Jean-Michel Blanquer : plus que jamais, populiste et autoritariste

L’idéologie simplificatrice, le discours populiste, l’autoritarisme … tous les ingrédients d’une politique qui tente désespérément de cacher son incapacité à faire preuve de la détermination budgétaire nécessaire pour améliorer l’école.

La stratégie communicationnelle du ministre est toujours aussi offensive : la veille de la publication de textes réglementaires qui vont constituer des injonctions pédagogiques, une interview dans le Parisien prépare le terrain de l’opinion. 

On y voit un ministre très ambigu sur la question de l’injonction pédagogique. Il ne s’agit pas d’"homogénéiser les pratiques", nous assure-t-il, pour désigner ensuite ce qui relève de la « bonne méthode » et dresser la liste de ce qu’il faut faire. Et il sera difficile de convaincre qu'il n'y a pas de volonté injonctive et d'autoritarisme quand le conseil ministériel va jusqu’à indiquer le temps quotidien que doit durer l’exercice d’écriture ou l’usage de la réglure Séyès !

La rhétorique du discours est simpliste.
Il  y a, d’un côté, ce qui est défendu par le ministre : ce qui est « produit par l’intelligence collective », basé sur la science et la recherche, les «bonnes méthodes», celles «qui marchent», ce qui est du côté la « modernité ».
De l’autre côté, il y a des choix « criminels », les méthodes « fragilisantes », « qui ne marchent pas », les « mauvaises pratiques ».
Et les élèves dont les enseignants qui ne suivront pas les consignes ministérielles, n’auront « pas de chance » et cela aura un « impact grave sur leur scolarité ».
Et ceux qui prétendront opposer des arguments, tout simplement ne pas être d’accord, ne se voient même pas reconnaître la possibilité d’une divergence, dans la logique d’un pluralisme. Non, ils ne pensent pas, ils ne réfléchissent pas, … ils « cherchent la polémique ».

La rhétorique est celle de la simplicité extrême, celle de l’argument populiste. Pas d’alternative entre l’obéissance méthodologique et «l’anarchisme pédagogique».

Mais la réalité des écoles, des classes, des pratiques professionnelles est différente, plus complexe, plus diverse, plus subtile… 
Par ailleurs, la recherche scientifique n’a jamais fait la preuve que la méthode syllabique soit un choix impératif. Elle dit seulement que le travail systématique sur les relations graphophonologiques est indispensable et doit être mené conjointement avec les autres enjeux de la lecture … Et cela relève d’un très large consensus. Le fait que ce consensus ne convienne pas à l'idéologie ministérielle, doit-il nous amener à nier qu'il soit produit par l’intelligence collective.
Quant à l’affirmation «  le b-a ba avant tout », même Stanislas Dehaene n’exprime pas cela de manière aussi restrictive dans ses ouvrages sur la lecture !

Le ministre prétend que ces prescriptions étaient attendues par les enseignants et les inspecteurs. C’est loin d’être aussi sûr que les acteurs de l’enseignement aient renoncé à l’idée d’un métier de conception didactique pour se réfugier dans l’application de consignes… Mais, de toute façon, une question doit précéder celle d'un éventuel contentement des enseignants. Celle qui interroge la stratégie Blanquer pour savoir si elle va permettre une meilleure réussite scolaire. Or cette stratégie, notre ministre a déjà largement participé à la construire avec Xavier Darcos : a-t-elle réussi à réduire le nombre d’élèves en difficulté ? Non, elle concerne même une génération qui a été évaluée sévèrement avec PIRLS !

Mais, dans les projets du ministre, pas un mot sur la formation des enseignants dont nous savons tous qu'elle constitue la clé essentielle de l'amélioration qualitative de l'école. Rien sur les postes qu’il faudrait créer pour que les professeurs puissent partir en formation continue et bénéficier de temps de formation conséquents sur la lecture.
Rien sur le mi-temps désastreux des stagiaires de l’ESPE dont tout le monde convient à reconnaître qu’il  n’est pas adapté à leur formation initiale mais qui est maintenu pour compenser des emplois insuffisants…

L’idéologie simplificatrice, le discours populiste, l’autoritarisme … tous les ingrédients d’une politique qui tente désespérément de cacher son incapacité à faire preuve de la détermination budgétaire nécessaire pour améliorer l’école et lui permettre d'atteindre ses objectifs de démocratisation de la réussite scolaire.

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