Paul DEVIN
Syndicaliste, Paul Devin a été inspecteur de l'Education nationale et secrétaire général du SNPI-FSU. Il est actuellement le président de l'Institut de Recherches de la FSU
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Billet de blog 21 avr. 2022

L’extrême droite, une menace pour le syndicalisme

Marine Le Pen promet le dialogue social. Mais depuis des décennies, l'extrême-droite annonce ses conceptions bien particulières du syndicalisme, plus à même de soutenir son idéologie que de défendre les travailleuses et travailleurs !

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Le discours de campagne de Marine Le Pen a annoncé souhaiter l’émergence de nouveaux syndicats qu’elle appelle de ses vœux pour permettre un réel dialogue social. Mais Thibaut de la Tocnaye, membre du bureau national du RN et spécialiste de ces questions affirme sans ambages[1] : il faut en finir avec le syndicalisme actuel qu’on « entend jamais sur la politique d’immigration massive qui tirent les salaires vers le bas ». On l’aura compris, défendre les intérêts des travailleurs, c’est adhérer aux idées de l’extrême droite. Thibaut de la Tocnaye annonce clairement la couleur : une réforme légale de la représentativité syndicale pour permettre l’émergence de nouveaux syndicats qui eux seront « authentiquement représentatifs ». Et pour Thibaut de la Tocnaye, la grève est « une entreprise de sabotage de l’économie française » guidée par « les méthodes tyranniques et jusqu’au-boutistes de syndicats ». En résumé donc, il appelle à l’émergence de de nouveaux syndicats qui ne font pas grève… qui ne luttent pas et qui auront siège dans les négociations sociales indépendamment de leur représentativité réelle.

Même son de cloche chez Alain Avello et le collectif Racine des enseignants patriotes qui veut lutter contre la mainmise des syndicats enseignants sur la profession qui fait obstacle à leur patriotisme.

La stratégie sera simple : priver les organisations syndicales de leurs moyens. Dans les engagements de 1977, cela se traduisait par une « moralisation de la vie syndicale par le contrôle de leur financement ». D’un côté, réduire les moyens. De l’autre, abolir les règles de représentativité pour permettre la création de nouveaux syndicats autonomes à la solde de l’idéologie du RN.

Nous ne devons pas oublier que le Front National a tenté dans les années 1990 de créer ses propres syndicats. Bruno Gollnisch et Bruno Mégret en furent les artisans : police, transports en commun, pénitentiaire, poste. Pour l’éducation, le Mouvement pour un enseignement national affirmait clairement ses objectifs : « une finalité politique qui veut faire avancer les idées nationales dans l'éducation[2] ». Le syndicalisme enseignant au service des idées nationalistes de l’extrême droite !

Mais dans les volontés de séduction des derniers instants, Marine Le Pen affirme souhaiter renouer avec le dialogue social pour faire émerger une démocratie sociale[3]. Elle promet une grande conférence sociale d’où naîtrait la « paix économique ». Mais avec un syndicalisme sans rapport de forces et sans luttes, on devine que « la paix » naîtra du silence et de la résignation des travailleurs !

Malgré le discours de façade tenu lors de cette campagne présidentielle, rien n’a changé depuis des décennies : déjà, dans les années 1930, le Parti Social Français, héritier des Croix-de-Feu défendait les syndicats professionnels, promouvant un syndicalisme de la négociation collective mais excluant la grève au nom de la « liberté de travail ». De telles conceptions ont souvent été soutenues, sur le terrain, par un activisme musclé et violent contre les autres militants syndicaux.

Un tel avenir serait loin de servir la défense des intérêts individuels et collectifs des travailleuses et travailleurs tant sur le plan de leurs conditions de travail que sur celui de leurs salaires .

[1] Valeurs Actuelles, Tribune du 23 mai 2020

[2] Les Échos, 16 juin 1996

[3] France Inter, 12 avril 2022

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