Evidence based ?

La volonté de fonder les décisions de politique éducative sur des preuves scientifiques conduit à quelques acrobaties peu compatibles avec les exigences de la recherche ....

Le 31 juillet dernier, Jean-Michel Blanquer annonçait par tweet le vote par l’Assemblée nationale de la nouvelle loi sur l’usage scolaire des portables.
Stanislas Dehaene lui répondait en citant les résultats d’une récente recherche scientifique : « l’utilisation en classe des appareils électroniques dans un but non-pédagogique affecte la mémoire à long terme des enfants, ce qui se traduit par de moins bons résultats aux examens. ».
Un tel tweet, en réponse au ministre, semble apporter la caution scientifique d’une décision politique et sert parfaitement le discours d’un ministre qui prétend fonder sa politique sur les certitudes de la science.

C’est avec ironie que les réseaux sociaux ont réagi à ce message de Stanislas Dehaene. Beaucoup de messages doutaient de la nécessité de prouver qu’un élève jouant à Candy Crush pendant une activité scolaire n’agirait pas en faveur du progrès de ses résultats scolaires. L’étude citée est en réalité plus subtile : elle cherche à montre que si l’usage d’un dispositif électronique hors perspective d’apprentissage n’affecte pas la compréhension immédiate du cours, il nuit à la mémorisation à long terme. Les auteurs y voient la confirmation que la mémoire à long terme nécessite une action particulière dont l’efficacité est réduite par toute forme de distraction.

Mais l’étude porte sur des étudiants de psychologie et repose donc sur une pratique d’usage des ordinateurs, tablettes et téléphones qui échappe totalement au contrôle du professeur.  Un tel usage existe à l’université mais pas au collège et au lycée où il n’est pas accepté par les professeurs. La « distraction » dont les effets sont analysés ne concerne donc pas les publics scolaires visés par la loi. Malgré cela, Dehaene parle d'enfants dans son tweet!

Tout cela témoigne des dérives de l’usage politique des recherches scientifiques. En répondant au tweet du ministre, Stanislas Dehaene lui apporte un crédit scientifique qui prétend témoigner, en citant une étude et en publiant un diagramme, de la cohérence de la décision politique avec les savoirs scientifiques. En réalité, il instrumentalise une étude qui analyse des pratiques étudiantes qui n’existent pas chez les élèves de collège ou de lycée qui sont ceux que visent la loi.

La motivation du tweet de Stanislas Dehaene n’est donc pas la diffusion des découvertes de la science mais le soutien politique des décisions du ministre actuel... au prix d'un renoncement à une rigueur d'usage des résultats des recherches. 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.