Paul DEVIN
Syndicaliste, Paul Devin a été inspecteur de l'Education nationale et secrétaire général du SNPI-FSU. Il est actuellement le président de l'Institut de Recherches de la FSU
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Billet de blog 29 mars 2018

École maternelle : sérieux doutes au lendemain des assises…

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Syndicaliste, Paul Devin a été inspecteur de l'Education nationale et secrétaire général du SNPI-FSU. Il est actuellement le président de l'Institut de Recherches de la FSU
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A en croire notre ministre, il y aurait eu au travers de ces assises un moment historique, une prise de conscience que l’école maternelle « ne doit pas opposer épanouissement et connaissances ».
Mais qui aujourd’hui défend une telle opposition ?
En tous cas pas les programmes de 2015 dont il est évident qu’ils sont fondés sur cette double préoccupation de l’adaptation aux jeunes enfants (et des volontés d’accueil, d’accompagnement, de réponse aux besoins, de mise en valeur qu’elles présument) et de la mise en œuvre d’apprentissages (et des ambitions intellectuelles comme des mises en œuvre didactiques qu’elles supposent).

Rien d’historique donc aujourd’hui… le soi-disant conflit entre affectif et cognitif dispose d’un outil de traitement bien adapté depuis 2015 : les programmes de l’école maternelle !!

Rien d’historique mais beaucoup de doutes …

Car loin des annonces d’une exceptionnelle réflexion collective, ces assises n’ont en rien été un temps de débat. Les vérités de Messieurs Blanquer et Cyrulnik ont été assenées aux participants sans qu’il soit envisageable d’exprimer quelque doute. Pourtant, il y a de quoi exprimer des doutes.

Le premier, c’est se demander comment on peut penser améliorer le service public sans prendre en compte le travail de ceux qui l’agissent au quotidien. Nombre de ceux qui étaient présents et qui depuis des années cherchent au quotidien de leurs pratiques à améliorer la qualité du service public d’enseignement en maternelle, sont sortis de ces assises avec de l’amertume à l’âme… Celle d’avoir dû recevoir des leçons de la part d’intervenants qui, par ailleurs n’ont pas témoigné d’une connaissance particulièrement soutenue de l’école maternelle. Le moment où le nom de Viviane Bouysse a été chaleureusement applaudi a été, en quelque sorte, l’hommage spontané de la salle à ce travail qui, à l’image de Viviane Bouysse, a les vertus de l’exigence nécessaire à l’ambition mais aussi de la patience indispensable à la complexité.  

Un autre doute, c’est qu’on puisse s’imaginer améliorer un système complexe en mettant en exergue un seul champ psychologique, en l’occurrence, celui de la théorie de l’attachement. Il ne s’agit pas ici de débattre de sa pertinence théorique mais de s’interroger sur cette quasi manie de notre ministre de vouloir baser sa politique sur un champ de recherche particulier quand on sait que les réponses professionnelles des enseignants ne peuvent procéder que d’un travail de synthèse. D’autant que le travail de l’enseignant ne relève pas de l’application d’une théorie mais de la capacité d’intégrer l’ensemble des  éléments de la recherche dans une construction didactique et/ou pédagogique.
Mais il faut bien constater que la grande absente de ces journées fut bien la didactique. Pourtant si un climat de confiance est nécessaire pour développer les compétence langagières, il restera vain si ne sont pas mises en oeuvre des situations d’apprentissage construites par une compétence didactique soutenue.

Autre doute, qui procède là encore d’une pratique récurrente de notre ministre, la mise en valeur d’un homme providentiel pour résoudre un problème de l’école. Stanislas Dehaene était celui de la lecture. Boris Cyrulnik, celui de la maternelle.

Ces assises y perdaient toute dimension plurielle : Boris Cyrulnik n’avait amené que ses amis et ses collaborateurs. Du point de vue de la promotion de l’Institut de la Petite -Enfance de Boris Cyrulnik, c’était très efficace ! Mais on ne construit pas une politique nationale avec des journées promotionnelles. Pas de vrais débats, pas de contradiction, pas de complexité, pas de recherche de compromis. C’est-à-dire tous les ingrédients d’un emballement passager sans véritable avenir.

Passons sur les formules où l’intervenant n’a pas d’autre ambition que de faire le malin avec une formule bien « disruptive », genre « le dortoir, c’est le mouroir…. ». Il faudra juste nous expliquer ce que l’on peut faire d’une telle affirmation pour améliorer l’école maternelle.
Mais intéressons-nous à une autre formule qui commence déjà à faire florès dans les discours institutionnels : l’école maternelle sera l’école de l’épanouissement et du langage. Étonnante restriction des ambitions d’apprentissage à laquelle il faut préférer les ambitions bien plus larges des programmes. Car l’école maternelle c’est aussi permettre, avec bien plus d’égalité que si l’on se contente des pratiques familiales, de construire une relation culturelle avec le monde.
Quant à l’épanouissement, on aimerait que soit rappelé que son ambition dans l’école publique ne peut se confondre avec l’épanouissement des potentialités individuelles qui serait une résurgence d’une conception basée sur les dons. L’épanouissement dans l’école publique a la volonté de l’émancipation collective.  

Enfin quelques sérieux doutes aussi sur les moments où on fait miroiter l’espoir d’une abaissement significatif du taux d’encadrement. Jusqu’à maintenant, on ne voit pas bien comment la politique budgétaire d’Emmanuel Macron le permettra.
Voilà ce qui aurait été un moment historique : décider d’investissements conséquents pour l’école maternelle mais les assises s'en sont dispensé.

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