Quand PISA pense la réussite scolaire hors de la question des savoirs !

Les poncifs de ce « Pisa à la loupe » oublient les finalités essentielles, celles de l’émancipation intellectuelle, culturelle et sociale pour se réfugier dans de douteuses corrélations qui renforcent les préjugés d’une réussite scolaire déterminée par la motivation individuelle.

Quel lien entre la motivation des élèves, leur performance et leur anxiété ?
PISA continue à vouloir évaluer le système scolaire non pas seulement à l’aune de la réussite des élèves mais aussi à celle de leur bien-être. « Depuis plus de 15 ans, l’enquête PISA s’attache à mesurer la performance des élèves. Mais cette performance cognitive ne constitue que l’un des aspects de la réussite à l’école » nous explique le dernier « Pisa à la loupe » (n°92).
Toute la question restera celle de la part de l’accès aux savoirs dans une école qui mesure désormais sa qualité en fonction d’une satisfaction des élèves qui s’affranchit de la question des apprentissages. Entendons-nous bien, il ne s’agit pas ici de mépriser la qualité de la vie quotidienne des élèves mais, jusque-là, elle constituait une condition favorable aux apprentissages. Désormais, elle constitue une finalité hédoniste à part entière.

Une certaine idée de la motivation
C’est dans la définition même de la motivation que les conceptions de PISA s’éloignent radicalement des enjeux du savoir. Pour mesurer l’ambition des élèves et ses incidences sur leur motivation, PISA pose des questions qui écartent les contenus d’apprentissage. On aurait pu imaginer que la question fondamentale de la motivation aurait cherché à mesurer l’appétit de connaissances vécu dans les perspectives d’une meilleure compréhension du monde. A aucun moment il ne s’agit de cela !
Les questions posées ne réfèrent qu’à une ambition concurrentielle, qu’à une conception de la réussite qui s’est totalement éloignée des enjeux de la  démocratisation des savoirs. Les élèves doivent exprimer leur accord avec les phrases suivantes.

  • Je veux avoir d’excellentes notes dans la plupart ou dans tous mes cours.
  • Je veux pouvoir choisir parmi les meilleures opportunités possibles après avoir obtenu mon diplôme.
  • Je veux être le/la meilleur(e) dans tout ce que je fais.
  • Je me considère comme une personne ambitieuse.
  • Je veux être un(e) des meilleurs élèves de ma classe.

PISA découvre la question sociale !
L’étude PISA conclut que les élèves faisant part d’une plus forte motivation à réussir obtiennent de meilleurs résultats que les autres élèves de leur pays. L’analyse concède un effet réciproque, un cercle vertueux : plus l’élève est motivé, plus il réussit mais plus il réussit, plus il est motivé…

Mais la question reste celle de l’origine de la motivation. Et là, le dernier numéro de Pisa à la loupe fait une découverte extraordinaire : « les élèves favorisés font aussi part d’une plus forte motivation à réussir que leurs pairs défavorisés » et de conclure : « Les élèves évoluant dans des milieux favorisés affichent donc à la fois une meilleure performance et une plus forte motivation à réussir. »
Le marquage social de l’analyse cependant reste des plus primaires. Il ne s’agit pas d’interroger le rapport culturel à l’école et aux savoirs, de se demander comment il nourrit la reproduction sociale et les inégalités. Non … pour PISA l’essentiel est question de débouchés professionnels : « les élèves évoluant dans des milieux défavorisés peuvent ne même pas avoir connaissance des débouchés qui s’offriront à eux après l’obtention de leur diplôme. Leurs objectifs étant plus flous, il est possible qu’ils se sentent moins motivés pour travailler dur à l’école. »

De l’apparente naïveté de PISA !
La conclusion peut sembler d’une banale naïveté : « Il existe une relation nette entre motivation et performance : les élèves qui visent plus haut réussissent davantage. ». 
PISA en tire une perspective éducative qui laisse perplexe :« Parents et enseignants doivent réfléchir aux attentes qu’ils nourrissent à l’égard des élèves. Des attentes insuffisantes, en particulier envers les élèves évoluant dans des milieux défavorisés, peuvent être source de démotivation et de manque d’efforts »
C’est la responsabilité des acteurs qui est désignée comme origine des échecs et des difficultés. Oubliée l’analyse sociale, l’intériorisation de normes inhérentes à un groupe social, la violence symbolique d’un système qui reproduit l’ordre social.
Les attentes insuffisantes des parents ne s’inscrivent pas dans un renoncement qui conduirait à concevoir l’échec scolaire comme s’inscrivant dans l’insuffisance des ambitions familiales. 

Motivation et savoirs
La vision d’une motivation intrinsèque à l’individu se construit aux dépens des objets d’apprentissages, des contenus de savoir.
Et si le meilleur vecteur de développement de la motivation de l’élève restait la construction d’un intérêt à apprendre, d’un désir de savoir nourri des compétences didactiques de l’enseignant ?
A trop privilégier la finalité motivationnelle pour elle-même, on finit par ne plus servir que l’ambition du développement personnel au risque d’oublier l’enjeu collectif de la transmission des savoirs : construire une société autour d’une culture commune, permettre l’exercice libre et responsable de la citoyenneté par la raison et les connaissances, lutter contre les préjugés par la maîtrise des savoirs…
Hélas les poncifs de ce « Pisa à la loupe » oublient les finalités essentielles, celles de l’émancipation intellectuelle, culturelle et sociale pour se réfugier dans de douteuses corrélations qui renforcent les préjugés d’une réussite scolaire déterminée par la motivation individuelle. En agissant ainsi, elle fait le lit des politiques scolaires libérales qui célébrant l’épanouissement individuel contribuent à faire perdurer les injustices et les inégalités.

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