Les évaluations CP : graves questions sur leur usage

 

Le ministère demande aux enseignants de CP de mettre en œuvre des évaluations nationales. Leur but est diagnostique et doit permettre aux enseignants d'organiser les apprentissages en fonction des besoins des élèves. 

Ces évaluations posent de multiples problèmes.

Tout d'abord, elles font comme si rien n'existait en la matière. Or, dans bien des écoles, ce travail diagnostique a été mené en fin d'année dernière en grande section pour alimenter le travail de liaison entre GS et CP. Des enseignants se sont réunis, ont analysé des évaluations menées en fin d’année en GS, ont échangé sur les besoins des élèves pour permettre leur prise en compte dès le début du CP et pour préparer, en amont de la rentrée, une organisation annuelle des apprentissages. Si ces pratiques ne sont pas généralisées, elles existent dans bien des écoles. 

Ensuite parce que les compétences qui sont identifiées dans cette évaluation sont loin de correspondre à l'ensemble des compétences visées par les programmes de cycle I. Nul doute qu'elles dessinent "en creux" une hiérarchie des objectifs d'apprentissage en faveur des activités centrées sur le code et donc aux dépens des autres. Or, les programmes de 2015 affirment, en cohérence avec un large consensus scientifique sur la question, la nécessité de développer conjointement les activités de code et de sens. Si la maîtrise des relations graphophonologiques est indispensable, il n'en est pas moins indispensable de travailler la compréhension des écrits et de développer une culture littéraire. Il en va de la réussite d’un apprentissage de la lecture dont l’enjeu est la compréhension des textes. Il serait tout de même paradoxal que des enseignants qui ont construit leurs évaluations en prenant en compte l'ensemble des objectifs du programme doivent y renoncer pour un outil qui est loin de le permettre !

Par ailleurs, parce que les outils proposés pour traiter ces évaluations, à l'échelle de la classe comme de la circonscription, sont indigents. Ce sont de simples feuilles de calcul de tableur qui, à défaut d'un savoir-faire technique élaboré, risquent fort de conduire à des erreurs d'interprétation.

Enfin parce que plusieurs scientifiques ont alerté sur la faible pertinence des épreuves. Deux chercheurs en psychologie cognitive, Liliane Sprenger-Charolles et Édouard Gentaz viennent de se livrer à une critique très inquiète de la qualité des outils. Les habitués de la recherche sur ces questions auront remarqué qu’il ne s’agit pas de chercheurs qu’on pourrait percevoir comme ayant négligé l’importance de l’enseignement du code !

Le Syndicat national des personnels d’inspection (SNPI-FSU) a appelé les inspecteurs à centrer leur action sur l’accompagnement d’un travail évaluatif plutôt que sur des injonctions de mise en œuvre. Il rappelle que c’est une condition nécessaire pour que ces évaluations puissent être investies dans les finalités d’une démocratisation de la réussite scolaire.

 

Les analyses de Sprenger-Charolles et Édouard Gentaz

Le communiqué du SNPI-FSU

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