Paul DEVIN
Syndicaliste, Paul Devin a été inspecteur de l'Education nationale et secrétaire général du SNPI-FSU. Il est actuellement le président de l'Institut de Recherches de la FSU
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Billet de blog 13 juin 2021

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Les enseignants français sont mal payés : une réalité chiffrée et incontestable !

Alors qu'une publication de l'INSEE vient à nouveau affirmer la faible rémunération des enseignantes et enseignants, d'aucuns cherchent à mettre en doute cette réalité avec des arguments qui se révèlent être des poncifs résistants mais faux...

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L’Insee[1] révèle la réalité de la rémunération des enseignants et confirme encore une fois que les affirmations politiques de revalorisation sont loin de tenir leurs promesses puisque leur salaire net des enseignants en équivalent temps plein est largement inférieur à celui des autres fonctionnaires de catégorie A (2664€ contre 3005€). Quant aux inégalités entre les femmes et les hommes, elle perdure.Face à cette incontestable réalité, les vieux préjugés sur le salaire enseignant ressurgissent tentant de justifier cet écart. Les réseaux sociaux en témoignent.

Salaire ou traitement ?
Une rémunération par traitement et non par salaire donnerait l'apparence d'un revenu plus faible ! 
C’est vrai que la rémunération d’un fonctionnaire enseignant titulaire est un traitement. Cela signifie que son montant est fixé par une grille indiciaire liée au grade et à l’ancienneté et par la valeur du point d’indice. C’est un mode de calcul totalement différent de celui du salaire qui est fixé par l’employeur dans le cadre de dispositions légales et de conventions collectives. Mais affirmer que cela conduirait à mésestimer le montant réel du revenu et à rendre impossible toute comparaison ... ce n'est que pure rhétorique. 

12 ou 10 mois ?
Un autre argument invoqué de justification de la faiblesse de rémunération est celui des vacances. La vieille antienne ressurgit régulièrement comme facteur explicatif de la faiblesse des revenus au prétexte que le salaire enseignant serait calculé sur 10 mois de rémunération répartis en 12 mois de versements. Il arrive que les enseignants eux-mêmes puissent colporter cette idée qui n’a pourtant aucun fondement. Régulièrement l’argument est donné sur les forums, dans des billets de blog et articles divers. Même le député Robert-André Vivien l’avait affirmée dans une question parlementaire en 1986[2] qui lui avait valu une réponse sans ambiguïté du ministre Monory. Le principe de calcul des traitements sur l’indice est fixé par un décret[3] qui est commun à tous les fonctionnaires et qui ne formule aucune distinction spécifique pour les personnels enseignants.
D’ailleurs, d’un point de vue réglementaire, le temps de travail des enseignants (qui est loin de se limiter à leur temps de service et encore moins à leur temps de service en présence d’élèves) est le même que celui de tous les fonctionnaires : 1607 heures annuelles. Et les enquêtes[4] sur le sujet montrent que dans la réalité de leur travail, ils dépassent même cet horaire !

Une réalité pourtant incontestable
Reste donc la réalité qu’aucune donnée ne vient contredire. Les enseignants sont moins payés que les autres fonctionnaires français de catégorie A. 
Quant à la comparaison avec les autres pays européens, elle fait aussi d’évidence état de revenus parmi les plus faibles de l’Europe occidentale, se caractérisant notamment par une faible progression de carrière et une forte stagnation des montants dans les dernières décennies[5].  Et pour ceux qui douteraient encore : c’est le service statistique du ministère de l’Education nationale lui-même qui l’affirme : « dans l’enseignement public, les salaires statutaires bruts en début et en milieu de carrière des enseignants […] sont plus bas en France que dans les pays comparables au sein de l’Union européenne[6]. »
Nul doute donc sur la réalité de la situation… et les récentes mesures prises dans la suite du Grenelle, pourtant vantées comme historiques, seront pourtant bien loin d’être capables de changer cette réalité. Les difficultés de recrutement liés à la faible attractivité vont donc perdurer et augmenter…   

[1] Romain BOUR, Fanny GODET, Les salaires dans la fonction publique de l’État, Insee Première, n°1861, juin 2021
[2] Assemblée nationale, Question écrite n°2155, 2 juin 1986
[3] Décret n° 48- 1108 du 10 juillet 1948 modifié
[4] Sabrina PERRONET, Le temps de travail des enseignants du premier degré public en 2010, Note d’information 13.12, juillet 2013, DEPP
[5] EURYDICE, Salaires et allocations des enseignants et chefs d’établissement en Europe, 2020
[6] Yann FOURNIER, Robert RAKOCEVIC, La rémunération des enseignants en Europe : où en est la France ? Note d’information 19.42, novembre 2019, DEPP

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