A quoi bon, aujourd’hui, faire l’effort de lire la presse ou d’écouter les médias !

Un dernier billet ...

La situation du journalisme en France est préoccupante : j’ai parfois l’impression que les « salles de rédaction » deviennent de plus en plus des « salles de réduction » dont les journalistes encore présents ont été promus « réducteurs en chef ».

Il me semble difficile, en effet, de ne pas reconnaitre que trop nombreux sont désormais les journalistes œuvrant dans les médias influents qui se taisent, tremblant à l’idée de froisser le pouvoir politique et financier en place,  en privilégiant la pratique de cette forme de censure décrite par Roland Barthes qui observait, il y a de cela une cinquantaine d’années, que « la vraie censure ne consiste pas à interdire (à couper, à retrancher) … mais à étouffer, engluer dans les stéréotypes … à ne donner pour toute nourriture que la parole consacrée des autres, la matière répétée de l’opinion courante » !

En France, le travail d’investigation sérieux et le débat contradictoire honnête et digne de ce nom sont en passe de disparaître des journaux, des ondes et des écrans, publics comme privés, l'un des moyens les plus efficaces appliqué pour tordre le cou à ceux des journalistes encore récalcitrants étant celui un jour énoncé, comme le serait un principe intangible, par Monsieur Xavier Niel : « Quand les journalistes m’emmerdent, je prends une participation dans leur canard et ensuite ils me foutent la paix ». Le pouvoir financier a évalué comme il faut la puissance de ce message !

Les exemples révélant la lente mais réelle déliquescence du rôle central du travail du journaliste ne manquent plus dans notre pays. J’en citerai juste un, éloquent, à savoir celui de ce lamentable débat animé le 11 février dernier sur France 2, une chaîne pourtant publique, opposant Mme Le Pen et M. Darmanin, ministre de l’intérieur, deux protagonistes qui, ce jour-là, n’ont cessé de faire de la surenchère pour expliquer au téléspectateur lequel, de l’un ou de l’autre, rejetait le plus « efficacement » et forcément le plus violemment l’immigré étranger, ou encore qui était le plus dur ou le plus mou sur le sort de ces êtres, pourtant humains. C’est consternant, et le Président Macron, celui de tous ceux qui vivent en France, n’a pas réagi ! Par son silence, il a ainsi implicitement approuvé ce que son ministre de l’intérieur a explicitement exprimé sur un sujet aussi grave. Et qui, dans les médias, s’est insurgé sérieusement contre le principe même de cette mascarade journalistique ? Personne, ou alors très timidement !

Alors gare à ce qui risque d’arriver l’an prochain ! Gare aux journalistes qui détiennent une clé importante pour assurer un vrai débat démocratique ! Demain, qu’ils sachent qu’ils endosseront une lourde responsabilité s’ils continuent de somnoler sur les seuls sujets qu’ils choisissent, des sujets souvent trop éloignés des préoccupations réelles de ceux qui souffrent aujourd’hui et qui souffriront le martyr demain !

Le pouvoir en place dispose encore de quelques mois pour achever son travail de transformation de notre démocratie en un régime autoritaire indigne de l’histoire de la France, de sa culture, de son âme. Les dégâts sont déjà impressionnants, et il est donc urgent de mettre un terme à cette volonté destructrice.

Alors, les journalistes qui ne s’intéressent qu’aux seuls gesticulations des acteurs politiques de tous bords, y compris hélas à gauche, ces acteurs qui consacrent l’essentiel de leurs efforts à tortiller leurs egos dans les médias pour s’y chamailler en s’époumonant à nous seriner,  jour après jour, les noms de ceux d’entre eux qui, en 2022, seront forcément « les meilleurs » candidats et les « sauveurs » de notre pays et de notre République, doivent de toute urgence prendre conscience que les frétillements de tels accès de vanité ne sont plus d’aucune utilité et ne font qu’aggraver les lourdes peines et les souffrances de plus en plus intolérables actuellement infligées au peuple par le pouvoir en place.

Il faut parler d’autre chose et surtout laisser parler en priorité ceux qui souffrent.

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