Chroniques du confit-né 1

Envie d'écrire, de transmettre mes témoignages et réflexions dans la période inédite que nous traversons. J'ai vu d'ailleurs que je ne suis pas le seul ... une littérature - si j'ose, c'est un peu prétentieux- une littérature de survie ?

- 1 - Mardi 24 mars 2020. -Racisme stupide- ( bien que ce soit un pléonasme)

"Nous sommes en guerre" a dit l’autre, le PR, comme ils disent : certains bons français retrouveraient-ils les réflexes de leurs aînés de 40 ? Ou l'habituelle méchante haine se lâcherait-elle plus aisément?

Une collègue de ma fille, jeune femme charmante et toute gentille, MAIS d’origine coréenne s’est faite agressée verbalement TROIS fois en une semaine ds son quartier du 17ème, ‪traitée de sale asiatique.      

Elle était effondrée et n’ose plus sortir seule pour aller faire ses courses.

Elle a appelé ma fille au secours pour l'aider. Mais ma fille est dans le 15ème... Alors elle lui a conseillé d'appeler leur responsable d'équipe qui habite dans le 17ème.

Vive la France ????

 

- 2 - Mardi 24 mars 2020. - Contrôle gendarmesque-

j’ai fait connaissance ce matin avec la maréchaussée Bigoudenne ... pas commode !

Depuis le samedi 14 mars nous sommes à St Guénolé, au Pays Bigouden, à l'autre bout de la baie d'Audierne : plus à l'Ouest c'est la Pointe du Raz, Saint Guénolé c'est la Pointe de Penmarch avec son impressionnant phare d'Eckmühl. Nous avions décidé à la mi-février de venir dans ce petit penty (petite maison en Bretagne) de la famille acquis en 1972, pour me remettre d'une fracture de côte au ski dans le Queyras.

Confit-ne-ment aidant nous avons décidé de le respecter en pays bigouden.

Ce mercredi nous décidons d'aller au Centre Leclerc de Pont l'abbé qui est à 17 km de là. Pour faire des courses pour une dizaine de jours et surtout, comme les magasins de bricolage sont fermés, j'espère y trouver un "collier de serrage" pour réparer le tuyau de la chasse d'eau, car hier à 22h, nous avons eu la grande joie de découvrir la gymnastique nocturne : inondation dans la salle d'eau et dans la chambre : rupture du tuyau de la chasse d'eau.

Nous voilà parti sous le soleil breton à 10h. A 1 km de chez nous, à la sortie du bourg de Penmarch, contrôle de gendarmerie.

Bien disciplinés nous préparons nos attestations de dérogation de sortie.

Il y avait là au rond point, deux gendarmes, un gendarme sympa, bonhomme, et un autre plus raide, qui nous a interpellé d'emblée assez vivement.

Il ne répond à mon bonjour et très inquisiteur ! "Vous allez où ?", malgré nos attestations à jour, que je lui avais présentées, et qu’il n’a même pas daigné regarder...( Rien à foutre ???)

        - (Très sec à la limite de la politesse) Pourquoi vous allez à Pont L’abbé ? "Vous zavez" qu’à aller à l’Intermarché à côté !"

Je lui explique poliment que nous avons eu une inondation hier soir dans nos toilettes et comme les magasins de bricolage et d'outillage sont fermées, seul le Centre Leclerc de Pont L'abbé est beaucoup plus achalandé que les petits supermarchés mitoyens.

         - Vous n'avez qu'à appeler un artisan !

        - Mais ils ne se déplacent plus ...

        - (alors commençant à s'énerver) Mais vous savez bien que nous sommes en période de confinement !

       - Oui bien sûr, je suis médecin et je sais ce que c'est une épidémie.

       - Quel rapport entre médecin et les problèmes d'inondation dans les toilettes ?

       - (essayant de détendre l'ambiance) Vous faites de l'humour, monsieur ?

       - (très agressif) Pas du tout ! Bon allez-y !!!

Ouf j'ai échappé à l'amende de 135 €. Je ne devrai pas me plaindre.


Mais, ouh la la, on est bien en temps de guerre, c'est la loi martiale et tutti quanti ?

Comme l'écrit Georgio Agamben dans une tribune publié dans le Monde "L'épidémie montre clairement que l'état d'exception est devenu la condition normale"

La rigueur militaire ! Bête et autoritairement bureaucratique !

Il n’y avait pourtant personne, sur la route. C'est vraiment le désert. Déjà en temps normal, même en été il n'y a pas grand monde, alors en ce moment...

Il n'avait pas de masque ni de gants. Est-ce pour cela qu’il a été stupide et hargneux, et tout de même assez agressif  ? Moi j'en avais un...et mes gants ...

Finalement nous sommes allés au Centre commercial Leclerc à Pont L’abbé ... mais je n'ai pas trouvé le fameux "collier de serrage"! Je vais bricoler quelque chose avec un peu d'inventivité.

 

Et je me demande s'il ne serait pas intéressant de collecter les témoignages sur ces contrôles et les excès auxquels ils donnent lieu : sur Facebook, je commence à en recevoir des gratinés et des bien pire ... comme celui-ci de la part d'un bon copain, P.D. "Mon frère s'est pris 135 euros, seul sur la plage d'OMAHA BEACH, à port en Bessin où il habite.....Suivi par un hélicoptère......Par contre, le PV n'est pas payable en CB, il faut faire un chèque/courrier......Seulement, la plupart des postes sont fermées dans ce département rural....." Ou d'autres encore...

 

- 3 - Mardi 24 mars 2020 - Ambiance commerciale -

où il n'y avait pas grand monde ; les gens étaient très disciplinés et attentifs les uns aux autres !!!A l'entrée une courte queue de clients, une dizaine, tous à un à deux mètres les uns des autres.

Dans le magasin, j'ai eu ressenti une impression bizarre. Je ne comprenais pas de quoi il s'agissait. Puis j'ai réalisé : le silence !

Incroyable ce silence tendu mais aussi tranquille !

Absence de musique -ça s'est heureux-, seul le roulement des caddies !

Très peu de paroles échangées entre les gens. Mais une certaine sympathie. Parfois un sourire. Rarement quelques mots.

Parfois on se surprend à parler tout seul, à commenter son choix de paquets de pâtes ou de café... et l'on s'aperçoit que l'on n'est pas le seul à marmonner solitaire ses commentaires !

L'organisation du centre est très bien pensée : régulation pour entrer dans le supermarché, caddies désinfectés à chaque retour de client, caissières protégées par une grande vitre, matérialisation par des bandes noires au sol pour instaurer une distance avec les caissières et pour rester aux deux bouts du couloir de la caisse. Seul manque : les caissières n'ont pas de masque. Mais bon, il n'y en a déjà pas dans les hôpitaux....

 

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