Petit pays de Gaël Faye, Retour à l'impasse

Gabriel, maintenant trentenaire, au sentiment incertain quant à son identité, laborieusement intégré, vivant dans une banlieue parisienne sans passé, ne rêve que de revenir dans son petit pays, l'impasse, un quartier de Bujumbura, au Burundi, où il a passé son enfance. Et où tout a commencé.

Petit pays, l’impasse ?

 

Livre remarquable la vie du héros, l’histoire de sa famille mélange souvenirs vécus ou quelquefois imaginés, et celle du pays sont étroitement imbriquées. Moments d’innocence et de bonheur en dehors du temps. Moments d’affrontements et de ruptures rattrapés par le temps.

Dans la bande des cinq, Armand, enfant d’un couple tutsi, est le seul noir. Les quatre autres sont métis, mais tous sont de milieux privilégiés, fréquentent l’école française. Ils vivent dans le même quartier où ils ont une antre-refuge dans un vieux combi abandonné et font les mêmes bêtises que les enfants de leur âge, onze-douze ans. Peu conscients des drames qui bouleversent le Rwanda voisin, le Burundi et, bientôt, l’impasse et la bande des cinq, eux-mêmes entraînés dans ce conflit ethnique.

A travers l’histoire de Ga(bri)el, partiellement autobiographique, Gaël Faye montre comment les événements politiques, auxquels il n’est pas possible d’échapper, vont d’abord faire éclater sa famille, puis la détruire physiquement. Il ne doit probablement sa survie qu’à un exil de précaution, organisé par son père. Il garde, malgré tous les malheurs de cette vie détruite, la nostalgie de son enfance, des sons, des couleurs, des images, des parfums de l’impasse. Et des livres qu'une vieille voisine lui a fait découvrir et qui l'ont ouvert au monde.

Petit pays, l’impasse ?

Dés le prologue, il propose pour le lecteur, avec un certain humour, la découverte de l'absurdité de ce qui va être à la base d'un drame qui va tout emporter.
Dans le récit, par des écarts, quelquefois en marge du déroulement de la trame principale du roman, il décrit, comme de passage dans son milieu, des scènes qui constituent le cadre de la situation et des événements. Et les fait découvrir au lecteur : le milieu encore colonial mais vivant du Zaïre, un village de pygmées au Burundi, le mariage au Rwanda d’un oncle en pleine guerre civile, les conditions de vie dans le village des grands-parents vues par les jumeaux de la bande, la découverte de la circoncision à laquelle ils ont dû se soumettre, l’accueil chaleureux de villageois inconnus, les aventures de la bicyclette volée qui va passer de mains en mains à la suite de ventes et reventes successives.
Et le monde absurde de la violence à laquelle il est difficile d'échapper.

Ces mondes inconnus, divers, inconciliables, il va aussi les découvrir, au fur et à mesure des événements, dans les familles des copains et même dans son foyer apparemment paisible : d’abord les intonations, les mots puis, peu à peu, les affrontements entre employés de la maison et, aussi, la séparation des parents au passé bien différent… Et finalement, les massacres de membres de la famille, d'abord dans le Rwanda voisin...

Petit pays, l’impasse ?

Lui même devra prendre sa place, s’impliquer, de force plus que de gré, d’abord pour défendre ses privilèges, récupérer sa bicyclette, puis défendre, à quel prix, sa vie et celle de siens dans un conflit qui, croyait-il, ne le concernait pas.

Si la violence du génocide des Tutsis est omniprésent, le récit n'est pas unilatéral car Gabriel, Tutsi, est entraîné lui même dans des contre-violences aux quelles ils est contraint de participer. A côté de cette violence, les quatre-cents coups de la bande ou les échanges de lettres avec une jeune correspondante d'Orléans, à travers les émotions et l’écriture d’un jeune enfant de douze ou treize ans, témoignent de l'image de leur innocence, de toutes les innocences de ce monde qui se débattaient à marcher au bord des gouffres..

Au delà de la violence subie, la force des souvenirs amène Gabriel à choisir l’identité de son enfance, à revenir à l’impasse, retrouver son ami Armand, le seul du groupe qui est toujours là, dans le petit pays, pour reprendre l'histoire, la dépasser et essayer de guérir sa mère et le passé...

Petit pays, l’impasse ?

Petit pays de Gaël Faye, 2016, Grasset, a obtenu de multiples récompenses dont le Prix Goncourt des lycéens 2016...

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