La réussite scolaire : une question d'image?

Des équipes enseignantes, souriantes, soudées autour de leur chef, emportées par la gestuelle de l’enthousiasme affichent sur les réseaux sociaux leur esprit de confiance... au moment même où on multiplie les injonctions et s'apprête à différencier les rémunérations au mérite et introduire la concurrence entre les personnels. Pas tout à fait les ingrédients idéaux de l’école de la confiance...

Le discours ministériel ne connaît pas le doute. Interviewé sur France 2, Jean-Michel Blanquer assure ne connaître aucun stress pour cette rentrée. Questionné sur l’esprit de confiance, il affirme que cette confiance repose d’abord sur une rentrée bien préparée : «le jour J, tout est là». Nous conviendrons avec lui que le consciencieux travail des services administratifs va permettre, comme chaque année, que l’essentiel soit assuré et dans de bonnes conditions. Mais cela nous ne le devons pas à une politique ministérielle particulière qui aurait inspiré un esprit de confiance favorable à la rentrée, nous le devons à l’existence d’un service public, aux moyens que la décision politique leur consacre, même insuffisamment, et au travail de ses fonctionnaires.

Par contre, il y a quelque chose de nouveau à cette rentrée. En tous cas, quelque chose qui, engagé depuis plusieurs années, semble fortement s’affirmer : vouloir donner l’image d’une mentalité institutionnelle nouvelle. Car il y a des choses qui se passent aujourd’hui qui n’auraient pas été possibles, il y a quelques années.
Quelques exemples  : réunion de rentrée des nouveaux personnels enseignants dans une académie : tout le monde chante « Freedom » en levant les bras et la vidéo de ce moment est diffusée sur les réseaux sociaux par l’institution elle-même; réunion de rentrée des directrices et directeurs d’une circonscription de premier degré ou d'un établissement: photo générale autour de l’inspecteur ou du chef d'établissement ... on se tient par les épaules pour montrer sa cohésion, on lève les bras pour montrer son enthousiasme, ....
On pourrait multiplier ces exemples d’images qui se caractérisent toutes par la volonté de montrer des personnes souriantes, enthousiastes et unies ... Les messages qui accompagnent mériteraient une analyse de récurrence lexicale : "confiance" et bien sûr "réussite" mais aussi "joie", "enthousiasme" et même "bonheur" !

Donner l’image de la confiance....

Le ministre nous l’explique au gré des interviews (par exemple France2 Télématin) : la confiance, c’est un état d’esprit, une mentalité, une tonalité ! D’aucuns de s’étonner que nous ne nous réjouissions pas d’un tel affichage d’enthousiasme, évidemment préférable à l’image d’une indifférence morose ou d’un renoncement résigné à la réussite des élèves. Nul doute que cette image peut séduire, donner l’impression d’un changement, d’une prise de conscience. D’autant que le discours politique cherche à l’opposer à une autre image, davantage « ancien monde », celle d’une institution méprisante pour ses élèves, centrée égoïstement sur l’intérêt de ses agents et résignée à renoncer à la réussite d’une partie d’entre eux.

... pour éviter de percevoir la réalité objective.

Mais la démocratisation scolaire n’est pas soluble dans le discours. Elle ne peut avoir de sens que dans son effectivité.
La réalité est moins harmonieuse que les belles images données à voir pour la rentrée. Les prescriptions méthodologiques en matière de lecture comme les perspectives de réforme du bac sont loin de pouvoir garantir leurs résultats, le fiasco de Parcoursup va écarter des milliers d’élèves des études supérieures, les menaces sur l’enseignement professionnel et agricole risquent fort de coûter bien des réussites aux enfants des classes populaires, la crise de recrutement enseignant est loin d'être résolue, ... 
A minima, le doute serait de rigueur quant aux effets sur la réussite ! Mais on va lui préférer la répétition ad libitum d’un slogan, une sorte de méthode Coué qui finirait par imposer cette affirmation de la réussite au mépris de l’analyse objective des effets de la politique engagée sur les parcours scolaires des élèves.

L’équipe souriante, soudée autour de son chef, emportée par la gestuelle de l’enthousiasme affiche désormais publiquement, sur les réseaux sociaux, ce nouvel état d’esprit... au moment même où on multiplie consignes et injonctions et où on s'apprête à différencier les rémunérations au mérite et à introduire la concurrence entre les personnels. Peut-être pas tout à fait les ingrédients idéaux de l’école de la confiance...

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