Quand le sondage d’opinion guide la communication ministérielle

Le ministère de l’Éducation nationale a commandé à l’IFOP un sondage sur les programmes et l’évaluation dont les résultats ont été publiés le 30 septembre.

Une curieuse vision des programmes

Pour connaître l’opinion des français sur les évolutions des programmes scolaires, trois questions leur sont posées :

  • Êtes-vous favorable à des entrainements quotidiens au calcul mental à l’école primaire ?
  • Êtes-vous favorable à l’instauration de « dictées quotidiennes » à l’école primaire ?
  • Êtes-vous favorable au renforcement de l’enseignement laïque du fait religieux dans les programmes d’histoire ?

On peut s’étonner que, cherchant à connaître l’opinion des français sur les programmes, ces trois éléments soient choisis pour caractériser les évolutions essentielles. Ils sont loin de constituer les traits saillants de ces nouveaux programmes. Et tout particulièrement pour celui qui concerne l’instauration d’une dictée quotidienne qui ne constitue ni une obligation, ni même une recommandation des nouveaux programmes. Pour l’apprentissage de l’orthographe, les programmes recommandent une pratique régulière et variée, ce qui ne peut évidemment se confondre avec la prescription d'une dictée quotidienne. 

A chaque public, une communication "ciblée"...

Quand on découvre les résultats de l’enquête IFOP, à savoir que 93% des sondés sont favorables à la dictée quotidienne, on comprend que la ministre ait été tentée d’en faire un des axes majeurs de sa conférence de presse sur les programmes.

L’opération de communication vers le grand public étant faite, il ne restait plus qu’à rassurer les enseignants qui, pour reprendre l’expression de Sébastien Sihr, secrétaire général du SNUIPP-FSU, sont « abasourdis ». Après avoir affirmé devant les journalistes l’obligation faite aux enseignants d’une dictée quotidienne, la ministre rassure les enseignants avec un retour aux prescriptions réelles du programme. À chaque public, la communication ministérielle réserve un discours sensiblement différent !

De la compétence professionnelle et de l’opinion publique

Au-delà de cette tentation à brosser l’opinion dans « le sens du poil », une telle communication ministérielle contribue à accréditer l’idée que les choix pédagogiques et didactiques relèvent de l’opinion générale et non d’une compétence professionnelle spécifique. Demanderait-on à l’opinion d’influer les choix professionnels d’un chirurgien ou d’un programmeur informatique ?
C’est d’autant plus préoccupant que ces opinions s’expriment alors que 77% des sondés avouent ne pas connaitre les nouveaux programmes ou ne pas bien savoir de quoi il s’agit !

Manifestement notre ministre n’est pas prête au courage nécessaire pour affirmer que, si le projet politique d’une éducation nationale appartient à la nation, sa mise en œuvre pédagogique et didactique ne peut relever que des enseignants, seuls à disposer des savoirs professionnels nécessaires pour appréhender la complexité des situations d’apprentissage.

 

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