sociale autour de valeurs communes.

Dans un état de droit, les enseignants ont besoin d’être formés aux questions laïques dans les principes d’une objectivité juridique qui constitue une garantie démocratique contre d’éventuelles interprétations partisanes. De ce point de vue, il n’est pas bon pour l’école républicaine de perdre les garanties de ressources indépendantes et fondées sur le droit.

Devra-t-on désormais concéder à ce que les conseils donnés aux enseignants soient assujettis aux volontés politiques particulières du gouvernement ?  

Dans le contexte actuel, nous savons que cela rendrait l’école encore plus perméable au débat binaire. Finira-t-il par s’imposer à l’école en considérant que toute vision modérée et dialectique de la question ne procéderait que de naïves complicités voire d’infâmes compromissions ?

Il faut sans doute rappeler ce qu’est le travail des enseignants en matière de laïcité.

Il s’inscrit dans la patience quotidienne de l’éducation et non pas dans les rhétoriques d’une communication politique.

Il réclame les subtiles attentions qui vont prévenir chez les élèves le sentiment d’être discriminé tout en lui permettant de s’approprier des valeurs communes.

Il nécessite des connaissances objectives fondées sur la légalité et capables de protéger d’interprétations idéologiques particulières.

Tout cela, l’Observatoire de la laïcité contribuait à le permettre qu’il s’agisse de ses conseils juridiques à notre administration, de ses analyses ou de ses actions de formation. Nous ne pourrions admettre que ce soit une institution de communication gouvernementale qui, désormais, assure cela.  

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.