Système scolaire : le dogme de l'autonomie ...

Pour défendre une autonomie plus grande du système scolaire, France Stratégie, organisme conseil auprès du premier ministre fait fi de la complexité, des légitimes interrogations et d'éventuelles contradictions... pour se limiter à répéter en boucle son credo : l'autonomie est la condition d'une meilleure performance du système scolaire.

La récente note de France Stratégie sur l’autonomie des établissements scolaires (Quelle autonomie pour les établissements scolaires, décembre 2016) affirme d’entrée : « Les résultats insatisfaisants de notre système éducatif et les impasses que rencontre aujourd’hui son pilotage centralisé conduisent à rechercher une plus grande autonomie des établissements scolaires. ». À défaut de questionner une telle affirmation, d'en examiner les limites et les contradictions, l'organisme de conseil et d'expertise auprès du Premier ministre  procède davantage par affirmation dogmatique que par argumentation raisonnée. Car sa note omet de poser une question fondamentale : sur quels éléments peut-on conclure que l’accroissement de l’autonomie produira une plus grande égalité alors qu’il est tout aussi légitime de craindre, à l’inverse, qu’il renforce les inégalités ?

Au vu de la littérature de comparaison internationale, France Stratégie prétend pouvoir assèner comme une vérité incontournable une relation de cause à effet entre l’accroissement de l’autonomie et la hausse des résultats. Cela mériterait d’être grandement relativisé : l’autonomisation de l’école suédoise a produit les effets inverses et c’est l’OCDE qui lui recommande, en mai 2005, une stratégie de réforme conduite par l’État. Quant à l’autonomie de l’école anglaise, ce qu’elle a d’abord produit c’est la privatisation de l’école et les travaux de Stephen Gorard sont loin de montrer qu’elle a permis une plus grande égalité ! On pourrait multiplier les exemples qui mettent en doute la relation causale : plus d’autonomie/meilleures performances.

Sur le plan du recrutement des personnels, le problème soulevé par France Stratégie de la difficulté de maintenir des enseignants expérimentés sur les secteurs de l’éducation prioritaire ne serait absolument pas modifié par une autonomie des établissements en matière de recrutement. Au contraire, le recrutement local renforcerait l’attractivité des établissements où l’exercice professionnel serait réputé plus aisé. Rien ne permet donc d’assurer que l’autonomie de recrutement soit une garantie d’égalité.

Dans les scénarios envisagés par France Stratégie, on comprend bien que le premier, celui d’une autonomie pédagogique basée sur une formation des chefs d’établissements, une forte concertation des équipes et un financement sur évaluation exercée par un organisme indépendant, n’a pas les faveurs de l’auteur qui l’associe à un risque d’immobilisme. Le troisième basé sur le choix des familles à partir d’une offre diversifiée est présenté comme risquant une plus grande inégalité de résultats. D’ailleurs, l’OCDE a toujours mis en garde contre l'abandon d’un curriculum décidé à l’échelon national.

En creux se dégage donc une préférence pour le second scénario : contractualisation entre l’État et les régions académiques en association avec les collectivités territoriales ; renforcement de l’autorité du chef d’établissement (y compris sur la rémunération, la carrière) et évaluation à partir d’indicateurs. France Stratégie aurait pu indiquer quelques risques de ce scénario. Par exemple, la difficulté de trouver des indicateurs véritablement opérants, qui ne mesurent pas des effets superficiels. Ou bien le risque que le transfert de l’État vers la région académique ne garantisse pas de renoncer aux travers d’un modèle centralisé dont France Stratégie nous explique qu’il est à l’origine de nos difficultés. Mais dans ce scénario, nous dit la note, le risque est circonscrit à l’opposition des enseignants.

Voilà comment l’air de rien, on nous explique que l’égalité serait produite par une plus grande autonomie mais que les enseignants, par trop attachés à leurs conditions de travail et leurs statuts, seront l’élément de résistance à l’amélioration de l’école par l’autonomisation. On aurait attendu d’un organisme public de réflexion, d’expertise et de concertation, une analyse moins systématiquement acquise au prêt-à-penser libéral et capable d’une prise en compte de la complexité du problème !  

 

Paul Devin sur twitter : @pauldevin59

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