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La liberté et l’égalité proclamées dans l’article premier de la Déclaration universelle des droits de l’homme est un idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations. Et par tous les États ? Cette déclaration a été signée en 1948, après la fin de la seconde guerre mondiale, par des États de l'ONU (48 sur 58) dans un moment d’euphorie ? D’égarement ? Ou d'hypocrisie.
Elle n'est pas contraignante et n'est appliquée par aucun État, signataire ou non. Nulle part. Et surtout pas dans les dépendances de leur Empire (1). Elle est cependant une référence morale... Idéal, espoir insensés donnés aux peuples ? Partagés par les peuples, par les nations ?
Au nom de cette déclaration, il y a, partout et toujours, des raisons pour les peuples, pour les nations, de revendiquer, de se révolter...
Dans une société démocratique, la Constitution prévoit une organisation équilibrée des pouvoirs avec des mécanismes pour régler les éventuelles entorses à la liberté, à l'égalité.
Quand des questions se posent, les consultations électorales, à divers niveaux, en permettent l’expression publique, la délibération collective et éventuellement le règlement à l'aide de compromis entre les élus représentant les diverses parties.
En plus des élections, de multiples canaux existent pour faire connaître les demandes et rechercher des solutions : démarches individuelles ou collectives auprès des institutions politiques, administratives, judiciaires, pétitions, manifestations (entre 50 et 100 manifestations sociales ou politiques significatives à Paris, chaque année), gréves ( 171 jours de grève pour 1 000 salariés en 2023, environ 0,17 journée par salarié et par an).
Mais les États démocratiques ne le sont que très partiellement. Ils disposent d'une boite à outils qui permet aux compétents de maintenir leur domination.
Ignorant les entorses quotidiennes, quelques exemples importants, ici et ailleurs.
En 2005, un Projet de Traité établissant une Constitution pour l’Europe a été élaboré et proposé à l’approbation des États de l'Union européenne.
En France, sans aucune obligation, par souci de donner un certain éclat au Projet de Traité dans le cadre de la construction européenne, le gouvernement a choisi de légitimer sont adoption par un référendum populaire.
Les forces politiques institutionnelles, sures d'elles-mêmes, étaient favorables à l’adoption du Projet. Qui a été rejeté par une nette majorité d’électeurs lors du référendum. Nul n’a contesté le résultat du scrutin. Mais la classe politique, insatisfaite, a utilisé une autre méthode démocratique et sure, la voie parlementaire, pour faire adopter ce qui avait été rejeté par les voix populaires.
Le référendum donnait au peuple la possibilité de dire, oui ou non, au projet de Traité à condition de choisir le oui. Le peuple n’avait pas répondu aux désirs des démocrates compétents.
Ce n’est pas une exception française, d’autres pays européens ont utilisé des procédures démocratiques pour contourner la volonté populaire.
Comme en France, le gouvernement néerlandais a rectifié, par la voie parlementaire, l'erreur populaire sur le Projet de traité. Auparavant, en 1992, les Danois avaient été appelés à revoter à la suite d’un non à un premier référendum sur le traité de Maastricht.
De même, les Irlandais, par deux fois, en 2001-2002 sur le traité de Nice et en 2008-2009 sur le traité de Lisbonne (2).
La démocratie imparfaite est un excellent moyen pacifique d'assurer la pérennité des pouvoirs dominants.
Quand des atteintes à la liberté, à l'égalité apparaissent, si elles sont faibles, touchent peu de monde, des réponses plus ou moins satisfaisantes peuvent être apportée ou... la décision remise à plus tard...
Quand elles sont plus importantes, l’absence de perspectives, d’espoir de changement raisonnable par la discussion, la négociation, les élections, conduit à un retrait social, au chacun pour soi, à la débrouille... Dans la plupart des démocraties, tenant compte à la fois des non-inscrits sur les listes électorales et des abstentionnistes, la participation des citoyens aux différentes élections est inférieure à 50%.
Les citoyens qui ont le plus intérêt au changement, découragés, ne participent pas au débat politique. Ce qui satisfait les dominants et sauve les apparences démocratiques.
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La violence de la situation sociale considérée comme normale par le pouvoir en place, peut conduire, cependant, une partie plus ou moins importante des citoyens à une contestation plus forte, qualifiée d'extrémiste, ou même à des actions violentes. Qui sont fortement réprimées. L'épisode des gilets jaunes en témoigne.
L'issue dépend du rapport de forces entre ceux qui souffrent de la situation et veulent la changer et ceux qui n'ont pas conscience de cette violence ou qui en bénéficient et veulent la maintenir. La violence de la révolte n’est que la réponse à une absence de démocratie, à la violence d’une situation sans espoir d’évolution, à un refus de changement.
Tout le monde condamne, vigoureusement, les actions violentes. Beaucoup moins les situations violentes. La chemise déchirée d'un cadre ou d'un employeur indigne plus que deux morts par accident du travail chaque jour. Dans les prisons, écrit Le Monde : il est désespérant de constater que 3 évasions semblent beaucoup plus graves que 6 tués en un an (16/12/25).
Dans certaines circonstancies exceptionnelles, culturelles, sociales, politiques, économiques, un mécontentement généralisé, associé à une importante indignation populaire devant une injustice ou des violences peut porter un soulèvement vers un rêve, une utopie, un espoir de possible changement profond.
En Europe, deux Révolutions importantes ont été déclenchées par ce besoin de liberté et d’égalité. Deux Révolutions qui n"ont pas été des révolutions de palais mais ont bouleversé l'histoire moderne.
La Révolution française de 1789 qui, fruit des Lumières, a connu malgré son échec local en quelques années, un rayonnement politique étendu à toutes les sociétés européennes. Le printemps des peuples a agité tout le XIXe siècle. Y compris en France avec les répliques de 1830, de 1848 et de la Commune…
Finalement, différentes formes de démocratie se sont installées dans la gouvernance européenne. Et, largement au delà, dans les esprits.
La devise nationale, Liberté, Égalité, Fraternité, même pâlissante est encore dans les textes et sur les frontispices !
La Révolution russe de 1917, fruit du bouillonnement idéologique socialiste et particulièrement marxiste, se proposait de dépasser 1789 et la seule égalité politique. Pour instaurer un régime social, économique, égalitaire. Son succès local a pu faire rêver, un temps, mais la révolution n'a pas réussi à se répandre sur toute la planète. La peur des dominants devant cet exemple, l'aspiration et la lutte de travailleurs et de peuples dans les pays européens, à un grand changement ont cependant contribué à l'amélioration de leur situation. Malheureusement, la révolution soviétique a dégénéré en un système totalitaire qui a conduit à l’effondrement international de l'utopie communiste internationale. Probablement pour longtemps.
L'idéal de liberté, d'égalité de tous les êtres humains proclamé par la Déclaration de 1948 est en contradiction avec l'intérêt des forces dominantes dans les sociétés existantes. Ces forces dominantes n'acceptent le changement, à doses minimales, que pour que rien ne change. Ne font des concessions que pour sauver l'essentiel de leurs avantages.
Et, démocrates ou non, utilisent pour cela tous les moyens dont ils disposent. Jusqu'à l'explosion qu’lis déclenchent ou subissent.
La violence de la révolte n’est que la réponse à l'absence de démocratie, à la violence d’une situation sans espoir, à un refus de justice. De cette explosion, voulue ou subie, le peuple ne sort pas toujours victorieux et dans ce cas, sa victoire n'est que temporaire.
Les anciens ou nouveaux compétents s'imposent. Bien sûr, pour le bien de tous.
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1 - La démocratie imparfaite en France métropolitaine s'accompagnait d'un régime parfaitement antidémocratique dans son empire colonial jusqu'à son éclatement à la suite de la Guerre d'Algérie et même après avec la France-Afrique !
2 - Sur la construction démocratique de l'Europe, voir "Au nom de l'Europe".