Journées de la Refondation : à nouveau le choix de la communication politique

Journées de la Refondation : à nouveau le choix de la communication politique plutôt que celui de l’analyse de la réalité. Les journées de la refondation ont renforcé la vision caricaturale qui voudrait faire croire que les oppositions aux réformes seraient portées par des conservatismes égoïstes et inconscients des enjeux de démocratisation de la réussite scolaire.Mais la réalité est tout autre.

Les Journées de la Refondation n'auront pas été le bilan qu'on aurait pu en attendre. Elles auraient dû être un moment d'interrogations, d'analyses, de témoignages contradictoires visant à comprendre la réalité de la situation actuelle et la nature des oppositions qui sont aujourd'hui largement exprimées. Elles auraient pu chercher à identifier les infléchissements ou les renoncements nécessaires pour mieux servir les ambitions égalitaires voulues par la loi. 

Le ministère a préféré la mise en scène d’une communication politique d’autosatisfaction. Une telle communication conduit aujourd’hui à opposer, sur un modèle antagoniste, les volontés jugées démocratiques des réformateurs au prétendu conservatisme égoïste des protestataires. En somme il n'y aurait qu’une alternative : adhérer sans faille ou refuser la démocratisation de la réussite scolaire. 

Mais ceux qui refusent aujourd'hui la réforme du collège ou qui doutent des effets de la réforme des rythmes n'en sont pas pour autant des opposants aux principes qui fondent la loi de refondation et tout particulièrement quand elle affirme que la lutte contre les inégalités sociales doit constituer l'objectif majeur du service public d'éducation. L'expression de leurs oppositions ne suppose pas qu'ils soient les avocats d'une école seulement préoccupée des meilleurs élèves ou les défenseurs de leurs stricts intérêts corporatifs. Elle ne suppose pas qu’ils fassent le choix d’un modèle libéral de politique scolaire. 

La question légitime que les Journées de la Refondation auraient dû poser est celle de l'adéquation des réformes engagées aux objectifs de démocratisation de l'accès aux savoirs et à la culture commune. On pourrait multiplier les exemples pour lesquels ce questionnement se pose d'évidence. 

Qui pourrait aujourd'hui être certain d'une corrélation entre autonomie des établissements et réussite des élèves, quand l'observation des pays ayant engagé cette autonomisation suscite plutôt l'inquiétude d'un effet inverse ?

Qui pourrait être sûr que les EPI sont capables, dans leur essence comme dans leurs conditions de mise en œuvre, de contribuer à faciliter l'accès aux savoirs ?

Qui peut affirmer objectivement que la réforme des rythmes a facilité les apprentissages, quand la ministre décide de ne pas publier le rapport réalisé, il y a un an, par l’Inspection générale sur le sujet ? 

Qui peut dresser un bilan satisfait de la formation initiale des enseignants au constat de l’hétérogénéité qualitative de sa mise en œuvre et de difficultés persistantes ?

Qui peut se contenter d’un discours répétant la relance de la formation continue quand il constate que, sur le terrain, nous sommes si loin de pouvoir répondre à la réalité des besoins comme des demandes ? 

Qui pourrait, raisonnablement, accepter de croire que le développement des usages numériques pourrait, en soi, modifier la relation des élèves aux savoirs au point de transformer radicalement les paradigmes de l’enseignement ?  

L’instrumentalisation de la politique scolaire aux fins d’une communication ministérielle et gouvernementale est une erreur fondamentale quand il serait nécessaire de produire les larges consensus permettant les transformations nécessaires. Elle empêche que soit perçu ce qui en serait le vecteur premier, une fois posés les principes d’égalité voulus par la loi de refondation : définir les conditions d’une évolution des pratiques professionnelles guidée par la seule analyse objective. Une fois fixée par la loi dans ses principes généraux et dans son ambition fondamentale d’égalité, l’action éducative publique doit reposer sur les savoirs faire professionnels des personnels renforcés par la formation et l'accompagnement, à l’abri des présupposés idéologiques et des fantasmes des modes pédagogiques passagères. 

twitter :   @pauldevin59

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