Se méfier des mythologies de l'éducation positive

Éducation positive, discipline positive, évaluation positive … La positivité envahit le discours pédagogique enjoignant à l’école une mission de réussite heureuse basée sur la bienveillance, l’harmonie des relations et le bonheur des apprentissages.

Rien de vraiment nouveau. Déjà au XIXème siècle, Charles Fourier croyait inventer un système d’éducation harmonieuse dans son Phalanstère où les passions se substitueraient avec bonheur à l’ennui qu’il observait dans les classes. Les libres enfants de Summerhill et d’Iasnaïa Poliana ont parfois nourri les enthousiasmes de nos naïvetés de jeunesse.

Rien de nouveau sauf dans la volonté dogmatique d’imposer cette vision en accusant ceux qui la contestent de mépriser la réussite des élèves. La mise en doute des illusions de la positivité, l’expression de doutes sur les vertus suffisantes de la bienveillance et, au vu de certaines affirmations caricaturales, l’ironie légitime induisent une suspicion d’empathie insuffisante qui serait responsable de la difficulté des élèves à apprendre. Et d’aucuns de vouloir faire la preuve d’une vérité scientifique de l’éducation positive, images d’IRM à l’appui. D’autres de résumer le problème à l’égoïsme d’enseignants incapables d’agir dans les perspectives de l’intérêt général.
Pourtant, à mettre trop exclusivement en avant les questions relationnelles comme vecteurs essentiels de la réussite des élèves, le risque est grand de nier ce qui constitue les leviers véritables de la démocratisation de l'accès aux savoirs et à la culture commune car les discours prônant l'éducation positive nient la question didactique et relativisent la responsabilité politique.

Négation du travail didactique
En centrant son constat sur l'ennui des élèves au collège, Najat Vallaud-Belkacem témoigne de la centration de bien des analyses actuelles sur la question motivationnelle. Le bien-être de l'élève devient une finalité là où il devrait ne rester qu'une condition pour que l'acquisition des savoirs reste la perspective fondamentale. Nous savons en effet que motiver l'élève pour qu'il s'implique dans une activité scolaire est loin d'être une garantie suffisante de la réussite de son apprentissage. Seule l’élaboration didactique des situations d’apprentissage peut garantir, au-delà de la motivation à l’activité, la mobilisation intellectuelle nécessaire à l’appropriation des savoirs. Si nécessaire soit-elle, la qualité relationnelle entre élèves et enseignants ne peut se substituer à la compétence didactique professionnelle qui reste le vecteur essentiel de la réussite des apprentissages scolaires.

Relativisation de la responsabilité politique
Centrer le problème sur la question relationnelle revient à centrer la responsabilité sur l’attitude de l’enseignant. Sa responsabilité de fonctionnaire est incontournable mais, pour autant, elle ne peut servir d’écran à la responsabilité de la décision politique. La démocratisation de l’accès au savoir à un coût.

Quel paradoxe que le métier d’enseignant soit aujourd’hui un de ceux où la formation continue soit la plus réduite ! Quel paradoxe que l’accompagnement individualisé soit mis en avant alors que la taille des classes ne cesse de croître ! 

À ceux qui prétendent que les moyens ne constituent pas le vecteur principal de l’amélioration du service public d’éducation, le dogmatisme de la positivité ne peut que servir les volontés d’économie budgétaire.

En définitive, l’analyse du système par la question relationnelle fustige l’enseignant, méprise le fonctionnaire en laissant croire qu’ils sont responsables de l’échec des élèves du fait de leurs égoïsmes catégoriels et de leurs intérêts propres. L’UNSA ferait bien de s’interroger sur les ambiguïtés de sa communication quand il veut faire croire que l’opposition à la réforme du collège se fonderait sur un mépris des élèves et de leur réussite.


Respect et ambition
Contester la pertinence de ce concept de positivité n'est pas contradictoire avec la défense d'une qualité nécessaire des relations entre enseignants et élèves. Considérer que l’essentiel de la qualité du service public repose sur la qualité professionnelle des agents, notamment sur le plan didactique pour les enseignants, et sur les moyens que la décision politique lui accorde, est justement le témoignage d’un profond respect pour les élèves, d’une forte ambition pour leur réussite et d’une conception égalitaire de l’accès aux savoirs.

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