Paul DEVIN
Syndicaliste, Paul Devin a été inspecteur de l'Education nationale et secrétaire général du SNPI-FSU. Il est actuellement le président de l'Institut de Recherches de la FSU
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Billet de blog 26 juin 2022

Developper une ambition nouvelle pour l'enseignement professionnel et agricole

Alors que le récent rapport de la Cour des Comptes révèle les échecs de la politique de l'apprentissage, les évolutions de l'emploi nécessitées par la crise environnementale devraient offrir une perspective d'ambition exceptionnelle pour l'enseignement professionnel et agricole public

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Le constat alarmant de la Cour des Comptes

La cour des Comptes vient de publier un rapport sur la formation en alternance. On y lit que la hausse des effectifs de l’apprentissage n’est pas au service de l’insertion professionnelle des jeunes les moins qualifiés. L’accroissement exceptionnel des aides accordées aux entreprises qui a permis, en cinq ans, une hausse de 98% des entrées en apprentissage ne permet pas aux jeunes qui rencontrent le plus de difficulté de mieux s’insérer sur le marché du travail. Elle permet essentiellement de financer des études supérieures, ce qui ne serait pas un problème en soi si cela ne se faisait pas aux dépens des jeunes des milieux populaires.

Voilà un constat qui est fait depuis plusieurs années par la plupart des organisations syndicales de l’enseignement professionnel que l’on accusait de défendre leur pré carré alors que les inquiétudes qu’ils exprimaient étaient bien celles de la dégradation de l’accès aux diplômes pour les jeunes les plus en difficulté. D’autant que cette préférence accordée à l’apprentissage coûte très cher dans un contexte où les moyens manquent aux lycées professionnels et agricoles publics.

Quant à la nécessité d’une meilleure adéquation entre l’offre de formation et les besoins des entreprises, force est de constater que le progrès annoncé n’est pas au rendez-vous. Peu de formations en apprentissage, par exemple, répondent aux besoins pourtant aigus du BTP et de l’industrie.

Quant à la qualité de la formation en apprentissage, la Cour des Comptes constate que son contrôle est loin d’être réel. Les missions de contrôle pédagogique des formations par apprentissage (MCPA) qui associent les corps d’inspection de l’Education nationale et les branches professionnelles sont loin d’être effectives et manquent de moyens ; la transparence des résultats est incertaine et la sous-traitance des formations à des acteurs divers n’obéit à aucun contrôle qualitatif. Tout est réuni pour que la recherche de rentabilité financière des opérateurs privés puisse s’opérer aux dépens de la formation.

De plus, cette embellie de l’apprentissage est produite par un financement exceptionnel non pérenne et risque de s’effondrer lors du retour d’un régime d’aides de droit commun.

Un projet d’ambition pour l’enseignement professionnel et agricole public, en réponse aux besoins de la transition environnementale

L’urgence écologique nécessite de développer de nouvelles compétences qu’elles soient nécessitées par des activités économiques liées à la protection de l’environnement ou à des modifications incontournables des activités existantes. L’enseignement professionnel et agricole public pourrait y jouer un rôle essentiel en étant affirmé comme le vecteur majeur de ces transformations. Pour y parvenir, les branches professionnelles sont trop enfermées dans leurs logiques de profit et leurs volontés de réponse à des besoins immédiats d’employabilité. Un tel projet demande donc une volonté politique nationale et les moyens nécessaires à leur mise en œuvre au sein du service public. Et voilà justement, ce qui justifie le service public : répondre à l’intérêt général quand les logiques privées de profit y résistent !  

Plutôt que de vanter, par le discours rhétorique, l’excellence de ces formations professionnelles, le gouvernement disposerait, au travers d’une telle volonté, de la possibilité de nourrir une véritable ambition pour l’enseignement professionnel et agricole public. Une telle politique offrirait aux jeunes des milieux populaires, une formidable espérance de s’insérer socialement par des métiers valorisés, essentiels pour l’avenir de la planète. Une telle valorisation de l’enseignement professionnel et agricole permettrait lutter contre le décrochage scolaire, contre la dévalorisation du travail. Elle aiderait aux enseignantes et enseignants de retrouver du sens à leur activité, de renouer avec le projet institutionnel pour lequel ils nourrissent aujourd’hui beaucoup de défiance et de retrouver des perspectives plus optimistes. Et une telle dynamique serait favorable à l’ensemble des champs de formation.

Le gouvernement n’a guère l’habitude d’écouter les syndicats et leurs multiples alertes sont restées lettre morte. Sera-t-il davantage sensible aux alertes de la Cour des Comptes ? A défaut, on pourrait croire que l’avenir des jeunes qui ont des difficultés majeures pour s’engager dans la formation et l’emploi n’est pas une préoccupation sincère de la politique mise en œuvre qui lui préférerait la volonté obsessionnelle de réduire le service public. Cela témoignerait de mépris pour la promesse républicaine d’égalité et constituerait une gravissime erreur pour l’avenir économique et social de notre jeunesse.

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