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Billet de blog 12 févr. 2022

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Vaccination et passe vaccinal : une piqûre de rappel pour expliquer la défiance …

Emmanuel Macron avait proclamé « Je l’ai dit, je le répète : le vaccin ne sera pas obligatoire » parce qu’ « on ne répond pas à la défiance par l'obligation ». Puis a surgi le passe vaccinal qui est selon Olivier Véran « une forme déguisée d’obligation vaccinale, mais c’est plus efficace qu’une obligation vaccinale » : à ceux qui ne comprendraient pas, le Président répond qu’il les « emmerde » !

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Ces questions qui alimentent la défiance …

A l'occasion d’un entretien qu’il a accordé il y a un peu plus d’un an au média en ligne « Brut »[1], Emmanuel Macron a déclaré « Je ne suis pas favorable à la vaccination obligatoire pour ce vaccin », en précisant « On ne sait pas tout sur le vaccin ni sur le virus. À chaque étape, on dira tout ce que l'on sait ». Il ajoutait alors que « Je crois beaucoup plus au travail de conviction par la transparence. Les autorités sanitaires, quand elles autorisent un vaccin, regardent l'efficacité et la toxicité (…). Mais on ne répond pas à la défiance par l'obligation ».

Aujourd’hui, force est de constater que les principales questions pour le moins embarrassantes que se posait alors Emmanuel Macron restent encore sans véritables réponses, scientifiquement établies, dans la transparence, en partant de faits vérifiables, et surtout exprimées de façon indépendante, avec prudence et sans fuir le débat contradictoire. 

Or, c’est ce silence pesant sur certaines questions essentielles qui répand un profond sentiment de défiance dans la population c’est-à-dire, selon la définition des dictionnaires, ce « sentiment de crainte d’être trompé » .

Mais depuis son interview à « Brut », Emmanuel Macron n’a rien dit et ne dit toujours rien de convainquant, contrairement à ce qu’il avait promis. Bien au contraire.

Alors, ne craignant pas de se contredire, une fois de plus, l’idée lui est venue, pour couper court à toute velléité d’en savoir plus, d’offenser les gens de ce peuple qu’il n’aime pas vraiment en lançant cette menace arbitraire, vulgairement exprimée et déshonorant la fonction qu’il exerce, « d’emmerder » celles et ceux qui, avant de se faire vacciner ou faire vacciner leurs enfants, attendent toujours les réponses aux questions qu’il se posait lui-même il y a encore peu. Mais il ne s’est même pas aperçu qu’une majorité de ces quelques millions « d’emmerdeurs » qu’il a ainsi ciblés est constituée d’enfants et d’adolescents ou encore de toutes ces personnes souffrant de certaines allergies ou immunisées pour avoir été victimes de cette maladie. Et il n’a pas davantage compris que ces « emmerdeurs » dont il a décidé qu’ils ne peuvent donc plus se prévaloir de leur qualité de citoyens à part entière, ne sont pas seuls à s’interroger.

J’estime par exemple que je suis moi-même en droit de me poser un certain nombre de ces questions, alors même que je fais partie de ceux qui ne s’opposent en rien au principe de la vaccination telle qu’elle est pratiquée avec succès depuis des décennies après les découvertes de Jenner, Koch et Pasteur, outre que j’ai accepté sans broncher d’absorber, en l’espace de seulement 9 mois, le cocktail des quatre injections des vaccins contre le Covid et la grippe avec aussi cette idée, je le concède la tête un peu basse, de continuer et surtout laisser continuer ceux que je côtoie à mener, à peu près normalement, un semblant de vie sociale dans un pays aujourd’hui contaminé par un autre virus autrement redoutable, à savoir le virus du vide politique et moral qui infecte le pouvoir.

Ces questions qui alimentent la défiance de ceux qui ne sont pas vaccinés et de beaucoup de ceux qui le sont, Emmanuel Macron les a correctement résumées en affirmant « On ne sait pas tout sur le vaccin ni sur le virus » : et s’il vient de décider d’« emmerder » tous ceux qui ne parviennent toujours pas à discerner la cohérence de son action, c’est donc qu’il en sait désormais un peu plus. Mais son silence n'est pas très rassurant, car pourquoi ne livre-t-il pas aux français « tout » ce qu’il sait ?

De deux choses l’une, en effet : soit il n’en sait pas plus et, sauf à trahir sa propre pensée, il ne peut alors, selon le raisonnement qu’il a lui-même tenu il y a quelques mois, être « favorable à la vaccination obligatoire pour ce vaccin », qu’il s’agisse ou non d’une obligation déguisée ; soit il en sait plus, auquel cas il doit nous rassurer et, puisqu’il nous l’a promis, « tout » nous dire pour nous convaincre « par la transparence » de l’intérêt qu’il trouve à brider nos vies avec son passe vaccinal, pourtant juridiquement bancal et politiquement impénétrable.

Mais d’où est sorti le virus ?

S’agissant tout d’abord du virus dont Emmanuel Macron avouait qu’il ne savait pas tout sur lui, il semble que l’on en connaît désormais à peu près l’essentiel de ses caractéristiques biologiques. Mais est-il pour autant normal que l’on ne sache toujours rien sur son origine et les causes de sa subite apparition, plus de deux ans après qu’il a commencé à se propager ? Après tout, n’y a-t-il pas meilleur moyen de trouver le bon remède quand on connaît l’origine très exacte du mal ?

Sur ce point, les experts se déchirent , ou font semblant de se déchirer, sur la question de savoir si ce virus s’est échappé du pelage d’un pangolin ou d’une éprouvette du laboratoire chinois de Wuhan. Depuis quelques mois, il semble que c’est cette dernière hypothèse qui tienne désormais la corde, bien qu’elle soit de nouveau contestée, mais sans raisons bien claires, par les autorités américaines.

Pourtant, certaines informations distillées ici ou là suscitent de sérieuses interrogations.

Ainsi, pour ne citer qu’un article du 27 octobre dernier publié par le Figaro, un quotidien qui n’a pas la réputation de comploter,« Des documents publiés par le NIH, l’Institut national de la santé américain, soulèvent de nouvelles questions sur les recherches en virologie menées par la Chine et sur certains financements octroyés par les États-Unis. Ils viennent confirmer en partie les soupçons que les laboratoires de Wuhan auraient conduit leurs travaux au-delà de ce qui avait été précédemment officiellement admis, notamment en manipulant génétiquement des coronavirus. Ils tendent aussi à montrer que l’ONG EcoHealth Alliance, qui les a en partie financés avec des fonds publics américains, a singulièrement manqué de transparence à leur propos »[2]. Je ne pense pas que c’est verser dans le complotisme qu’éprouver un sentiment de trouble à la lecture d’un tel compte-rendu publié dans un journal réputé qui, même si l’on ne partage pas sa ligne éditoriale, ne se permettrait certainement pas de relater n’importe quoi sur un sujet aussi délicat.

Il reste, c’est vrai, que cette recherche des origines du virus n’a peut-être plus beaucoup d’importance. Après tout, et d’où qu’il vienne, il s’est échappé, ce virus, avant de se propager sur la planète, et ce qui compte désormais c’est de l’éradiquer au plus vite. Alors, admettons … sauf au moins sur un point : celui de la responsabilité, au sens juridique du terme, et des conséquences qui pourraient un jour en découler en termes de réparation des préjudices de toute nature subis dans tous pays par les victimes du Covid, qu’il s’agisse de personnes publiques ou privées.

S’il est certain, en effet, qu’il n’est pas envisageable de poursuivre un pangolin devant les tribunaux, tel ne serait pas le cas si une faute ou une négligence humaine était établie : l’on peut alors se demander si les mystérieux commanditaires des travaux de recherche sur le coronavirus, financés avec des fonds américains, effectués depuis de nombreuses années dans un laboratoire construit par la France sur le territoire chinois, ont vraiment intérêt et envie à ce que l’on approfondisse cette question.

La mise au point du vaccin à ARN messager est une prouesse technique sans précédent : est-ce rassurant ? 

Il faut bien admettre que la mise au point en un temps record du vaccin à ARN messager constitue une prouesse technique et industrielle étonnante et sans précédent. Dès le 13 janvier 2020, soit 48 heures après la transmission par la Chine du génome séquencé du coronavirus, et bien avant que sa présence constatée dans la ville de Wuhan quelques semaines auparavant n’y provoque une épidémie avant qu’elle ne se transforme en pandémie planétaire, le laboratoire pharmaceutique américain Moderna annonçait sur son site internet avoir « finalisé » un vaccin en collaboration avec l’Institut national de la santé américain (NIH) cité plus haut[3]. Il a été suivi de près par son concurrent Pfizer.

Concevoir ne veut pas dire, évidemment, avoir mis au point ce vaccin dont les essais cliniques n’ont débuté qu’en mars 2020 avant d’être mis sur le marché en décembre. Il est toutefois raisonnable de penser qu’avoir réussi cette prouesse suppose que ces laboratoires disposaient d’éléments scientifiques et techniques suffisamment élaborés pour parvenir à ce résultat, peut-être ceux qui ont fait l’objet de recherches dans le laboratoire de Wuhan.

Mais au fond, est-ce forcément gênant ? Il faudra bien en effet, faute de se décider à protéger enfin la biodiversité de la planète, être de plus en plus performant et prompt à réagir sans perdre de temps pour combattre les futures pandémies qui guettent l’humanité, comme tentent de nous en alerter de nombreuses voix internationales, par exemple celle de l’ONU qui, sur ce point, mérite qu’on lui offre une parenthèse.

Dans un article publié le 29 octobre dernier sur son site d’actualité, l’ONU lance en effet un avertissement malheureusement ignoré par les responsables politiques et par la plupart des médias, en soulignant que « Les futures pandémies émergeront plus souvent, se propageront plus rapidement, feront plus de dégâts à l’économie mondiale et tueront plus de personnes que la Covid-19, à moins qu’il n’y ait un changement majeur de lutter contre les maladies infectieuses », en rappelant qu’ « on estime qu’il existe encore 1,7 million de virus non découverts chez les mammifères et les oiseaux - dont près de 850.000 pourraient avoir la capacité d’infecter les humains ».

Cet article cite aussi les propos du Dr Peter Daszak, président de l’ONG … EcoHealth Alliance mentionnée plus haut à propos du laboratoire de Wuham (et qui sait donc plus que d’autres de quoi il parle) selon lequel « Les mêmes activités humaines qui sont à l’origine du changement climatique et de la perte de biodiversité alimentent également le risque de pandémie par leurs impacts sur notre environnement. Des changements dans la façon dont nous utilisons la terre ; l'expansion et l'intensification de l'agriculture ; et le commerce, la production et la consommation non durables perturbent la nature et augmentent les contacts entre la faune, le bétail, les agents pathogènes et les humains. C'est la voie vers les pandémies ».

Il est difficile de nier le contraire. Le réchauffement climatique qui préoccupe trop  peu nos responsables politiques et les lobbyistes qui les entourent a par exemple pour effet de provoquer une inquiétante transformation du « permafrost », ces sols gelés qui recouvrent le quart de l’hémisphère Nord en Sibérie, en Alaska ou au Canada et dont le dégel va libérer progressivement des milliards et milliards de tonnes de dioxyde de carbone, mais aussi toutes sortes de bactéries et virus connus ou inconnus qui s’y trouvent piégés depuis des dizaines de milliers d’années : il s’agit là, si l’on ne réagit pas toutes affaires cessantes, de redoutables bombes à retardement rendant d’ici peu inenvisageables et vaines toutes luttes sérieuses contre le réchauffement climatique et, par voie de conséquences, contre les futures catastrophes sanitaires qui pourraient être autrement plus dramatiques que celle du Covid que le monde a tant de mal à maitriser !

Le risque de se trouver confronté de plus en plus fréquemment à d’autres épidémies ou pandémies est donc une évidence hormis pour ceux, malheureusement fort nombreux, qui préfèrent se complaire dans le déni.

Alors, si entreprendre de s’attaquer frontalement à la question de la crise écologique constitue une priorité absolue pour diverses raisons, dont celle de prévenir les risques de pandémies, il est tout aussi important de disposer « prêts à l’emploi » des outils scientifiques, techniques et industriels permettant de réagir très rapidement pour soigner les populations sans perdre de temps : le vaccin à ARN messager est peut-être le moyen idéal pour répondre à ces défis, ce qui n’empêche pas de se poser la question de savoir si c’est le seul, si d’autres traitements ne mériteraient pas d’être développés avec la même célérité, et surtout si cette solution est la moins nuisible au fonctionnement normal du corps humain. Cette découverte, dans son principe, est donc en soi rassurante, mais demeurent de nombreuses incertitudes qui ne permettent pas encore de tirer des conclusions définitives quant à ses effets sur l’homme.

Ce sont des questions que l’on a le droit de se poser et, rappelons-le à nouveau, ce sont ces questions que se posait Emmanuel Macron lorsqu’il a déclaré que « Les autorités sanitaires, quand elles autorisent un vaccin, regardent l'efficacité et la toxicité ».

Emmanuel Macron n’avait pas tort de se poser la question de l’efficacité et de la toxicité du vaccin !

Mon propos n’est pas de développer sur ce thème une analyse critique de la littérature scientifique abondamment produite par une foultitude d’experts dont l’indépendance n’est pas toujours la qualité première, une littérature dont ils abreuvent jusqu’à saturation les médias en acceptant rarement le débat contradictoire. Je ne suis en effet ni biologiste ni épidémiologiste, et ce qui m’intéresse dans le cas présent, c’est seulement d’essayer de comprendre les raisons de la défiance qui s’exprime à l’égard de cette volonté du gouvernement d’obliger implicitement mais fermement à se faire vacciner.

S’agissant de son efficacité immédiate, il est à ce jour largement admis par la communauté scientifique que le vaccin à ARN messager présente cette qualité pour préserver des formes graves du Covid les personnes fragiles ou fragilisées par d’autres pathologies. La notion de bénéfice-risques n’est pas non plus critiquable en elle-même, c’est-à-dire d’un point de vue exclusivement statistique, si l’on prend en considération l’ampleur planétaire de la pandémie dans son ensemble. Mais il est une première question que se posent individuellement les gens : celle de la durée de cette efficacité. En fait, il me semble qu’ils n’y comprennent plus grand-chose.

Au départ, en effet, les laboratoires et les autorités sanitaires ou gouvernementales ne recommandaient qu’une dose de rappel quelques semaines après la première injection de la plupart des vaccins mis sur le marché, en certifiant dans leurs discours ou leurs communiqués une immunisation réputée quasi parfaite pour au moins 6 mois une fois ces deux doses administrées. Puis, apparition des variants oblige, une troisième dose a été préconisée puis imposée. Et désormais, l’on envisage sérieusement l’obligation d’une quatrième dose de rappel. Alors, n’est-il pas normal que l’on soit amené à se poser la question de l’efficacité de ce vaccin, au moins dans la durée, d’autant qu’il est constaté que la vaccination n’élimine pas pour autant tout risque de contracter une forme grave du Covid ? Faudra-t-il, dans ces conditions, se résigner à se faire piquer l’épaule à des intervalles réguliers qui n’excéderaient pas deux à trois mois ? Il n’y aurait rien de forcément inacceptable à cela si cette question de bon sens n’attirait pas l’attention sur l’autre question posée par Emmanuel Macron : celle de la toxicité.

Sur ce point, aucune analyse ou expertise n’est encore en mesure d’y apporter une réponse complète et définitive, hormis quelques conclusions encore provisoires ou approximatives, ce qui est normal s’agissant d’un vaccin qui n’a pas encore été évalué en toutes ses phases : à ce titre, le ministre de la santé, Olivier Veran, n’a pas été très avisé à se précipiter devant les micros le 2 juillet dernier pour clamer imprudemment, une fois de plus, que « Parmi les fake news que l’on entend, il y aurait celle qui consiste à dire que le vaccin serait encore en cours d’expérimentation, c’est absolument faux. La phase 3 est terminée depuis des mois, elle est validée ». Il a été rapidement remis à sa place par le laboratoire Pfizer lui-même qui a précisé au quotidien Le Monde que « l’essai de phase 3 se poursuit » et que le terme de cette phase a été fixé au « 2 mai 2023 », et pas avant cette date[4].

Cela n’empêche pas de vacciner en toute légalité dès lors que les vaccins contre le Covid ont obtenu, conformément aux règles du droit européen[5], une autorisation de mise sur le marché toutefois conditionnelle, mais cela n’empêche pas de constater qu’il faudra encore patienter, au moins jusqu’en 2023, avant de conclure définitivement sur les effets positifs et négatifs du vaccin à partir de l’ensemble des données accumulées au cours de cette phase 3 des essais cliniques qui, rappelons-le, a pour objectif de confirmer scientifiquement, et pas seulement statistiquement, l’efficacité et la sécurité du vaccin sur une population importante de participants avant d’engager une ultime phase 4, destinée quant à elle à affiner les connaissances acquises au cours des trois phases précédentes. C’est donc la prudence qui s’impose.

Dans ces conditions, il est légitime de se poser une deuxième question, somme toute basique, portant cette fois sur la toxicité de ces vaccins : celle d’avoir au moins une certaine idée, mais une idée sérieusement expliquée, quant aux effets sur nos organismes de la simple multiplication à fréquences rapprochées des injections dans le corps humain du produit novateur qu’est ce vaccin génique. Peut-être est-il d’ores et déjà possible d’apporter, avec la prudence qui s’impose, une réponse théorique à cette question, sans attendre les résultats des évaluations en cours, mais il faudrait alors qu’elle soit donnée par des spécialistes indépendants qui ne se trouvent en aucun cas en situation de conflit d’intérêts. C’est là, en effet, une exigence déontologique indispensable pour éviter d’aggraver tout sentiment de défiance sur ce premier point.

Enfin, s’agissant également des questions relatives à la toxicité, il y a bien sûr celles suscitées par l’apparition d’effets secondaires, questions quasi systématiquement balayées au motif que la balance bénéfices-risques est, de toute façon, réputée largement favorable au vaccin. C’est là un point de vue auquel il est toujours difficile de répliquer, avec cet avantage pour les autorités ou les experts qui les conseillent qu’il est politiquement bien commode, puisqu’il limite la réflexion au cadre restreint d’une représentation instantanée de la situation pandémique : il reste que cet argument ne vise pas le moyen ou le long terme, contourne ainsi la question posée et agace, car pourquoi serait-il interdit d’en débattre ?

Peut-on en effet retirer de la tête des gens l’idée souvent exprimée, à tort ou à raison, que ce vaccin « n’est pas si efficace que ça » dans la durée et qu’il « n’est pas si dépourvu de risques secondaires » inattendus ?

Ils constatent ainsi que l’on ne parle quasiment plus de certains vaccins, comme le Johnson&Jonhnson ou l’Astrazeneca qui n’était déjà plus recommandé aux personnes âgées de moins de 30 ans, sauf à prendre le risque de provoquer auprès de cette catégorie de la population certains troubles cardiaques inattendus. Ils ont peut-être lu aussi l’article récemment publié par Mediapart[6] à propos des femmes qui « témoignent de troubles de leurs menstruations après leur vaccination contre le Covid » en constatant qu’en France, aucune étude n’est prévue sur ce sujet et qu’ « en attendant, les personnes menstruées se plaignent d’un manque d’informations, et certaines refusent la troisième dose tant qu’elles ne sont pas rassurées », prenant ainsi le risque d’entrer dans la catégorie des citoyennes qu’Emmanuel Macron a décidé « d’emmerder ». Encore un exemple qui illustre ce qui peut expliquer la défiance à l’égard de la vaccination ! On pourrait en citer d’autres.

Encore une fois, mon propos n’est pas de prendre position en faveur d’une thèse plutôt que d’une autre, mais seulement de m’interroger sur ce sentiment de défiance provoqué par la volonté non avouée par Emmanuel Macron et son le gouvernement d’obliger la population à se faire vacciner en fait, à défaut de pouvoir l’imposer en droit.

L’absence de réponses aux interrogations des gens est une chose, mais il me semble que c’est surtout le refus systématique, voire délibéré, de simplement aborder avec sincérité les questions qui traversent leur esprit, outre de leur apporter une information dans la transparence, qui suscite la méfiance laquelle exacerbe la défiance !

Le « passe vaccinal » : un instrument politique juridiquement bancal qui nourrit la défiance !

Le sentiment de défiance à l’égard du vaccin n’est pas propre aux seules personnes qui refusent de se faire vacciner par principe ou pour des motifs médicalement justifiés. Il n’est pas absent, en effet, parmi les vaccinés, ainsi qu’en attestent de nombreux témoignages, comme par exemple celui relevé par Mediapart à propos des victimes de troubles du cycle menstruel, ou encore parmi ceux qui souffrent d’une pathologie cardiaque et qui vivent en permanence dans la crainte qu’elle ne s’aggrave.

Ces vaccinés ont malgré tout accepté de « jouer le jeu », ce qui leur vaut de disposer du précieux sésame qu’est le passe vaccinal. Mais la possession de ce passeport délivré par les autorités sanitaires au nom de l’intérêt général de la santé de la population est également ressentie comme indispensable pour éviter leur marginalisation sociale. De plus, il peut leur être retiré à tout moment si le gouvernement en décide ainsi, par exemple en imposant de multiplier des rappels de vaccination qui pourraient être de moins en moins bien acceptés. Il reste que ce passe vaccinal n’est pas sans nourrir par lui-même un sentiment de défiance, sur d’autres terrains.

Mon intention n’est pas de revenir sur les faiblesses juridiques de la loi qui impose le passe vaccinal,  une loi votée précipitamment le 22 janvier dernier par 214 députés, soit seulement 37% (!) des 577 députés qui composent l’Assemblée Nationale, et validée dans des conditions regrettables par le Conseil Constitutionnel[7] qui a quand même reconnu que « Ces dispositions, qui sont susceptibles de limiter l'accès à certains lieux, portent atteinte à la liberté d'aller et de venir et, en ce qu'elles sont de nature à restreindre la liberté de se réunir, au droit d'expression collective des idées et des opinions » : ce travail d’analyse juridique a fait l’objet de nombreux et pertinents articles, par exemple ceux particulièrement bien ciselés de Paul Cassia publiés dans Mediapart[8].

Un point mérite toutefois qu’on y insiste un peu, à savoir celui visant les modalités d’application de cette loi, plus précisément celle qui impose aux restaurateurs, aux exploitants de salles de spectacles ou encore aux responsables de magasins (la liste n’est pas exhaustive) de contrôler, sous peine de lourdes sanctions,  que les citoyens consommateurs seront ou ne seront pas en infraction en pénétrant à l’intérieur de leurs établissements. Cela implique évidemment que les personnes autorisées à procéder à ce contrôle puissent être aussi en droit de vérifier leurs identités, et donc habilitées par la loi à cet effet. C’est désormais chose faite, mais en contradiction, me semble-t-il, avec d’autres dispositions législatives non modifiées inscrits aux articles 78-1 et 78-2 du code de procédure pénale qui prévoient expressément que seules les autorités de police, de gendarmerie ou des douanes sont habilitées à mettre en œuvre de telles procédures pour « pour prévenir une atteinte à l'ordre public, notamment à la sécurité des personnes ou des biens », en particulier à l’encontre  de « toute personne, quel que soit son comportement », la sécurité des personnes englobant leur sécurité sanitaire[9]. Je ne doute pas que les juristes de nos ministères engageront une tentative d’explication de ce qui me paraît relever d’une contradiction juridique de fond entre les dispositions de la loi sur le passe vaccinal et celles du code de procédure pénale. Il reste que cette précipitation à bâcler la rédaction d’un texte de loi sans en approfondir tous les aspects et sans évaluer sa réelle applicabilité contribue elle aussi à susciter la défiance.

Cette défiance résulte enfin de l’opacité qui entoure la politique vaccinale menée par le gouvernement.

Emmanuel Macron a en effet astucieusement imposé le déroulement des débats de l’exécutif portant sur sa gestion de la crise sanitaire dans un cadre restreint, celui du Conseil de défense, lequel présente l’avantage pour le pouvoir, et l’inconvénient pour les citoyens, d’être solidement abrité derrière cette muraille quasi infranchissable qu’est le secret-défense. La levée du secret-défense relevant d’une mission quasi impossible, même pour un juge, la seule solution efficace pour en savoir un jour un peu plus dans un délai raisonnable sera d’adopter une loi qui lève cet obstacle pour l’ensemble des réunions du Conseil de défense organisées dans le cadre de cette gestion de la crise sanitaire : cette solution est toutefois inenvisageable si Emmanuel Macron était réélu Président de la République.

C’est donc au sein de mystérieux conseils de défense dont les membres sont désignés à la seule discrétion du Président Macron que sont discutées et décidées en grand secret, sans laisser de traces sur un quelconque procès-verbal rendu public, les principales orientations et mesures concernant la politique sanitaire du pays, des orientations souvent soufflées par de puissants cabinets de conseils dont on sait qu’ils coûtent fort cher à l’État, mais pas ce qu’ils produisent et pas davantage quels intérêts véritables ils défendent en sous-main !

Ainsi, un article publié dans l’Obs sous le titre « La République des consultants »[10], nous apprend que c’est le célèbre cabinet américain McKinsey qui conseille le gouvernement dans l’orientation de sa politique de vaccination, en rapportant que « Chaque après-midi, au démarrage de la campagne de vaccination, les membres de la task force du ministère de la santé étaient conviés à des points d’étape pilotés … par un associé du bureau McKinsey à Paris. Un service facturé 4 millions d’euros … » : ces propos n’ont pas été démentis ! Et si l’on ajoute à cela le fait que le directeur associé de McKinsey France est M. Victor Fabius, fils de Laurent Fabius, Président du Conseil Constitutionnel, qui ne pouvait donc ignorer le rôle majeur des « conseils » et des actions de « pilotage » prodigués au gouvernement par ce cabinet dirigé par son fils, on peut légitimement se poser la question suivante : pourquoi a-t-il refusé de se déporter de l’examen de la loi sur le passe vaccinal ? Comment ne pas admettre qu’un tel comportement puisse alimenter une profonde défiance ?

Tous ces secrets et cette opacité laissent alors l’impression que le pouvoir a confié les clés de sa politique sanitaire à des tiers étrangers : de puissants cabinets américains pour conseiller le gouvernement et des laboratoires américains pour fournir les vaccins comme si la France, pays qui a vu naître Pasteur, n’était plus bonne qu’à produire du doliprane et laisser ses chercheurs partir ailleurs.  Le quotidien Ouest-France titrait ainsi en 2021 « Sanofi. En pleine pandémie, les 400 suppressions d’emplois du groupe pharmaceutique ne passent pas »[11], les citoyens avertis ne comprenant pas qu’Emmanuel Macron n’ait pas réagi fermement à cette décision invraisemblable prise en pleine crise sanitaire par une entreprise de cette importance stratégique et de cette taille dont il est vrai que le président de son conseil d’administration venait de se voir récompensé par une belle promotion au grade de commandeur de la légion d’honneur, pas moins !

La défiance est donc ce « sentiment de crainte d’être trompé ».

Alors pour conclure, quoi de mieux qu’une citation pour illustrer cette définition appliquée à cette affaire du passe vaccinal. Exceptionnellement, je ne choisirai pas l’une de celles, fort nombreuses, prononcées par Emmanuel Macron, par exemple lorsqu’il a dit aux français le 27 décembre 2020 « Je l’ai dit, je le répète : le vaccin ne sera pas obligatoire », mais une déclaration de son ministre de la santé, Olivier Véran qui n’en n'est pas, lui non plus, à une contradiction près. Lui aussi s’est confié récemment au média en ligne Brut[12] pour livrer d’inattendues réflexions sur ce sujet en reconnaissant à cette occasion que « Le passe vaccinal est une forme déguisée d’obligation vaccinale, mais c’est plus efficace qu’une obligation vaccinale » : ô combien plus efficace, en effet …

NOTES 

[1] Brut, interview du 4 décembre 2020.

[2] Le Figaro, « Covid-19: les laboratoires de Wuhan auraient bien manipulé des coronavirus », article d’Adrien Jaulmes, 27 octobre 2021.

[3] Le texte exact mentionné sur le site de Moderna le 13 janvier 2020 est le suivant : « The NIH and Moderna’s infectious disease research team finalized the sequence for mRNA-1273. Moderna mobilized toward clinical manufacture / NIAID, part of NIH, disclosed their intent to run a Phase 1 study using mRNA-1273 in response to the coronavirus threat. Manufacture of this batch was funded by the Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) ».

[4]  Le Monde, article de Assma Maad du 8 juillet 2021. 

[5] Règlement (CE) n° 726/2004 du 31 mars 2004. 

[6] Mediapart, « Perturbation des règles et vaccin : la santé des femmes tarde à mobiliser », article de Yasmine Sellami, 6 février 2022 

[7] Voir mon billet de blog du 20 janvier 2022,  publié par Mediapart, intitulé « Passe vaccinal : le Conseil Constitutionnel doit éviter d’alimenter la défiance ».

[8] Voir notamment l’article de Paul Cassia du 17 janvier 2022 publié par Mediapart, intitulé « Passe vaccinal et libertés constitutionnelles »

[9] Il résulte des articles 78-1 et suivants du code de procédure pénale qui portent sur la conduite des contrôles, des vérifications et des relevés d’identité que « Toute personne se trouvant sur le territoire national doit accepter de se prêter à un contrôle d'identité effectué dans les conditions et par les autorités de police visées aux articles suivants » (article 78-1). En particulier, il est précisé à l’article 78-2 que « Les officiers de police judiciaire et, sur l'ordre et sous la responsabilité de ceux-ci, les agents de police judiciaire et agents de police judiciaire adjoints mentionnés aux articles 20 et 21-1° peuvent inviter à justifier, par tout moyen, de son identité toute personne à l'égard de laquelle existe une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner : - qu'elle a commis ou tenté de commettre une infraction (…) ». Mais ce même article dispose également que « L'identité de toute personne, quel que soit son comportement, peut également être contrôlée, selon les modalités prévues au premier alinéa, pour prévenir une atteinte à l'ordre public, notamment à la sécurité des personnes ou des biens ». En d’autres termes, qu’il s’agisse d’un contrôle d’identité judiciaire ou administratif (donc à titre simplement préventif, comme c’est le cas du contrôle du passe vaccinal), seules les autorités de police, de gendarmerie ou des douanes paraissent habilitées à mettre en œuvre de telles procédures.

[10] L’Obs, « La République des consultants », articles de Matthieu Aron et Caroline Michel-Aguirre, 24 juin 2021 : l’on apprend notamment que l’État, les entreprises publiques et les collectivités locales ont consacré 43 milliards d’euros en 2019, pas moins ( !), pour financer diverses prestations de « conseils » auprès de cabinets français mais surtout étrangers, dont le célèbre cabinet américain McKinsey qui intervient un peu partout à raison de « 4000 euros par jour » et par consultant. C’est par exemple ce cabinet qui oriente la politique de vaccination du gouvernement. L’on peut lire ainsi que « Chaque après-midi, au démarrage de la campagne de vaccination, les membres de la task force du ministère de la santé étaient conviés à des points d’étape pilotéspar un associé du bureau McKinsey à Paris. Un service facturé 4 millions d’euros … » ! 

[11] Ouest-France, article de Julia Toussaint, 18 janvier 2021.

[12] Brut, entretien du 18 décembre 2021.

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Journal — Éducation et enseignement supérieur
Une école plus si obligatoire
Pour faire face à la menace de coupures d’électricité cet hiver, le gouvernement a brandi une possible fermeture des écoles le matin, au coup par coup. Cette politique repose, trois ans après l’épidémie de Covid, la question de l’obligation d’instruction des enfants, un principe sans cesse attaqué.
par Mathilde Goanec
Journal — Énergies
EDF face aux coupures d’électricité : la débâcle énergétique
Jamais EDF ne s’était trouvée en situation de ne pas pouvoir fournir de l’électricité sur le territoire. Les « éventuels délestages » confirmés par le gouvernement attestent la casse de ce service public essentiel. Pour répondre à l’urgence, le pouvoir choisit la même méthode qu’au moment du Covid : verticale, autoritaire et bureaucratique.
par Martine Orange
Journal
Les gueules noires du Maroc, oubliées de l’histoire de France
Dans les années 1960 et 1970, la France a recruté 80 000 Marocains pour travailler à bas coût dans les mines du Nord et de la Lorraine. La sociologue Mariame Tighanimine, fille d’un de ces mineurs, et la journaliste Ariane Chemin braquent les projecteurs sur cette histoire absente des manuels scolaires. 
par Rachida El Azzouzi

La sélection du Club

Billet de blog
Fin de vie, vite
Le Comité Consultatif National d’Éthique considère « qu’il existe une voie pour une application éthique d’une aide active à mourir, à certaines conditions strictes, avec lesquelles il apparait inacceptable de transiger ». Transigeons un peu quand même ! Question d’éthique.
par Thierry Nutchey
Billet de blog
Fin de vie : faites vivre le débat sur Mediapart
En septembre dernier, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a rendu un avis qui rebat les cartes en France sur l'aide active à mourir, en ouvrant la voie à une évolution législative. Conscient que le débat autour de la fin de vie divise la société, le président de la République lance un débat national. Nous vous proposons de le faire vivre ici.
par Le Club Mediapart
Billet de blog
Mourir en démocratie — La fin de vie, une nouvelle loi ? (le texte)
Les soins palliatifs, et donc la sédation, ont désormais des alliés ne jurant que par eux pour justifier l’inutilité d’une nouvelle loi. Mais les soins palliatifs, nécessaires, ne sont pas une réponse à tous les problèmes. Si c'est l'humanité que l'on a pour principe, alors l'interdit actuel le contredit en s'interdisant de juger relativement à des situations qui sont particulières.
par Simon Perrier
Billet de blog
Récit d'une mort réussie
Elle avait décidé de ne plus souffrir. En 2002, La loi sur l'euthanasie venant d'être votée aux Pays-Bas elle demanda à être délivrée de ses souffrances.
par françois champelovier