A plusieurs reprises depuis une semaine, j'ai proposé dans les médias que la France prenne de toute urgence l'initiative de demander au Conseil de sécurité le gel de l'espace aérien de la Libye. Il s'agit d'une mesure de bon sens destinée à protéger la population libyenne contre le risque d'un geste fou de Kadhafi.

Le dictateur est en effet de plus en plus isolé, à la suite des décisions indispensables prises à son encontre par la communauté internationale (ONU, Union européenne), mais cette situation peut en faire une bête acculée dans ses derniers retranchements.

Le temps passe et rien n'est encore décidé. Certes, le Premier ministre, M. Fillon, nous a appris lundi matin sur RTL qu'il s'agissait d'une «option à l'étude», mais il a aussitôt ajouté qu'elle n'était pas évidente, parce que l'accord du Conseil de sécurité est «loin d'être acquis et qu'elle impliquerait l'OTAN». Ce qu'il n'a pas cité par contre, c'est un des arguments qui aurait été invoqué au Conseil de sécurité : «ça va coûter cher

Si cet argument a vraiment été déterminant, j'aimerais savoir qui l'a avancé. La Russie ? La Chine ? Les Etats-Unis ? Quelle a été la position de la France ?

J'aimerais aussi connaître ce coût et qu'on le compare au niveau des dépenses de l'OTAN, par exemple en Afghanistan, où je rappelle que des dizaines de milliards de dollars sont engloutis chaque année. A quoi servent les dépenses militaires, si on n'utilise pas les moyens qu'elles financent -en l'occurrence, ici, des avions, des radars, des porte-avions, des porte-hélicoptères - lorsqu'il s'agit de protéger des populations en danger ?

Le nouveau ministre des affaires étrangères, qui vient d'être nommé hier soir et qui a connu les affaires de défense pendant quelques mois, s'honorerait à répondre rapidement à ces deux questions et à proposer, au nom de la France, des mesures de protection du peuple libyen contre les agissements du dictateur fou.

Paul Quilès, ancien ministre de la Défense

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