Brighelli : toujours les mêmes outrances méprisables...

Dans un article du Figaro de ce jour, Brighelli livre à nouveau sa verve haineuse et réactionnaire sur l’école tout en cherchant à se situer dans la proximité de celui qu’il pressent comme vainqueur des prochaines présidentielles. Toujours les mêmes outrances méprisables, si loin de la réalité du travail des enseignants

Je ne m’étendrais pas sur les raccourcis qui résument l’évolution de l’enseignement du français par un abandon de l’écrit pour un intérêt désormais unique pour l’oral. Objectivement, personne ne peut résumer les programmes actuels ainsi ! Et il suffit de s’être un tant soit peu intéressé à la didactique du français pour constater que les recherches sur la langue écrite, qu’il s’agisse d’apprendre à produire des textes, d’être capable de constructions grammaticales pertinentes ou d’orthographier correctement sont loin d’avoir été négligées pendant les cinquante dernières années. Par ailleurs les revirements politiques qui ont amené certains programmes à se centrer sur les fondamentaux, en prétendant redonner à la grammaire et à l’orthographe leur place essentielle, n’ont pas fait la preuve d’être capable de produire le redressement orthographique que Brighelli appelle de ses vœux.

Le raisonnement de Brighelli fonctionne toujours sur le même modèle : celui de l’outrance, de l’exagération simplificatrice, du mensonge (la prétendue nouvelle orthographe de"farmacie") et de l'insinuation haineuse. Nous découvrons par exemple que les programmes d’histoire ont été concoctés sous l’influence d’Aggiornamento et de Laurence de Cock que Brighelli qualifié de « secte », de « bêtes nuisibles ». Lui qui nous fait des leçons sur la langue écrite n’ignore sans doute pas dans quel champ sémantique, il puise ses mots.

Le problème reste toujours le même. Qu’est-ce que le pédagogisme, sinon la désignation confuse d’un danger, d’une menace qu’on brandit pour faire le lit des simplifications réactionnaires ? J’ai suffisamment dit mon attachement à la transmission des connaissances, suffisamment raillé la vacuité de la notion de bienveillance, suffisamment exprimé de critiques contre les prétendus miracles de la classe inversée, suffisamment dénoncé les mirages de la motivation superficielle entretenue par les gadgets numériques pour que le doute puisse subsister sur mes éventuelles attirances vers les leurres que certains sont prêts à nous vendre aujourd’hui. Mais pour autant, nous ne pouvons laisser croire que la pédagogie serait un camp idéologique, qui plus est celui du renoncement à une école ambitieuse sur le plan du savoir. La pédagogie n’est pas un choix. Elle est la condition même de l’enseignement, celle qui consiste à penser sa manière d’enseigner.

La réalité de l’école d’aujourd’hui n’est pas celle d’une guerre entre pédagogistes et conservateurs. Cette guerre-là, elle n’existe que pour faire vivre Brighelli, Barjon, Finkielkraut et quelques autres. Tout cela est bien loin du travail quotidien des enseignants, de la complexité qu’ils doivent affronter tous les jours pour permettre à leurs élèves de progresser, de désirer le savoir, de vouloir connaître et comprendre le monde.

Tout cela demanderait qu’on se centre sur les véritables clefs d’une amélioration nécessaire : celles d’un développement qualitatif et quantitatif de la formation initiale et continue, celle d’une restauration de l’attractivité des professions enseignantes, celle de l’amélioration des conditions d’enseignement. Mais au lieu de cela, Brighelli préfère instrumentaliser la question de l’orthographe pour faire une petite courbette à Fillon, dénonciateur de la caste des pédagogistes. Un petit tour au SNALC, un petit tour chez Dupont-Aignan, quelques pas de côtés vers le FN… et puis, on ne sait jamais ce que l’avenir peut réserver, un petit compliment à Fillon… tout en fustigeant la démission de l’État devant les syndicats enseignants. Démission que la réforme du collège rend tout de même très relative !

Loin de ces courbettes successives, la vie quotidienne des enseignants : leur bagarre quotidienne pour tenter de convaincre les élèves que l’orthographe est une chose importante, que la grammaire est nécessaire pour accéder à une qualité d’expression plus subtile, plus efficace, plus pertinente et que la maîtrise de l’écrit est fondamentale à leur vie; leur recherche continue pour trouver des situations didactiques capables de dépasser les difficultés d’apprentissage de leurs élèves, de les faire progresser, de leur transmettre des savoirs, de leur permettre de se les approprier.

Au vu de tout cela, l’outrance de Brighelli n’est que méprisable.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.