Le choix des inégalités

En favorisant l'école privée, le gouvernement renonce à la finalité égalitaire de l’école en organisant la réduction de la mixité sociale et la ghettoïsation de certains territoires.

Désormais, il n’échappe plus à personne que les enjeux de la scolarité obligatoire à trois ans, voulue par Emmanuel Macron et leur prétendu ancrage dans une tradition républicaine initiée par Jules Ferry et poursuivie par Jean Zay n’étaient qu’un prétexte pour contraindre les communes au financement de la scolarisation des écoles privées sous contrat[1].

Les effets sociologiques d’une telle mesure sont évidents : ils renforceront la ségrégation sociale en produisant une offre plus grande d’école de « l’entre soi » où les familles des classes les plus favorisées chercheront à éviter à leurs enfants des proximités sociales qu’elles jugent néfastes à leur éducation. Le succès croissant des pédagogies alternatives offrant aux familles la possibilité de scolarisations non marquées par un choix religieux, nul doute que la pression pour que soient agrées de nouvelles écoles privées sous contrat sera forte. Le contexte politique actuel annonce clairement que cette pression sera couronnée de succès. Le traditionnel équilibre de financement public-privé risque fort de voler en éclat aux dépens de l’école publique.

Un tel choix politique est clair.

Au-delà des artifices de communication qui prétendent fonder les choix politiques de Jean-Michel Blanquer au nom de la justice sociale, apparait de plus en plus clairement sa volonté que les finalités de la démocratisation scolaire cèdent sous l’organisation d’une école destinée à répondre aux demandes des classes dominantes. 

L’analyse sociologique a clairement montré les effets de ce choix : le développement des écoles privées produit une diminution de la mixité sociale qui nuit aux progrès scolaires des élèves des classes populaires.

D’un point de vue économique, on sait comment un tel choix s’inscrit dans la nécessité libérale de disposer d’une main d’œuvre libérée des contraintes de la spécialisation professionnelle pour répondre aux exigences d’une adaptation permanente des emplois à la fluctuation des besoins de l’entreprise (employabilité). On peut s’inquiéter des effets d’une telle évolution sur la perte de sens du travail humain et les effets psycho-sociaux qu’elle produit.  

D’un point de vue social, on sait combien ce choix est incompatible avec les exigences d’un exercice de la citoyenneté éclairé par les savoirs et la culture commune et combien ce renoncement pourrait s’avérer coûteux pour notre démocratie. On sait aussi comment il creuse les écarts entre les territoires : les écoles des quartiers populaires se videront, plus tôt et plus fortement encore, de leurs populations scolaires les plus favorisées, reléguant les élèves qui y resteront dans les impasses de la ghettoïsation et les illusions d’une restriction de l’ambition scolaire aux acquisitions les plus fondamentales.

Ceux qui président à de tels choix ont renoncé à la finalité égalitaire de l’école, semant les pires embûches pour la société future. C’est pourquoi nous ne devons avoir de cesse de rappeler qu’il ne peut y avoir, raisonnablement, d’autre politique scolaire que celle portée par une ambition déterminée visant l’égalité effective de l’accès aux savoirs et à la culture commune.  

 

 

[1] Paul DEVIN, Quand l’obligation scolaire renonce à sa finalité égalitaire..., Regards croisés, n°28, décembre 2018      voir en ligne

 

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