Un consensus sur la formation des enseignants?

Un consensus semble s’établir pour affirmer que la formation des enseignants constituerait une clé essentielle de l’avenir du système scolaire. Le ministre, les enseignants et les organisations syndicales partageraient-ils cet élément d’analyse et de perspective ? … Non, car à bien entendre les propos, ce consensus n’est qu’une illusion…

Un consensus semble s’établir pour affirmer que la formation des enseignants constituerait une clé essentielle de l’avenir du système scolaire.
Le ministre, les enseignants et les organisations syndicales partageraient-ils cet élément d’analyse et de perspective ? … Non, car à bien entendre les propos, ce consensus n’est qu’une illusion…

Répondre aux demandes : dialectique du besoin et de la demande
Que l’insatisfaction des personnels soit forte, nul doute. Mais reste à comprendre la nature de cette insatisfaction. L’ensemble des rapports et enquêtes sur le sujet le dit depuis longtemps : les enseignants demandent que la formation soit capable de les aider à résoudre leurs problématiques quotidiennes d’enseignement. Ce qu’il ne faut pas confondre avec une demande de solutions toutes faites destinées à être appliquées  et dont nous savons combien elles sont incapables d’améliorer les organisations didactiques et pédagogiques.

Mais il y a quand même quelque paradoxe à ce que le ministère puisse s’approprier cette revendication pour affirmer la nécessité d’une formation fondée sur la demande des enseignants quand, par ailleurs, le ministre prescrit les contenus de formation continue de la manière la plus fermée qui soit. A nouveau le ministère choisit d’instrumentaliser la formation pour en faire un outil de promotion de ses réformes.

L’institution allègue souvent de sa capacité à connaître les besoins des enseignants pour ignorer la demande enseignante et imposer ses contenus. Il ne s’agit pas de sacraliser la demande, elle est parfois décalée des besoins réels mais il ne peut être question de la mépriser pour autant du fait de son ancrage dans les problèmes réels de la pratique professionnelle. Aucune stratégie de formation ne peut faire l’économie d’une analyse dialectique du besoin et de la demande… et il ne s’agit pas de faire cette analyse dans le cénacle fermé des formateurs mais au sein même de la formation par l’échange avec les stagiaires. Tant que l’institution ne se sera pas approprié cela comme un principe nécessaire, les stagiaires continueront à avoir le sentiment d’une formation incapable de les aider à résoudre les difficultés de leur métier dans son exercice quotidien.

Alléger la formation initiale pour la reporter dans le temps…
Autour des années 2010, la réduction des effectifs de la formation initiale avait permis le redéploiement des ressources des IUFM vers la formation continue… Il y eut donc quelques années où il fut vrai que la réduction du volume d’activité de la formation initiale eut bien comme conséquence de développer la formation continue. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Désormais toutes les réductions de formation initiale se font en pure perte !

Envisager une nouvelle réduction de la formation  initiale quand on sait combien les jeunes professeurs sont démunis pour mettre en œuvre des organisations pédagogiques et didactiques capables de favoriser la réussite de tous … serait une erreur grave et contribuerait à renforcer les inégalités scolaires. Pour garantir un volume de formation initiale, deux éléments sont indispensables : un cadre national qui définit les contenus et les objectifs de la formation et un fléchage des budgets. Tout cela ne légitime évidemment pas une prescription méthodologique du ministère mais affirmer vouloir se défendre d’une tentative d’imposition méthodologique du ministère en préconisant l’autonomie totale des universités sur la formation des enseignants serait en réalité une revendication des plus paradoxales !

Accentuer la formation sur le terrain par les pairs
La réalité est qu’aujourd’hui, les stagiaires sont déjà pour la moitié de leur temps en responsabilité en classe. Le modèle d’une formation alternée suppose que son organisation soit définie en fonction des nécessités de la formation et non comme une variable de gestion des moyens.

C’est pourquoi la disposition actuelle d’un mi-temps en responsabilité est une aberration.
Tout d'abord, elle offre un cadre tellement insécurisant pour les stagiaires qu'il est loin d’être favorable aux dispositions intellectuelles nécessaires pour une formation. Mais elle construit aussi une telle centration des besoins sur les questions de gestion de classe et tout particulièrement d’élèves difficiles qu’elle entraîne la construction d’une représentation du métier qui néglige les impératifs didactiques pour s’obséder des questions comportementales. C’est tout simplement contradictoire avec les nécessites de formation liées à la démocratisation de la réussite scolaire.

 

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