Paul DEVIN
Syndicaliste, Paul Devin a été inspecteur de l'Education nationale et secrétaire général du SNPI-FSU. Il est actuellement le président de l'Institut de Recherches de la FSU
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Billet de blog 26 avr. 2021

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Syndicaliste, Paul Devin a été inspecteur de l'Education nationale et secrétaire général du SNPI-FSU. Il est actuellement le président de l'Institut de Recherches de la FSU
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Du flou comme stratégie de transformation de la fonction publique…

Depuis le début de la crise sanitaire, ordres et contre-ordres désorientent le fonctionnement de l’école, dans une période de complexité qui appellerait au contraire une clarté exemplaire. Une incapacité à gérer rationnellement la crise épidémique ou une stratégie délibérée destinée à contribuer à la transformation profonde de la fonction publique ?

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23 avril, 8h30, France Infos. Alors que la journaliste interroge le ministre de l’Éducation nationale sur les cours d’éducation physique et sportive et demande s’ils peuvent se dérouler à l’intérieur, le ministre répond que oui, tout en encourageant le développement des cours en extérieur. Mais le jour même, le ministère publie un document interdisant l’accès aux installations couvertes.
Dans la lettre qu’il adresse aux personnels, le 22 avril, le ministre affirme qu’« à partir d’un cas confirmé, la classe de l’élève ou du professeur concerné sera fermée. ». La fermeture de la classe intervient donc tant dans le cas d’une contamination de l’élève que dans celle d’un professeur…mais la FAQ[1] publiée par le ministère n’affirme la fermeture systématique que pour les élèves : « l’apparition d’un cas confirmé parmi les personnels n’implique pas automatiquement la fermeture de la classe ».
Le même jour, il est annoncé aux organisations syndicales que dans le cas d’un enseignant absent et non remplacé, les élèves de sa classe ne seront pas accueillis pour éviter d’augmenter les risques de contamination par brassage. La FAQ indique clairement que « dans les écoles, lorsqu’un enseignant absent ne peut, malgré le renforcement des moyens de remplacement, être immédiatement remplacé, les élèves ne peuvent en aucun cas être répartis dans les autres classes. L’accueil des élèves est alors suspendu dans l’attente de l’arrivée du professeur remplaçant ». La mesure est claire et on perçoit aisément qu’elle obéit à une logique sanitaire parfaitement justifiée. Mais dès le lendemain, le ministre évoque la possibilité « d’exceptions » … De ce fait, dès le matin de la rentrée du 26 avril, les consignes données sur cette question commencent déjà à témoigner que le principe régulateur des décisions en la matière ne sera pas l’inflexibilité d’une norme sanitaire mais un ajustement au gré des moyens de remplacement disponibles. Et cela y compris pour servir une volonté politique d’afficher des moyens de remplacement suffisants alors que le déficit est chronique Nous ne sommes plus dans une logique sanitaire mais dans celle de la construction idéologique de la doxa d’une réduction des coûts de la fonction publique.

Nous pourrions multiplier les exemples d’une norme qui se construit désormais au gré des situations, au gré de la volonté du ministre ou de ses cadres hiérarchiques, au gré des nécessités d’un discours institutionnel. Dans ces incertitudes permanentes, d’aucuns voudraient voir le signe d’une incurie… il faut les détromper d’une telle interprétation. Ce flou, cette variation continue de la norme, cet ajustement au gré des dispositions particulières est une volonté délibérée, celle de la flexibilisation qui constitue une stratégie essentielle de la réduction des services publics et de leurs coûts.  Les conséquences humaines de cette stratégie sont déplorables : l’inconfort des incertitudes que doivent supporter les agents dégrade leurs conditions de travail, la multiplication des conflits d’interprétation détériore les relations entre eux, la personnalisation des relations d’autorité soumet l’action professionnelle aux risques des intérêts particuliers, les abus de l’usage d’une autorité devenue subjective limitent les marges d’actions. Jamais le sens du travail et la finalité des missions n’a été tant fragilisée. Mais tout cela ne résulte pas d’une incapacité à produire des normes cohérentes mais d’une volonté de conduire, imperceptiblement, les modifications les plus profondes des cultures professionnelles, des organisations sociales et des protections statutaires de l’action publique.   

[1] https://www.education.gouv.fr/media/71379/download

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