Parcoursup ... et si on posait le vrai problème?

On pourrait croire que le problème essentiel de Parcoursup serait lié à la complexité technique de l'orientation post-bac.Mais une question pourrait en réalité s’avérer plus essentielle pour résoudre le problème actuel : sommes-nous toujours favorables à une démocratisation de l’enseignement supérieur ?

Tout au long de l’été, la presse n’aura eu de cesse de témoigner de l’inquiétude et du stress de dizaines de milliers de jeunes bacheliers qui sont toujours dans l’attente. Nul doute que leurs situations singulières sont inacceptables et qu’il est légitime qu’on leur permette d’exprimer le sentiment d’une incompréhensible injustice. Mais à trop exclusivement mettre la focale sur la réalité des situations individuelles d’orientation, on pourrait croire que le problème essentiel serait lié à la complexité technique d’une opération d’orientation concernant plus de 700000 élèves faisant des choix dans un nombre croissant de formations de nature différentes. Une question pourrait en réalité s’avérer plus essentielle et expliquer en profondeur un problème qu’on pourrait tenter d'éviter en se focalisant sur sa seule complexité technique : sommes-nous toujours favorables à une démocratisation de l’enseignement supérieur ?

Rares sont ceux qui, comme Marine Le Pen, ont affirmé la nécessité de renoncer au principe affirmé dans l’article 612-3 du Code de l’Éducation: celui de l’ouverture de l’Université à « tous les titulaires du baccalauréat et à ceux qui ont obtenu l'équivalence ou la dispense de ce grade.». Mais plus nombreux sont ceux qui sont des plus ambigus sur la question comme Emmanuel Macron qui, tout en cherchant à éviter soigneusement le terme de sélection, affirme le principe de prérequis nécessaires.

En réalité, il y a longtemps qu'est toléré dans le discours politique ce jeu qui consiste à faire croire à un principe de non sélection mais à refuser à l’université les moyens nécessaires pour qu’il puisse être effectif. Et tant que cela se passe dans l’opacité d’opérations de sélection discrètes, personne ne trouve à redire quand bien même il apparaît que le critère est très majoritairement social et que le droit affirmé par le Code de l’éducation n’est semble-t-il pas tout à fait aussi vrai pour un bachelier de l’enseignement général que pour un bachelier de l’enseignement professionnel.  

Il suffira d’un tirage au sort décrété pour départager in fine une part infime des étudiants candidats pour des formations en tension pour que tout le monde dénonce un arbitraire intolérable. Rappelons que le système APB restait basé sur des critères liés au vœu et à la situation familiale.

Revenir à la question essentielle…

Très rapidement après les élections présidentielles, la perspective d’abandon d’APB est annoncée : le nouveau dispositif renoncera au tirage au sort et postulera qu’une meilleure information des candidats sur les formations, leurs débouchés et leurs prérequis, permettra un résultat largement plus satisfaisant. Mais tout le monde oubliait de dire que le problème majeur d’APB n'était pas sa difficulté à traiter quelques formations en tension mais son incapacité à concrétiser un accès effectif à l’enseignement supérieur pour les bacheliers issus de la voie technologique et surtout professionnelle. Non seulement Parcoursup n’allait pas aider à le résoudre mais il allait s’avérer plus discriminant qu’APB pour les jeunes issus de milieux populaires.

Le traitement « individualisé » de Parcoursup est très opaque et semble prendre en considération l’origine géographique et donc sociale. C’est toujours mieux que le tirage au sort, disent certains qui ont oublié que le tirage au sort était loin de constituer le fondement d’APB.
Contrairement aux affirmations de la ministre, l’origine géographique semble donc être un des critères du tri : on peut s’inquiéter de leurs effets lorsqu’il s’agira des élèves d’un lycée professionnel d’un quartier sensible !

Enfin, effet collatéral mais loin d’être négligeable, la prolongation de la mise en attente conduit à orienter bien des élèves vers des établissements de formation privés dont certains n’hésitent pas d’ailleurs à faire des incertitudes de Parcoursup leur argument publicitaire majeur. Et cela constitue évidemment, compte-tenu des coûts de formation, un autre facteur de tri social.

Un immense progrès reste à faire pour permettre l’accès aux études supérieures à tous les bacheliers. Car même si le nombre de bacheliers professionnels poursuivant leurs études à l’université est croissant, nous sommes loin de rendre réelle l’ambition affirmée par la loi. D’autant qu’il ne s’agit pas seulement de permettre des accès aux études supérieures mais d’accompagner vers une réussite capable de se traduire par une diplomation.

Cela est d’autant plus vrai du fait de la conséquence de la dynamique démographique dite « baby-boom de l’an 2000 » qui va augmenter chaque année de 30000 le nombre d’étudiants entrant à l’université et cela pendant plusieurs années. Personne ne peut croire que les universités seront capables d’assumer cette augmentation à moyens quasi constants sans dégradation qualitative. La pression démographique a pour effet d’augmenter le tri social puisqu’il devient encore plus pressant de trier au vu de la tension du rapport entre le nombre de candidatures et la nombre de places.  

La question essentielle n’est donc pas celle de Parcoursup mais celle de la volonté réelle de notre politique éducative de poursuivre l’ambition de démocratisation de l’enseignement supérieur. En définitive le problème n’est pas technique et ne pourra se résoudre que par le choix politique d’un investissement dans le service public donc d’une augmentation des ressources de l’État, … 
La solution n’est pas dans l’amélioration technique de Parcoursup, ni même dans une plus grande transparence de ses critères … Elle est dans le choix déterminé d'une politique nationale de se donner les ressources nécessaires pour faire vivre la volonté d’une démocratisation de l’accès aux études universitaires parce qu’elle constitue un élément d’avenir essentiel pour un pays, celui de l’élévation du  niveau d’études et de diplomation de ses jeunes.

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