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Billet de blog 14 janv. 2022

Élection présidentielle : une campagne électorale de plus en plus insupportable !

Qu’il est lassant d’écouter ces candidats qui attendent des citoyens d'être uniquement les spectateurs des ébats de leurs egos, de s'enivrer de leurs mots, de leurs invectives, et de retenir comme vainqueur celle ou celui qui aura le plus efficacement anéanti son adversaire !

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Aujourd’hui, le monde va mal, la France est épuisée et l’offre politique paraît si confuse qu’elle en est inaudible et désespère. Au fond, André Frossard n’avait pas tort d’affirmer que « Le discours politique vole bas, mais il n’atterrit jamais », ou encore que « Tout l'art du dialogue politique consiste à parler tout seul à tour de rôle ».

Il en est trop souvent ainsi des discours de campagnes électorales, ces amas de mots soigneusement triés pour l’occasion histoire de mettre en évidence une intention, celle de gagner, une volonté, toujours celle de gagner, et parfois une idée surgie de la tête du candidat qui, pour convaincre l’électeur, l’enrobe alors d’une gelée d’autres mots préparée avec minutie par des communicants sans scrupules, une gelée mitonnée juste à point pour attirer l’attention, en fait pour séduire, et parfois pour meurtrir. Mais surtout pour gagner des voix, et donc l’élection.

La campagne pour l'élection présidentielle bat désormais son plein dans les médias et les maisons d’éditions mais, une fois de plus, sans que les citoyens aient la possibilité d’y exprimer véritablement leurs points de vue, leurs aspirations ou encore leur ressentiment. Ils peuvent parfois poser des questions, mais sont rarement invités à échanger, car leur rôle est d’écouter, rien de plus. A quoi bon, en effet, engager le dialogue, le vrai, puisque les candidats, leurs communicants et nombre de journalistes savent tout de nous, parlent en notre nom comme jamais nous ne pourrions en être capables, connaissent mieux que nous nos vies, nos problèmes, nos difficultés, nos attentes. Ils sont à l’écoute des français, ils entendent les français ! Voilà ce qu’ils affirment à l’envi, la main sur le cœur !

C’est pourquoi il vient rarement à l’idée d’un média d’inviter un citoyen « ordinaire » à débattre avec un candidat, et rares sont les maisons d’édition ou les journaux qui se risquent à publier des témoignages de ces citoyens considérés, par principe, comme inaptes à analyser, discuter ou proposer quoi que ce soit, comme s’ils n’étaient que des simples d’esprit juste bons à n’accomplir qu’un geste furtif, celui de glisser un bulletin de vote dans l’urne.

En revanche, toutes interviews ou publications des candidats à l’élection, aussi creuses et insipides soient-elles, sont les bienvenues, l’important étant de composer un portrait attirant, de présenter une image séduisante qui puisse « se vendre », de fignoler des discours qui « fassent intelligent » et qui mettent surtout en relief cette détermination de gagner, une détermination bien sûr assortie d’une profusion de promesses, pourvu qu’elles soient alléchantes : le fond et surtout le futur un peu lointain importent finalement peu, ou à peine.

Alors, nous autres lecteurs et spectateurs, habilement guidés par quelques puissants médias, par des instituts producteurs de sondages approximatifs voire fumeux, et par une poignée d’éditorialistes ou autres chroniqueurs réputés incontournables dans l’art de délayer sur les ondes leurs immuables verbiages, n’avons d’autre alternative que celle de supporter en silence les scènes en trompe-l’œil d’une tragi-comédie électorale interprétée par des candidats qui attendent de nous d'être uniquement les spectateurs des ébats de leurs egos, de s'enivrer de leurs mots, de leurs invectives, et de retenir comme vainqueur celle ou celui qui aura le plus efficacement anéanti son adversaire.

Il est vrai que pour un citoyen « ordinaire », intervenir dans le débat n'est pas chose simple, puisqu'il ne maîtrise pas forcément les techniques de communication permettant de déclamer des idées creuses ou, à l’inverse, d'exprimer de bonnes idées, mais alors en creux pour ne pas trop effrayer l'électeur ou encore, réseaux sociaux obligent, l'e-lecteur impatient. C'est là, en effet, tout un art qui demande une sérieuse habileté, beaucoup de savoir-faire dans celui de dévoiler des mirages et de pratiquer la tartufferie, outre de disposer de solides relations dans les médias et pas mal de moyens financiers !

A l’inverse, les acteurs politiques ne rencontrent pas de telles difficultés, mais c’est hélas pour se chamailler dans les médias à nous seriner, jour après jour, les noms de ceux d’entre eux qui, en 2022, seront à coup sûr « les meilleurs » candidats et forcément « les sauveurs » de notre pays et de notre République, sans bien comprendre que leurs excès de vanité ne sont plus d’aucune utilité et ne font qu’aggraver les lourdes peines et les souffrances de plus en plus intenables actuellement infligées au peuple par le pouvoir en place.

Il nous est donc proposé de souscrire aux offres présentées par les candidats de droite et d’extrême-droite, y compris celle d’Emmanuel Macron s’il se présente, dominées par une vision néolibérale exacerbée et un combat sans concession contre un bouc-émissaire réputé responsable de la plupart des maux de notre pays, à savoir l’étranger immigré. C’est inquiétant ! Quant aux acteurs politiques de gauche, ils se déchirent, refusent à ce jour de s’unir pour offrir à notre pays une autre perspective, celle de traiter les problèmes au fond et permettre de retrouver la mémoire des codes qui ont fondé la République en imposant, une fois pour toutes, l’idée que la liberté, l’égalité et la fraternité ne sont pas des mots vides de sens, mais expriment des principes profonds et incontournables qu’il faut respecter comme de saints évangiles.

Eh bien il faut réagir, il faut s’indigner à nouveau et il faut oser monter sur scène ! Car une démocratie qui privilégie les monologues sans contradicteurs ou, au mieux, des dialogues stériles entre seuls acteurs de la politique, sombre dans la somnolence et perd vite les attributs qui lui permettent de rester vivante. Le citoyen ne saurait être privé de la possibilité de témoigner, d'exprimer une opinion perceptible, d’exiger de substituer la clairvoyance et l’ouverture d’esprit à la médiocrité et personne, pas même un Président de la République, dût-il s’appeler Emmanuel Macron, n’est en droit de s'acharner à maintenir ce citoyen, qu’il soit ou non revêtu de jaune, en état de coma forcé lui interdisant de donner des signes de vie sociale.

Les citoyens en ont assez, en effet, d’être instrumentalisés en permanence dans le seul but de les inviter à glisser dans l’urne tel bulletin plutôt qu’un autre, alors qu’ils sont en réalité traités au mieux par l’indifférence, et souvent par le mépris, ces citoyens pourtant fatigués qui aspirent certainement à forcer au plus vite les verrous d’une démocratie devenue si sécuritaire qu’elle en est oppressive, comme pour y percer des ouvertures laissant circuler à nouveau ce puissant courant d’air frais et pur qu’est le vent de la liberté, cette liberté que le pouvoir tente aujourd’hui de leur confisquer.

Il est urgent de se réveiller, car notre planète se consume à vue d’œil dans l’indifférence quasi générale et, en France, les assises de notre République, celle qui nous invite à briser les inégalités les plus flagrantes et à respecter sans concession les droits et la dignité de la personne humaine, s’effritent dangereusement ! Mais de cela, on en parle trop peu, alors même que ce sont les jeunes qui seront les victimes expiatoires de nos silences et de nos errements coupables : ce sont eux qui se trouveront, en effet, en première ligne pour affronter les fléaux qui pourraient s’abattre d’ici peu sur la planète et sur notre pays.

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