Il faut réanimer d’urgence les hôpitaux publics !

Le problème majeur pour le gouvernement est celui de gérer les flux de malades qui se présentent aux urgences des hôpitaux publics. Jean Castex, l’avait d’ailleurs avoué en déclarant en octobre dernier que « Rien ne doit être exclu quand on voit la situation dans nos hôpitaux », mais sans reconnaître que cette situation est le fruit d’une politique d’austérité qui n’est pas près de disparaître.

La question de la pénurie des lits de réanimation me paraît tout à fait fondamentale pour comprendre en quoi un phénomène sanitaire anormal s’est transformé en une crise sanitaire mal contrôlée par les pouvoirs publics et devenue par conséquent incontrôlable.

En y regardant de près, on s’aperçoit que la situation apparaît particulièrement invraisemblable s’agissant du nombre de lits de réanimation, et il faut être intellectuellement à la peine, en effet, pour ne pas admettre que les politiques « d’économies » menées ces dernières années pour saigner les hôpitaux publics au détriment de la santé de la population constituent l’une des causes majeures de la mort de très nombreux malades pour l’unique raison qu’ils n’ont pu être soignés, ou au moins correctement soignés, faute de places et de personnels dans les hôpitaux publics. C’est, là aussi, l’une des causes d'une surmortalité qui n’est jamais suffisamment soulignée !

Pour prendre l’exemple de la région Ile-de-France, et selon un article publié le 22 mars dernier par l’Agence France Presse, « le nombre de lits en réanimation a été porté actuellement à environ 1350-1400 en Ile-de-France, selon l'ARS», ce qui signifie qu’il y en a moins en période normale. Rapporté à une population de 12 millions d’habitants, le ratio nombre de lits de réanimation /100 000 habitants serait alors, dans cette région, de l’ordre de 11 lits de réanimation pour 100 000 habitants (c’est par exemple, à peu de choses près, la population de villes comme Argenteuil ou Saint-Denis …). Qui osera alors affirmer que cette situation est normale, que ce nombre de lits et celui des personnels soignants formés dans cette spécialité sont suffisants sachant, sauf erreur de ma part, que cette moyenne de 11 lits concerne aussi bien l'accueil des malades du Covid que pour soigner d’urgence bien d’autres pathologies ? Et quel parlementaire ou quel journaliste osera un jour poser cette question au Président de la République ?

Le problème est que le gouvernement ne tire toujours pas les leçons de tels constats : les budgets continuent de suivre cette même ligne établie froidement par nos comptables enfermés dans leurs bureaux de Bercy à y analyser des courbes et des statistiques économiques, une ligne suivie à la lettre et sans états d’âme par les ARS.

Dans un communiqué publié en octobre dernier, l’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament soulignait que le confinement est « rendu nécessaire par la saturation des services hospitaliers » dont « la situation inacceptable et dramatique est l’aboutissement des politiques d’austérité prônées depuis vingt ans ». C’est un constat qui garde toute son actualité et qui souligne aussi une absence de vision désespérante, une absence qui perdure, hélas.

Et tout cela explique largement le ton délibérément alarmiste, infantilisant et culpabilisateur du discours du gouvernement relayant consciencieusement celui du Président depuis le début de la crise, discours qui cachent avant tout leur état de panique à l’idée de se trouver dans l’incapacité de gérer cette « saturation » des hôpitaux publics. Mais nos décideurs et autres experts qui les conseillent ne veulent pas le reconnaître et surtout ne veulent pas que l’on découvre le niveau d'incompétence qui caractérise leur action. Ils préfèrent crisper la population en lui imposant des mesures de contrainte dont l’incohérence n’est pas le seul défaut.  Et ils ont fort heureusement pour eux cette chance d’avoir de leur côté une majorité de médias influents, dépourvus pour la plupart de tout esprit critique, de toute volonté d’investigation, de toute envie d’organiser de véritables débats contradictoires !

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