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Syndicaliste, Paul Devin a été inspecteur de l'Education nationale et secrétaire général du SNPI-FSU. Il est actuellement le président de l'Institut de Recherches de la FSU
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Billet de blog 4 déc. 2021

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Préjugés sur le temps de travail enseignant : méconnaissance ou stratégie ?

A nouveau quelques médias nous servent les habituels préjugés sur le temps de travail des enseignantes et enseignants qui voudraient laisser croire que son volume réduit est une des causes des insuffisances de l’école…

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A nouveau quelques médias nous servent les habituels préjugés sur le temps de travail des enseignantes et enseignants qui voudraient laisser croire que son volume réduit est une des causes des insuffisances de l’école…
Et ils ont un moyen simple de le faire, c’est de confondre les obligations réglementaires de service avec le temps de travail. Pour dire les choses plus simplement, de faire croire que le travail enseignant se limite aux heures de cours devant élèves. Procédé délibérément malhonnête puisque ceux qui l’utilisent savent bien qu’au-delà de ces obligations chiffrées hebdomadairement, les profs doivent aussi participer à des réunions pédagogiques, organisationnelles ou administratives, se concerter avec leurs collègues sur des questions pédagogiques ou didactiques, préparer leur cours, corriger leurs copies, rencontrer les parents d’élève… Et qui pourrait chiffrer avec précision dans le temps qu’il consacre à ses lectures, quelle est la part de son activité qui relève de son intérêt personnel de celle qui correspond au nécessaire développement de sa culture professionnelle ?
Bref… les enseignantes et les enseignants travaillent bien au-delà de leurs obligations de service et les analyses et enquêtes sur le sujet[1] montrent que leur temps de travail réel outrepasse largement le temps statutaire de travail d’un fonctionnaire qui est de 1607 heures par an.

Faut-il croire que les journalistes soient si négligents pour ignorer cela ? Non, derrière le récurrent discours de dénigrement qui accuse les profs de ne pas beaucoup travailler, il y a des intentions politiques évidentes. 
Tout d’abord, la volonté de nourrir la représentation d’un service public qui est un gaspillage financier. Quoi de plus efficace pour justifier la réduction du service public que de laisser croire qu’il est coûteux et peu efficace ?  On contribue, en faisant croire à de scandaleux avantages, à nourrir des rancœurs qui renforceront l’opinion d’une nécessité à renoncer au statut du fonctionnaire au prétexte d’une rationalisation des usages de l’argent public. Il n’y a pas besoin pourtant d’une analyse bien poussée pour se rendre compte que l’emploi contractuel ne permet aucunement de s’assurer d’un engagement supérieur de l’agent… il permet seulement de payer moins et, pour reprendre l’expression néomanagériale consacrée, de gérer des flux plutôt que des stocks, c’est-à-dire de pouvoir jouer des contrats au gré d’habiletés de gestion financière ! 
Mais l’entretien d’un tel discrédit sur le temps de travail enseignant permet surtout de détourner l’attention de ce qui constitue aujourd’hui le problème majeur de l’école : l’insuffisance de ses moyens. Là encore les études ont montré que le non-remplacement des enseignants n’était pas lié à leur absentéisme mais à l’impossibilité de disposer des effectifs nécessaires pour assurer la présence d’un enseignant ou d’une enseignante devant chaque classe.
Quant à la rémunération au mérite dont on nous explique qu’elle incitera immédiatement les enseignants à faire davantage, aucune étude prospective n’est venu l’accréditer, bien au contraire[2]… et on peut croire que son effet majeur sera de renforcer le pouvoir injonctif des cadres, ce qui est loin d’être, en soi, une garantie d’amélioration quantitative. 

Résumons-nous : 
Le temps de travail des fonctionnaires enseignants n’est pas plus léger que celui des autres travailleurs ! Les difficultés de l’école à assurer la continuité du service ne sont donc pas le résultat d’un investissement défaillant des profs !
Le problème est celui d’un déficit structurel de moyens. Pour le résoudre, il faut une volonté politique déterminée d’investissement dans l'éducation. Elle permettra, par l’amélioration des conditions de travail et l’augmentation des salaires, de redonner de l'attractivité aux métiers de l’enseignement et d’engager des recrutements massifs.

[1] DEPP, Note d’information n° 13.13, juillet 2013

DEPP, Dossiers évaluations et statistiques n°194, octobre 2009, p.63-90

INSEE, Vue d'ensemble, Portrait de la population, France, portrait social,2010, p.25-38

[2] Paul DEVIN, Rémunérer les enseignants au mérite, AOC, 6 décembre 2019
https://pauldevin.files.wordpress.com/2019/12/2019-12-aoc-rc3a9munc3a9rer-les-enseignants-au-mc3a9rite-2.pdf

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