Canicule à l'école : quand l’illusion performative du discours tient lieu d’action…

Agnès Buzin, ministre de la santé, déclare ce matin que les écoles sont prêtes pour la canicule puisque tout a été anticipé. C’est comme si la déclaration de cette anticipation pouvait avoir une valeur performative[1] et suffisait à suppléer une préparation qui n’a pas eu lieu. Le ministère de l’Éducation nationale déclare de son côté « qu’il faut garder les enfants dans une ambiance fraîche » comme si l’énoncé de ce conseil pouvait suffire à rendre cette fraîcheur réelle. Mais ce que les enseignants savent, par expérience quotidienne, c’est que dans beaucoup de salles de classe, il n’y a aucun moyen d’obtenir une ambiance fraîche même lorsque la température extérieure est loin d'être caniculaire!
Le conseil donné par les recommandations ministérielle de l’Education nationale d’« étudier les possibilités de limiter les entrées de chaleur dans les salles » est du même acabit car si le problème se pose, c’est justement quand il n’y a pas de possibilité de limiter les entrées de chaleur. Quant à l’exigence de « disposer d’une solution de repli » … même une municipalité de très bonne volonté peinera à trouver une solution vers un endroit « disposant de ventilation » !

Si le réchauffement climatique présente un risque renouvelé de températures mettant en danger les enfants dans nos écoles, il faut que des exigences soient faites aux municipalités et que des financements soient accordés pour les aider à tenir. A défaut de quoi, le discours qui énonce des recommandations dont la mise en œuvre va s’avérer impossible relèvera d’une forme de communication particulièrement méprisante pour les agents comme pour les usagers : faire croire qu’on a traité le problème du seul fait de l’énonciation d’une solution. Mais la valeur performative des discours s’arrête avant le domaine des miracles : pour les jours de canicule qui suivent, il ne suffira donc pas de demander que les enfants soient gardés dans une ambiance fraiche pour obtenir la température souhaitée.
Bon courage à toutes et tous !

[1] Les linguistes appellent performatifs les énoncés qui réalisent une action du fait même de leur énonciation. Ainsi celui qui déclare « la séance est ouverte » ne décrit pas une action extérieure, par cette parole il agit effectivement l’ouverture de la séance.

 

 

 

Textes de Paul Devin sur l'école et l'éducation
https://pauldevin.com

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