Paul DEVIN
Syndicaliste FSU, inspecteur de l'Education nationale à la retraite, ancien secrétaire général du SNPI-FSU, président de l'Institut de Recherches de la FSU
Abonné·e de Mediapart

148 Billets

0 Édition

Billet de blog 17 déc. 2021

Jusqu'où ?

[Rediffusion] Jusqu’où le discours ministériel sera-t-il capable d’aller pour servir ses intérêts, au mépris de la réalité vécue au quotidien dans les écoles, collèges et lycées ?

Paul DEVIN
Syndicaliste FSU, inspecteur de l'Education nationale à la retraite, ancien secrétaire général du SNPI-FSU, président de l'Institut de Recherches de la FSU
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Jusqu’où le discours ministériel sera-t-il capable d’aller pour servir ses intérêts, au mépris de la réalité vécue au quotidien dans les écoles, collèges et lycées ?

Cette dernière période de l’année, par suite de l’invraisemblable décision de répondre à une vague épidémique par la réduction des fermetures de classes, s’est terminée par une flambée épidémique sans précédent en milieu scolaire. Nous venons de battre le record des hospitalisations d’enfants avec le nombre le plus élevé depuis le début de l’épidémie[1]. Au vu des taux d’incidence, tant chez les élèves que chez les personnels, sept syndicats, représentant plus de 80% des enseignants, ont alerté le ministre… en vain.
Car désormais la communication ministérielle a totalement rompu avec la réalité… pour s’enfermer dans l’illusion qu’il suffit d’énoncer des arguments pour justifier des choix.
Ainsi, interviewé par Jean-Jacques Bourdin[2], le ministre affirme que dans les cantines, le service est assuré une seule classe à la fois ! Comment oser affirmer cela alors que tous les agents et usager sont témoins que l’information est totalement fausse ! Ce n’est même pas une consigne … et de toute façon elle serait vaine : imaginez le temps nécessaire s’il fallait faire des services successifs pour les dizaines de classes d’un lycée. Déjà à l’échelle de la plupart des écoles, ce serait impossible.

Cette logique va jusqu’à l’absurdité puisque le discours institutionnel annonce une amélioration dont témoignerait le nombre plus réduit de classes fermées alors que cette réduction n’est due qu’au changement de protocole qui a réduit les cas rendant possible la fermeture de classe. Quant aux chiffres de contamination annoncés, il suffit de les comparer avec ceux annoncés par le ministère de la Santé pour nourrir quelques doutes. La réalité, tout le monde la connaît, c’est une flambée de contaminations ! Déjà depuis plusieurs mois, on cherchait à réduire le nombre de classes fermées par l’invention d’une nouvelle catégorie « classe avec suspension provisoire de l’accueil ». La rhétorique ministérielle va désormais chercher sa prétendue habileté dans la rouerie.
Parmi les conséquences, il y a toutes celles issues des tensions que créent ces jeux communicationnels. Ainsi quand la FAQ du ministère invite les directrices et directeurs d’école à réduire le brassage des élèves en cas d’absence d’un enseignant contaminé, c’est-à-dire incite à ne pas les inclure dans les autres classes. Sur le terrain les consignes sont tout autres : surtout ne pas fermer pour produire un chiffre témoignant de l’exceptionnelle volonté du ministre français. Il n’est pas compliqué d’imaginer les conséquences en termes de conflits entre école et familles quand la communication ministérielle, obsédée à répéter que tout va bien, revient à sous-entendre que les décisions locales ne seraient pas guidées par une volonté de sécurité sanitaire mais par celle d’anticiper les congés des vacances scolaires.

Malgré les discours, la réalité des indigences de la politique ministérielle est de plus en plus visible.
Si l’on compare par exemple les investissements d’État faits pour améliorer le renouvellement de l’air dans les classes, force est de constater que l’aide vantée par le ministre est ridiculement faible en France. 20 millions d’euros ont été consacrés à l’achat de détecteurs de CO2 alors qu’en Allemagne les dépenses fédérales ont été 35 fois supérieures (700 millions) pour acheter des purificateurs et engager des investissements de ventilation des bâtiments.

Une telle situation vient épuiser les personnels techniques, administratifs et enseignants déjà largement éprouvés par l’épidémie. Mais comme il ne peut être question pour le ministère de considérer que les difficultés à pouvoir répondre à la complexité de la situation puissent s’inscrire dans un déficit de moyens, le discours reste des plus confus, y compris devant la représentation nationale, lorsqu’il évoque l’absentéisme enseignant. Livrer le fonctionnaire à la suspicion publique reste un mode de défense élémentaire des gouvernants, au risque des graves conséquences d’une rupture entre les services publics et la population. En matière d’école, on sait qu’elle se jouera au profit des milieux favorisés qui disposeront des moyens de financer des services privés et aux dépens des classes populaires qui ne le pourront pas !

[1] Libération 16/12/2021
[2] Bourdin direct, RMC, 9/12/2021

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
#MeToo : Valérie Pécresse veut faire bouger la droite
Mardi, Valérie Pécresse a affiché son soutien aux victimes de violences sexuelles face au journaliste vedette Jean-Jacques Bourdin, visé par une enquête. Un moment marquant qui souligne un engagement de longue date. Mais, pour la suite, son équipe se garde bien de se fixer des règles.
par Ilyes Ramdani
Journal — Asie
Clémentine Autain sur les Ouïghours : « S’abstenir n’est pas de la complaisance envers le régime chinois »
Après le choix très critiqué des députés insoumis de s’abstenir sur une résolution reconnaissant le génocide des Ouïghours, la députée Clémentine Autain, qui défendait la ligne des Insoumis à l’Assemblée nationale, s’explique.
par François Bougon et Pauline Graulle
Journal
Sondages de l’Élysée : le tribunal présente la facture
Le tribunal correctionnel de Paris a condamné ce vendredi Claude Guéant à huit mois de prison ferme dans l’affaire des sondages de l’Élysée. Patrick Buisson, Emmanuelle Mignon et Pierre Giacometti écopent de peines de prison avec sursis.
par Michel Deléan
Journal — Violences sexuelles
L’ancien supérieur des Chartreux de Lyon, Georges Babolat, accusé d’agressions sexuelles
Selon les informations de Mediacités, trois femmes ont dénoncé auprès du diocèse de Lyon des attouchements commis selon elles lors de colonies de vacances en Haute-Savoie par le père Babolat, décédé en 2006, figure emblématique du milieu catholique lyonnais.
par Mathieu Périsse (Mediacités Lyon)

La sélection du Club

Billet de blog
Fission ou fusion, le nucléaire c’est le trou noir
Nos réacteurs nucléaires sont en train de sombrer dans une dégénérescente vieillesse ; nos EPR s’embourbent dans une piteuse médiocrité et les docteurs Folamour de la fusion, à supposer qu’ils réussissent, précipiteraient l’autodestruction de notre société de consommation par un effet rebond spectaculaire. Une aubaine pour les hommes les plus riches de la planète, un désastre pour les autres.
par Yves GUILLERAULT
Billet de blog
Électricité d'État, non merci !
La tension sur le marché de l’électricité et les dernières mesures prises par l’Etat ravivent un débat sur les choix qui ont orienté le système énergétique français depuis deux décennies. Mais la situation actuelle et l'avenir climatique qui s'annonce exigent plus que la promotion nostalgique de l'opérateur national EDF. Par Philippe Eon, philosophe.
par oskar
Billet de blog
Un grand silence
L'association Vivre dans les monts d'Arrée a examiné le dossier présenté par EDF. Nous demandons, comme nous l'avons fait en 2010 et comme nombre de citoyens le font, que soit tenu un débat public national sur le démantèlement des centrales nucléaires : Brennilis, centrale à démanteler au plus vite.
par Evelyne Sedlak
Billet de blog
Notre plan B pour un service public de l'énergie
[Rediffusion] Pour « la construction d’un véritable service public de l’énergie sous contrôle citoyen » et pour garantir efficacité et souveraineté sur l’énergie, celle-ci doit être sortie du marché. Appel co-signé par 80 personnalités politiques, économistes, sociologues, historiens de l’énergie dont Anne Debrégeas, Thomas Piketty, Jean-Luc Mélenchon, Aurélie Trouvé, Gilles Perret, Dominique Meda, Sandrine Rousseau…
par service public énergie