Deux ou trois choses simples en matière d’apprentissage de la lecture …

Deux ou trois choses simples .... mais qu'il nous faut dire haut et fort !

Nous expliquer que c’est la méthode globale qui est responsable des difficultés des élèves et particulièrement pour les enfants des classes populaires supposerait que la lecture soit enseignée en France essentiellement de manière globale !  C’est faux.
La méthode globale de Decroly et les méthodes similaires n’ont été appliquées que dans un nombre extrêmement réduit de classes.
La méthode idéovisuelle défendue par Foucambert dont l’excès majeur était de refuser tout enseignement du code a eu une influence dans les années 1970-1980. Mais très rapidement la grande majorité des chercheurs a dit qu’il fallait simultanément et sans hiérarchisation, à la fois enseigner les relations graphophonologiques et permettre de construire le sens de l’écrit dans une perspective qui est autant la compréhension des textes que l’acculturation aux usages de l’écrit. C’était par exemple le message clair des conférences de consensus de 2003 (PIREF) et 2016 (CNESCO) qui faisaient une synthèse de l’ensemble des recherches. Et la réalité des classes et que depuis les années 1990, le travail de décodage était la réalité de la quasi-totalité des classes. Resterait à développer les compétences professionnelles des enseignants sur le sujet mais le choix a été de tant réduire la formation que désormais c’est quelques heures seulement qui prétendent former sur le sujet.

Prétendre que la méthode syllabique est un outil de justice sociale, c’est vouloir oublier que les générations formées par l’épellation et l’assemblage syllabique n’accédaient jamais au sens complexe, ce qui n’était effectivement pas un problème pour une société où seule une élite accédait à l’enseignement secondaire. Vouloir affirmer, comme le font les consignes ministérielles actuelles qu’il faut d’abord maitriser le code, c’est prendre le risque de construire chez l’élève une représentation que l’essentiel du travail de lecture c’est l’oralisation. Cette représentation est un obstacle à la compréhension.
Par ailleurs, les consignes actuelles ont tendance à minorer le travail culturel sur toutes les formes de textes dont les textes littéraires. Ce travail est essentiel pour permettre aux enfants de s’approprier l’écrit, d’en faire un objet usuel de leur vie quotidienne, un outil essentiel de compréhension, de résolution des problèmes et de découverte du monde. C’est-à-dire l’outil de leur émancipation intellectuelle. Et si l’école ne permet pas cela aux enfants des quartiers populaires, dès l’école maternelle et tout au long de sa scolarité, qui le fera ?
Quant à expliquer que le travail syllabique est plus facilement accessible aux enfants des classes populaires que le travail sur la culture de l’écrit, qui le justifiera à moins d’énoncer quelques préjugés qui finissent par considérer que l’essentiel pour les enfants des milieux populaires est de leur assurer l’accès aux fondamentaux…

La seule attitude responsable aujourd’hui est de repartir sur le consensus d’un apprentissage simultané du code et de la compréhension et de se donner les moyens de former les enseignants à la hauteur de la complexité de ce travail.
Ce n’est manifestement pas le choix du ministère mais il ne pourra pas nous faire croire qu’en procédant ainsi, il fait le choix de la justice sociale.

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