La lettre que je n'enverrai pas

En tant qu'abonné à la généralement sérieuse revue "Que Choisir", je suis invité à envoyer un courrier tout fait par on ne sait qui à mon député ou mon sénateur.Ce courrier, s'appuyant sur le stress bien compréhensible des patients et des élus locaux, mélange des problématiques différentes, bien que chacune très importante, l'accès aux soins n'étant pas en effet seulement lié à la géographie.L'incitation pour résoudre les problèmes d'installation n'a pas marché, c'est vrai mais il faut dire que ce qui a été mis en place avait peu de chance de marcher. Que Choir, adepte des tests comparatifs, aurait pu voir ce qui se passe à l'étranger. Si aller au delà des slogans l'intéresse, je peux lui envoyer la très bonne thèse "Inégalité de répartition de médecins généralistes sur le territoire, quelles solutions? Etude des mesures prises dans quatre pays européens." que j'ai eu le plaisir de diriger en 2010.

En tant qu'abonné à la généralement sérieuse revue "Que Choisir", je suis invité à envoyer un courrier tout fait par on ne sait qui à mon député ou mon sénateur.

Ce courrier, s'appuyant sur le stress bien compréhensible des patients et des élus locaux, mélange des problématiques différentes, bien que chacune très importante, l'accès aux soins n'étant pas en effet seulement lié à la géographie.

L'incitation pour résoudre les problèmes d'installation n'a pas marché, c'est vrai mais il faut dire que ce qui a été mis en place avait peu de chance de marcher. Que Choir, adepte des tests comparatifs, aurait pu voir ce qui se passe à l'étranger. Si aller au delà des slogans l'intéresse, je peux lui envoyer la très bonne thèse "Inégalité de répartition de médecins généralistes sur le territoire, quelles solutions? Etude des mesures prises dans quatre pays européens." que j'ai eu le plaisir de diriger en 2010.

Que Choisir, qui était sans doute trop jeune, ne se rappelle par ailleurs sans doute pas que les aides de l'Assurance Maladie étaient et sont liées au respect des tarifs opposables. Quelle se rassure, pour la retraite la diminution est en cours, le médecin secteur 1 vient de se voir amputer d'un partie de sa retraite récemment.

Ce respect des tarifs opposables explique sans doute que le revenu cumulé d'un généraliste soit sur sa carrière du même niveau qu'un cadre sup bac + 5 et plus. Mais avec un travail hebdomadaire de 55 heures versus 44. Là encore, Que Choisir a oublié l'étude comparative.

Pour les dépassements en secteur 2 , marronnier de la politique de santé, on sent que c'est pour équilibrer avec les contraintes du secteur 1, Que Choisir avalisant d'ailleurs son existence avec un limitation à 40%, ce qui après négociation devrait arriver à 54%, le chiffre actuel.

La lecture de Que Choisir est souvent pertinente pour faire des choix. Là le meilleur choix est de quitter le métier de généraliste comme le font déjà les jeunes (moins de 45% s'installent, et les anciens (70% libéraux qui dévissent sont des généralistes)

Merci donc à  Que Choisir d'éclairer les choix à venir même si, à  titre personnel, j'avais déjà conclus que d'autres horizons sont à explorer en devant médecin coordonnateur.

Dr Paul Le Meut, 22 ans de médecine générale,   auteur de "médecine générale,  courage, fuyons!"  www.mg-livre.net, livre déjà envoyé à mon député.


La lettre que je n'enverrai pas:

Madame la Députée (Monsieur le Député)/Madame la Sénatrice (Monsieur le Sénateur) (formule individualisée lors de l'envoi)

Dans la perspective de la discussion du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2013, permettez-moi de vous sensibiliser à la problématique de la fracture sanitaire subie par les habitants de notre département, soulignée par la carte interactive mise en place par l'UFC-Que Choisir sur son site Internet www.quechoisir.org, et à l'impérieuse nécessité d'une réforme de l'accès aux soins.

En effet, à travers une approche innovante combinant déserts géographiques et dépassements d'honoraires, l'étude de l'UFC-Que Choisir, réalisée sur la base des données publiques de localisation et de tarification des médecins, souligne que les habitants de notre département, comme plus largement l'ensemble des Français sont victimes d'une véritable fracture sanitaire. Ainsi, la présence des médecins, déjà vacillante, n'est pas une garantie d'accès : les tarifs pratiqués par une partie significative d'entre eux excluent les usagers les moins aisés.

Concrètement, selon les spécialités, entre 8,5 et 11,9 millions de personnes vivent aujourd'hui dans un désert géographique médical (1). La situation est moins critique pour les généralistes, 3,1 millions de Français étant dans un désert. Mais si l'on tient compte uniquement des médecins qui ne pratiquent pas de dépassements d'honoraires, la situation s'aggrave très nettement, en particulier pour les ophtalmologistes et les gynécologues. Ainsi, c'est de 45 % (ophtalmologistes) à 54 % (gynécologues) de la population qui est touchée par un désert médical concernant les médecins sans dépassements. Plus largement, pour ces spécialités, c'est alors 80 % de la population (50 millions de personnes) qui vivent dans des zones où l'accès aux médecins est rendue difficile. Au final, même dans les régions très bien dotées en médecins (région parisienne, PACA, Rhône-Alpes), il devient très difficile de se faire soigner lorsque l'on ne peut s'adresser qu'aux médecins sans dépassements d'honoraires.

Ce constat m'amène à vous demander, à l'instar des propositions concrètes de l'UFC-Que Choisir, de bien vouloir engager une action résolue pour réduire cette fracture sanitaire :

- un conventionnement sélectif des médecins : Les politiques d'incitations (primes à l'installation, rémunérations complémentaires) ont fait la preuve de leur inefficacité. C'est pourquoi il est désormais indispensable d'adopter une autre politique en limitant les installations de médecins dans les zones sur-dotées, ce qui permettra de combler progressivement les zones sous-dotées.
- une réduction des aides publiques aux médecins installés en zone sur-dotée : si  les aides publiques aux médecins doivent être maintenues dans les zones où l'on manque de médecins pour les rendre plus attractives, elles doivent être réduites, et progressivement supprimées, dans les territoires où l'offre de médecins est excédentaire.
- plafonner les dépassements d'honoraires : dans l'attente d'un nécessaire réexamen de la rémunération des actes médicaux, et pour répondre à l'urgence de la fracture sanitaire, les dépassements d'honoraires doivent être plafonnés à 40 % du tarif de la sécurité sociale, ce qui constitue la prise en charge médiane par les contrats de complémentaire santé.

Vous remerciant de l'intérêt que vous voudrez bien accorder à ma démarche, je vous prie de croire, Madame la Députée (Monsieur le Député)/Madame la Sénatrice (Monsieur le Sénateur) (formule individualisée lors de l'envoi), à l'assurance de ma parfaite considération.

(1) Défini comme un territoire dont l'offre de soins est inférieure d'au moins 60 % à la moyenne nationale

paul le meut

35132 vezin le coquet
p.lemeut@gmail.com

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