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Syndicaliste, Paul Devin a été inspecteur de l'Education nationale et secrétaire général du SNPI-FSU. Il est actuellement le président de l'Institut de Recherches de la FSU
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Billet de blog 19 oct. 2021

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Faut-il épurer la fonction publique enseignante ?

À en croire le ministre de l’Éducation nationale, il y a d’un côté ceux qui respectent les valeurs de la république et de l’autre côté ceux « qui ont des problèmes avec... » On savait que les conceptions du ministre étaient des plus autoritaristes mais une étape nouvelle est franchie qui semble en appeler, cette fois-ci, à une épuration de la fonction publique.

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À en croire le ministre de l’Education nationale, il y a d’un côté ceux qui respectent les valeurs de la république et de l’autre côté ceux « qui ont des problèmes avec ». Or, explique-t-il, avoir des problèmes avec les valeurs de la république, c’est autorisé si vous êtes citoyen mais pas si vous êtes fonctionnaire, parce que dans ce cas vous devrez quitter votre métier ! Et de menacer que si « ça n’avait pas été assez clair dans le passé, ça allait être désormais très clair dans le présent et dans le futur »

C’est ce que Jean-Michel Blanquer a exprimé cet après-midi devant les référents laïcité, chargés de former les enseignants sur le sujet.

La radicalité de la formulation n’a pas pour autant exclu quelque simplisme démagogique et fruste : « si vous voulez devenir plombier et que vous avez un problème avec les tuyaux, vous devez choisir un autre métier ».

On savait que les conceptions du ministre étaient des plus autoritaristes, on avait bien perçu les ambiguïtés de l’article 1 de la loi Blanquer[1] qui en appelait à l’exemplarité des enseignants, on avait constaté le traitement particulièrement coercitif de militants syndicaux accusés d’irrespect de la neutralité … mais une étape nouvelle est franchie qui semble en appeler, cette fois-ci, à une épuration de la fonction publique.

Car les formulations choisies par le ministre ne visent manifestement pas la seule situation de fonctionnaires qui bafoueraient ouvertement les lois républicaines et les valeurs démocratiques. Elle se situe dans la droite ligne de déclarations préalables évoquant ces enseignants « qui avancent masqués » et dont Jean-Michel Blanquer estimait devoir dénoncer, dans un inquiétant amalgame, « la violence politique, l’antisémitisme, le radicalisme et le racialisme[2] »

La question va se poser concrètement désormais de devoir définir ce que c’est qu’avoir des « problèmes avec la république » pour que l’administration puisse décider en conséquence qui est légitime à continuer à exercer sa fonction enseignante et qui ne l’est plus ?

Est-ce qu’enseigner la responsabilité de notre république dans les violences et les dominations coloniales et post-coloniales relèvera désormais d’enseignants ayant des problèmes avec la république ?

Est-ce que montrer que notre république est loin d’être capable de rendre effectifs les principes d’égalité qu’elle énonce désignera un enseignant devant quitter son métier ?

Est-ce que considérer que l’accueil des migrants relève du principe de fraternité sera passible de sanctions ?

Les statuts de 1946 et de 1983 ont cherché à construire une dialectique des droits et des obligations qui permet l’existence de fonctionnaires citoyens. Y renoncer, nous ramènerait vers le statut d’avant, celui de 1941 qui définissait la discipline des subordonnés comme une soumission nécessaire, une obéissance pleine et entière. « Plus d’angles morts », a dit le ministre cet après-midi pour caractériser le nouvel état d’esprit qui devra être engendré par les formations à la laïcité lancées aujourd’hui.

À nouveau, me revient la phrase de Condorcet que je ne cesse de citer dans cette période : « Aucun pouvoir public ne doit avoir ni l’autorité, ni même le crédit, d’empêcher […] l’enseignement des théories contraires à sa politique particulière ou à ses intérêts momentanés [3]».

Puisque Jean-Michel Blanquer aime citer Jean Jaurès… recommandons lui la lecture du commentaire que Jaurès a écrit de cette affirmation de Condorcet : « à vrai dire, c’est la liberté intellectuelle, le sens partout développé de la dignité de la science et du droit de la pensée qui ôteront aux pouvoirs politiques la tentation d’opprimer la vérité, comme ils ôteront aux maîtres la tentation d’avilir, au-delà de ce qu’exige la force du vrai, les pouvoirs en qui ils trouvent le respect pour la liberté[4] ».

Manifestement tous les républicains n’ont pas la même conception des valeurs de la république.

[1] Paul DEVIN, Des finalités ambiguës de l’exemplarité dans l’article 1 de la loi Blanquer, Carnets Rouges, n°17, oct.2019 (en ligne)

[2] Le Figaro, 4/12/2021

[3] CONDORCET, Projet de décret sur l’organisation générale de l’enseignement public, 1793

[4] JAURES, Histoire socialiste, II, p.390

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