Et si le ministre tirait les véritables leçons de PIRLS ?

PIRLS 2016 nous confirme, une fois de plus, que les difficultés de l’école française dans l’apprentissage de la lecture n’ont rien à voir avec la méthode globale et ne se résoudront pas dans une centration exclusive de l'activité d'enseignement sur les questions grapho-phonologiques.

Les résultats de PIRLS 2016 confirment une baisse régulière des performances des élèves français. Mais comme d’habitude, à la publication de ces grandes enquêtes internationales, ce n’est pas dans l’analyse fine des résultats que beaucoup de commentateurs cherchent les perspectives d’une amélioration. Le scénario le plus fréquent est connu : kyrielle de qualifications dramatisantes et injonction finale demandant à l’école française de tirer les leçons de PIRLS !

Dans une conférence de presse tenue immédiatement après la publication (5 décembre 2017), le ministre a solennellement appelé au volontarisme pédagogique pour faire face à l’ampleur du défi. Et de nous assurer que les réformes entreprises dès le mois de mai dernier allaient y contribuer. Mais est-ce vraiment la leçon de PIRLS 2016 ?

Sur le plan du classement, PIRLS témoigne de résultats français plus faibles que la moyenne des pays européens et à nouveau en baisse. 
Mais à quoi ces résultats français sont-ils dus ? À la baisse significative des performances des élèves français à comprendre un texte informatif et à leur faiblesse à traiter l’information contenue dans les textes lorsqu’elle nécessite des processus d’analyse complexe. L’enquête détaille même les activités intellectuelles concernées et insuffisamment mises en œuvre dans l’école française : inférences, anticipation, analyse stylistique et structurale, identification des intentions de l’auteur. La faiblesse des élèves français se situe donc au niveau de la compréhension particulièrement lorsqu’elle demande les opérations de traitement de l’information les plus complexes.

Il y a donc un vrai paradoxe à vouloir nous présenter les réorientations graphe-phonologiques voulues par le ministre Blanquer comme une perspective d’amélioration du classement français à PIRLS. D’autant que les élèves évalués par PIRLS 2016 sont justement les élèves qui ont appris à lire avec les programmes Darcos qui incitaient à un enseignement précoce du principe alphabétique et de la reconnaissance des lettres et des relations grapho-phonologiques.

Par ailleurs, PIRLS nous apprend que la question ne peut se résumer dans une augmentation du volume de l’activité d’apprentissage de la langue qui est déjà très élevé en France mais doit se cibler sur le développement des activités de compréhension dont certaines sont jusqu’à deux fois moins développées en France qu’ailleurs. Là encore, il ne suffit pas de décréter que désormais les APC se consacreront à la compréhension, il faudrait en faire une activité centrale de la classe.

Ce que nous confirme aussi PIRLS, c’est que les environnements socio-culturels valorisant l’écrit sont favorables à la réussite des lecteurs. Là encore, il faudrait en tirer la conclusion de l’absolue nécessité que la classe, dès la maternelle, soit le lieu où se construise une relation culturelle à l’écrit pour que l’école assume son rôle égalitaire vis-à-vis des élèves ne bénéficiant pas des environnements familiaux les plus favorables. 

Enfin, PIRLS affirme que la formation continue des enseignants français est plus faible que celle des autres pays.

En résumé, PIRLS 2016 nous confirme, une fois de plus, que les difficultés de l’école française dans l’apprentissage de la lecture n’ont rien à voir avec la méthode globale et ne se résoudront pas dans une centration sur les questions syllabiques. Notre ministre qui annonçait à sa prise de fonctions que les grandes enquêtes internationales seraient un des piliers de sa politique aurait pu trouver dans PIRLS l’inspiration d’une réorientation radicale. Non!... Il se contente d’annoncer une curieuse hiérarchisation où les activités de compréhension seront assurées hors de l’enseignement fondamental en classe, pendant les activités pédagogiques complémentaires (APC) en élémentaire et l’accompagnement personnalisé (AP) au collège.

 twitter : @pauldevin59

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