Brighelli : déformations des données sociologiques et stéréotypes racistes

Dans un récent article du Point (05/08/2016), Brighelli prétend à la fois constater l'échec scolaire des élèves d'origine maghrébine et l'analyser par un facteur commun, celui de la culture de l'excuse.

Déformation des données sociologiques

Sur le constat d'échec qu'il prétend fonder sur une étude INSEE de 2012, Brighelli procède par une simplification outrancière. L'étude affirme en effet que "l'inclusion des caractéristiques sociodémographiques conduit à réduire fortement les effets liés à l'origine géographique". Les facteurs majeurs de l'inégalité de réussite restent donc des facteurs sociaux parmi lesquels la catégorie socioprofessionnelle des parents. Il n'y a là rien de spécifique aux populations issues de l'immigration mais un facteur commun à l'ensemble de la population. L'enquête de l'INSEE constate même que les filles de l'immigration marocaine et tunisienne obtiennent plus souvent un baccalauréat que les filles qui ne sont ni immigrées, ni filles d'immigrées. Il n'y a donc aucune détermination de réussite qui puisse s'expliquer par l'origine.

Vieux stéréotypes racistes 

Non content de déformer les conclusions de l'INSEE, Brighelli prétend donner à cet échec un modèle explicatif : celui d'une culture d'origine où l'effort personnel n'est pas valorisé... C'est le retour, policé dans sa forme superficielle, des vieilles représentations injurieuses qui associent certaines populations avec un manque d'appétence au travail, y compris dans leur comparaison avec d'autres, réputées "travailler dur". En définitive, sous l'apparence d'un discours fondé sur le constat sociologique, Brighelli fait ressurgir les stéréotypes grossiers de la discrimination raciste. D'ailleurs, c'est sans hésitation qu'il associe les résultats scolaires des élèves d'origine maghrébine avec une violence délinquante ou terroriste!

Brighelli ne fait rien d'autre que d'instrumentaliser un problème complexe et réel, celui de la détermination sociale de la réussite scolaire, pour développer les argumentations populistes et haineuses de l'extrême-droite.

Il est indispensable de rappeler que cette instrumentalisation se fonde sur une déformation des analyses de l'INSEE. 

 

 

Paul DEVIN 
sur Twitter : @pauldevin59

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.