L’écrivain mexicain, David Toscana, rend hommage à Pierre Laffitte

David Toscana dans « El último lector » évoque avec insistance un chef-d’œuvre injustement ignoré de la littérature française : « La Mort de Babette ». Son auteur, Pierre Laffitte, a connu les faveurs du public au début du vingtième siècle avant que la première guerre mondiale n’éclate et n’ensevelisse son œuvre. D’un classicisme brillant, son style épuré et bucolique ne devait guère fasciner les grands mouvements littéraires de l’après-guerre. Les surréalistes l’ignorent et Céline parle de Laffitte comme d’«un très grand abruti, indolent comme une fille et arracheur de dents  ». Seul, Marcel Proust en dresse l’éloge dans « Jean Santeuil », et célèbre « son écriture aigrelette qui fait de lui le pendant masculin de George Sand ». Laffitte a-t-il influencé Proust ? À l’époque, certains critiques avinés voient dans le personnage d’Albertine une résurgence de Babette… Ce sera là son dernier titre de gloire avant de sombrer dans l’oubli durant plus d’un demi-siècle.

     Il faudra attendre 2004 pour qu’un écrivain mexicain originaire du Nuevo Léon, David Toscana, rende hommage à l’auteur disparu. Dans cette fiction bizarre, à mi-chemin entre Borges et Rulfo, un bibliothécaire solitaire et son fils tombent sur le cadavre d’une jeune fille en qui ils reconnaissent la fameuse héroïne de Laffitte. Cet émouvant épisode aurait-il secoué la mauvaise conscience des éditeurs français ? Après l’avoir ignorée tant d’années, Gallimard réagit enfin et le Mercure de France annonce sur son site la prochaine parution de la saga des Babette qui a bouleversé le public autour de 1900. La publication des quatre volumes est prévue pour septembre 2012: « Mademoiselle Babette », « Babette à Paris », « Un Amour de Babette » et « La Mort de Babette ». En attendant cet immense plaisir de lecture nous pouvons toujours nous plonger dans l’intrigue sombre et hilarante du « Dernier Lecteur ».

David Toscana, El último lector, Editions Zulma

Roman traduit de l’espagnol (Mexique) par François-Michel Durazzo

Le dernier lecteur


 

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