Ecoles du socle dans la loi Blanquer : la stratégie du cheval de Troie!

Un amendement à la loi Blanquer a été adopté qui prévoit la création d’"établissements publics des savoirs fondamentaux" regroupant les classes de la petite section de maternelle jusqu’à la fin du collège. Cet amendement agit comme un cheval de Troie en insérant, in extremis, dans la loi, le principe des écoles du socle.

Après avoir longtemps affirmé qu’il ne prendrait pas l’initiative d’une loi nouvelle sur l’éducation, le ministre de l’Éducation nationale avait fini par déposer un projet de loi pour une école de la confiance qui est en cours d’examen par la Commission de la Culture et de l’Éducation à l’Assemblée nationale.
Un amendement porté par des députés LREM (AC501) a été adopté qui prévoit la création d’"Etablissements publics des savoirs fondamentaux" regroupant les classes de la petite section de maternelle jusqu’à la fin du collège.
Cet amendement agit comme un cheval de Troie en insérant, in extremis, dans la loi le principe des écoles du socle.

Sur un plan technique, la création d’une telle structure aurait demandé l’anticipation de l’ensemble de ses effets administratifs et des évolutions statutaires et réglementaires qu’il initiera. En agissant ainsi, on va devant des difficultés majeures de fonctionnement qui, faute de cadre réglementaire suffisant, devront être tranchées par des arbitrages managériaux. On peut douter qu’ils soient toujours capables de prendre en compte l’ensemble des paramètres nécessaires pour garantir à la fois l’intérêt général et les droits des personnels.

Sur un plan éducatif, le postulat qu’une structure unique produirait, par nature, une amélioration qualitative et une plus grande cohérence des parcours scolaires est loin d’être aussi évident qu’il pourrait paraitre. Car c’est sur un ensemble de présupposés idéologiques qu’a toujours été défendue l’école du socle : ceux de l’autonomie et de l’innovation dont on postule la capacité, par principe, à améliorer la réussite scolaire. Les études faites sur le sujet restent largement plus dubitatives. La liberté pédagogique sert d’argument de séduction pour les personnels mais, en réalité, cette structure produira de fortes pressions managériales contraignant à la mise en œuvre de projets souvent davantage guidés par des stratégies de communication que par une construction collective véritablement fondée sur l’analyse pédagogique.

Ce nouveau statut d’établissement appellera évidemment à un nouveau statut de directeur d’école dont les fonctions, au terme de l’amendement adopté, dépasseront largement les fonctions actuelles des directeurs d’école. Là encore, l’amendement agit comme un cheval de Troie induisant une transformation que le ministre refuse d’aborder de manière transparente.

En milieu rural, on imagine mal qu’une telle structure puisse fonctionner dans le maintien de l’ensemble des écoles : elle induira le regroupement et donc l’appauvrissement de l’équipement public des territoires et l’augmentation des déplacements des élèves.

A minima, un tel projet aurait demandé une étude approfondie, de larges consultations, un débat contradictoire … en réalité, il a été adopté en catimini puisque les échanges préalables avec le ministère au sujet de ce projet de loi n’ont jamais abordé cette question.

Cela confirme que sous son apparence d’assemblage disparate de mesures ponctuelles, le projet de loi « pour une école de la confiance » a l’ambition d’une transformation libérale profonde du système éducatif. Jean Michel Blanquer a sans doute fait sien le principe stratégique que défendait Luc Chatel :
"L’Éducation nationale a moins besoin de grands soirs que de petits matins quotidiens. C’est en travaillant à bas bruit, sous les radars, que les conséquences de nos réformes seront absolument majeures."  (1)

 

(1) Luc CHATEL, Réformer le statut des enseignants, Fondapol, février 2004

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