À en croire les déclarations de promoteurs de certaines méthodes pédagogiques, leurs stratégies produiraient, dans des délais courts, une amélioration assurée des résultats de tous les élèves. Certains n’hésitent pas à proclamer que «les élèves désormais réussissent à tous les coups» (Le Monde 08/10/2015). 

Les réseaux sociaux ont largement contribué à cette vague de diffusion de méthodes aux résultats miraculeux, alors qu’il y a quelques années les filtres étaient extrêmement nombreux et forts avant que de telles diffusions puissent avoir lieu. Mais ils ont aussi changé la culture même de cette diffusion puisqu’il n’est plus besoin aujourd’hui, pour être diffusé, de chercher à mettre en œuvre des dispositifs objectifs d’évaluation de la pertinence des méthodes pronées. Le déclaratif suffit et c’est sans limite désormais que l’emphase et le dithyrambe nous vantent les effets miraculeux d’un choix méthodologique ou d’un autre. 

Le travail didactique contre l’illusion méthodologique

On nous dit ici que l’apprentissage par cœur est une condition de la réussite. On nous dit ailleurs qu’il en constitue l’obstacle majeur. Mais, en réalité, la question n’est jamais là : le travail didactique n’est pas de devoir prôner une stratégie unique capable de satisfaire toutes les situations. Il est exactement l’inverse : choisir en fonction de l’enjeu de l’apprentissage, de la nature des savoirs, de la réalité des élèves. Il ne s’agit donc pas de se fixer une ligne méthodologique une fois pour toute, mais de construire des situations d’enseignement. Et cette construction n’aura jamais à faire le choix de la mémorisation systématique ou au contraire de la refuser totalement. Elle devra se préoccuper de jouer à la fois avec l’un et l’autre parce qu’on ne répond pas de la même manière à des enjeux de nature différente. 

On nous dit ici que la « carte mentale » est un atout formidable. Mais, encore une fois la question ne se pose pas comme cela. Elle est de s’interroger sur les situations d’enseignement où une représentation graphique peut aider à la compréhension. Elle est de s’interroger sur la forme de cette représentation graphique, la « carte mentale », aujourd’hui à la mode depuis qu’il est devenu aisé d’en produire, étant loin d’être la seule organisation graphique possible et surtout pas toujours la plus pertinente. Et tout cela sans oublier de s’interroger sur la lisibilité de la représentation produite et de sa capacité à réellement aider l’élève. 

On nous dit que le cours magistral est une aberration. Mais la question n’est pas là. Elle est de s’interroger sur l’articulation dans l’enseignement entre les moments où la transmission collective d’informations par le professeur ou le dialogue avec la classe entière sont pertinents et ceux où un travail en groupe ou un accompagnement plus individualisé le seront. 

On pourrait multiplier les exemples qui en proposant une méthode particulière et en recommandant son usage systématique ou tout au moins préférentiel conduisent à éviter la question didactique.La didactique est une élaboration patiente et jamais prédéterminée. Toujours fragile et jamais définitive. C’est cela qui fait la complexité du métier enseignant, c'est cela qui en fait sa diffulté mais aussi le plaisir intellectuel de cette élaboration. Il n’y a pas de solution méthodologique universelle, il n’y a que la tentative permanente de s’ajuster à des situations grâce à une compétence professionnelle spécifique qui nécessite à la fois la maîtrise des contenus, l’interrogation épistémologique des savoirs enseignés, l’analyse des conditions pédagogiques de leur compréhension et les savoir-faire de la mise en œuvre. 

Et cela ne peut se résumer à définir une procédure d’enseignement idéale. 

La certitude méthodologique est un discours culpabilisant

À trop vouloir considérer les effets miraculeux d’une méthode, se construit en creux une accusation d’irresponsabilité de ceux qui ne la choisissent pas. Puisque cette méthode produit une réussite systématique, ceux qui ne l’adoptent pas ne veulent pas vraiment faire réussir leurs élèves … par négligence, par élitisme, par refus du changement, … Parfois c’est l’institution elle-même qui participe à cette stigmatisation quand des inspecteurs confondent l’analyse partagée des pratiques et la prescription de pratiques spécifiques. 

Il faut redire le principe de la liberté pédagogique des enseignants. Pas dans une conception libérale qui la confondrait avec l’affirmation d’une liberté individualiste peu soucieuse de l’intérêt général. Mais dans celle d’une responsabilité à concevoir ses enseignements dans la certitude de la valeur émancipatrice des savoirs et dans la volonté de lutter contre les inégalités de réussite. C'est plus compliqué que de se réfugier dans les espoirs vains d'une méthode unique mais c'est la condition d'une véritable démocratisation de la réussite scolaire.   

 

sur Twitter : @pauldevin59

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