Atlas de la démographie médicale 2012: Quelles raisons d'espérer?

Pour en savoir plus: "médecine générale, courage, fuyons!"L'ordre des médecins a publié son intéressant  atlas annuel de la démographie médicale et titre dans son bulletin "de nouvelles raisons d'espérer?". En fait, les éléments qu'on y retrouve sont conformes aux données déjà connues et que je décris dans mon livre.Cet atlas nous rappelle que 62% des libéraux qui dévissent leur plaque avant l'heure étaient en 2011 des généralistes (qui sont moins de la moitié des libéraux). Cherchons l'erreur.Il nous rappelle que les médecins à diplômes étrangers se tournent massivement vers le salariat. Je soulignais dans mon livre que les étrangers sont aussi intelligents dans leur choix que les français. Le fait nouveau est qu'ils choisissent aussi préférentiellement les régions à forte densité.

Pour en savoir plus: "médecine générale, courage, fuyons!"

L'ordre des médecins a publié son intéressant  atlas annuel de la démographie médicale et titre dans son bulletin "de nouvelles raisons d'espérer?". En fait, les éléments qu'on y retrouve sont conformes aux données déjà connues et que je décris dans mon livre.

Cet atlas nous rappelle que 62% des libéraux qui dévissent leur plaque avant l'heure étaient en 2011 des généralistes (qui sont moins de la moitié des libéraux). Cherchons l'erreur.

Il nous rappelle que les médecins à diplômes étrangers se tournent massivement vers le salariat. Je soulignais dans mon livre que les étrangers sont aussi intelligents dans leur choix que les français. Le fait nouveau est qu'ils choisissent aussi préférentiellement les régions à forte densité.

Ceci confirme des données antérieures: "Ces médecins à diplôme étranger représentent 4,7 % des médecins inscrits à l'ordre, les deux-tiers étant de nationalité européenne. Les deux premières nationalités sont les belges et les roumains avec 15 % environ chacune.Ils sont en moyenne un peu plus jeunes que les médecins français et il y a parmi eux une proportion plus importante de femmes.Ils sont attirés par les mêmes zones que les médecins français : préférence pour l'urbain avec un maillage sanitaire important.

Concernant la médecine générale, les données sont particulièrement intéressantes : seuls 33 % de ces médecins sont inscrits comme généralistes, taux particulièrement faible puisque, pour les médecins français, le taux est de 47 %.Contrairement à une image d'Epinal, seulement 12 % de ces généralistes sont roumains, 14 % sont belges et un quart viennent du Maghreb.Ces généralistes étrangers sont très majoritairement attirés par le salariat. 37 % d'entre eux exercent en libéral, contre 59 % pour les généralistes français."

La raison d'espérer serait le pourcentage d'installations en libéral au bout de 5 ans. Certes, pour ceux qui ne connaissent pas le dossier, ce qui semble être le cas pour le directeur de l'ARS Rhone-Alpes, le chiffre de 35 % d’installations en libéral à 5 ans peut paraitre un progrès  par rapport au 10% généralement colporté, chiffre ne correspondant qu'aux nouveaux inscrits. Ce chiffre de 35% est inférieur aux prévisions mais il regroupe les installations des généralistes et des autres spécialités.

Il faut rappeler que, dans la plupart des spécialités, le choix du libéral ou du salariat de change pas la pratique mas que le salariat correspond de manière très générale à un nouveau métier pour un généraliste.

Rien à rajouter donc à ce que j'écris dans le livre:

"Selon une projection personnelle à 10 et 15 ans (dont les données sont concordantes avec les projections de la CARMF, à savoir 41000 généralistes en 2025), le nombre généralistes en activité en 2020 et 2025 sera différent selon une attractivitéà 45 % et 60 % ( L’attractivité est ici le pourcentage d’internes de médecine générale qui feront de la médecine générale de premiers recours.).

Compte-tenu d'un nombre de généralistes en 2010 d’environ 55 000, des départs prévisibles à la retraite, si 45 % des internes de médecine générale s’installent, il y aura 5000 généralistes de moins en 2015, 12 000 de moins en 2020, 17000 de moins en 2025 soit 37 000 contre 55 000 environ à ce jour.

Cette attractivité de 45  % est celle qui ressort des études sur les installations et les souhaits d’installation. Les chiffres ne tiennent pas compte des départs anticipés et de leur dynamique. Avec une attractivité de 60 %, on peut rêver, on trouve une diminution de 4000 en 2015, 9000 en 2020, 12000 en 2025 soit 43000 généralistes à ce moment. Même avec une attractivité à 60 %, la chute est brutale. C'est une réalité qui reste masquée dans les discours des pouvoirs publics et les pudeurs de l’Observatoire National des Professions de Santé.

La baisse du nombre de généralistes va fatalement être importante dans les prochaines années. Il y aura entre 12 et 23000 généralistes en moins dans 15 ans selon les actions menées. Les données sont d'autant plus sensibles que l'activité moyenne d'une femme en médecine générale est de 10 % inférieure à celle d'un homme et qu’elles seront majoritaires dans la profession en 2025.

Un autre élément à prendre en compte est la multiplication des temps partiels, notamment pour les jeunes femmes, mais pas seulement, sous forme de collaboration de quelques jours par semaines. Le remplacement d’un départ à la retraite par l’arrivée de deux jeunes médecins qui se partagent une forte activité n’est pas rare. J’ai en tête cinq situations de ce genre en région rennaise par exemple. Cette évolution visible n’est pas encore étudiée, mais elle aggrave les perspectives.

Enfin, cette baisse se manifeste alors que la population française continue à croitre et surtout à vieillir ce qui rend les perspectives d’autant plus inquiétantes."

Bref, pendant que le Titanic coule, l'orchestre continue à jouer.

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