Pour M. Macron, les Afghans, même désespérés, doivent nous laisser tranquilles !

En écoutant hier l’interminable discours prononcé d’urgence par le Président Macron, je pensais à cette remarque d’André Frossard : « Il a été décidé qu'on reparlerait, dès les petites classes, d'éducation civique, d'honnêteté, de courage, de refus du racisme et d'amour de la République. Il est dommage que l'école ne soit fréquentée que par les enfants ».

Je ne sais pas si le Président Macron a entendu parler de M. Mahmud Nasimi, un demandeur d’asile afghan entré récemment en France, en 2017. Il ne parlait alors ni ne lisait notre langue. Mais il l’a apprise passionnément et s’est épris pour la littérature française au point d’écrire un livre, en français (« Un afghan à Paris » Éditions du Palais, 2021), où il raconte ce qu’il a vécu, comment et pourquoi il a quitté son pays, et pourquoi il aime la France. Dans ce livre, on trouve la phrase suivante, qui aurait pu inspirer Emmanuel Macron si seulement il s’intéressait à autre chose qu’à sa réélection : « C’est une profonde peine d’être jugé au lieu d’être compris ».

Il est vrai que depuis le lamentable débat entre Mme Le Pen et M. Darmanin, nous savons désormais que la question cruciale que se posent cette dernière et Emmanuel Macron est celle savoir quel est le niveau de mollesse à l’égard des étrangers qui caractérise le mieux la volonté politique de l’une par rapport à celle de l’autre. Le cœur du discours assourdissant de Mme Le Pen, c’est en effet de marteler à l’envi que c’est l’immigré qui est la source principale des maux de notre société, discours relayé efficacement dans les médias par les analyses piteuses et approximatives de chroniqueurs en vue, tel Éric Zemmour pour ne citer que le plus connu d’entre eux. Alors, la surenchère bat son plein.

Et quand Emmanuel Macron, en sa qualité de Président de la République, a fait le choix d’accorder  en octobre 2019 un long entretien à l’hebdomadaire Valeurs actuelles - qu’il qualifie de « très bon journal » - pour y décrire la vision de sa politique migratoire en y affirmant notamment, s’agissant des immigrés, que « mon objectif, c'est de sortir tous les gens qui n'ont rien à faire là », ne banalisait-t-il pas déjà ce discours humainement inacceptable, ce discours où l’immigré « est jugé avant d’être compris » ?

Depuis hier, il va encore plus loin : il propose une variante, à savoir celle d’interdire aux afghans persécutés de sortir de leur pays pour fuir la tyrannie. La convention de Genève sur les réfugiés n’est donc plus, à leur égard, qu’un « vieil instrument » à jeter au rebut !

Mais il y a des réalités que les chantres des airs de haine contre l’étranger, experts dans l'art de la manipulation des cerveaux et de la cajolerie collective, n’aiment pas reconnaître comme, par exemple, cette évidence énoncée par Zygmunt Bauman selon lequel « dans le monde où nous vivons, il est possible de tenter de contrôler l'immigration (bien que sans grand succès), mais la migration, elle, est destinée à suivre son propre cours, quoique nous fassions ».

Albert Camus a écrit que « Le mépris des hommes est souvent la marque d'un cœur vulgaire ». Il aurait sans doute ajouté aujourd'hui qu’un tel mépris visant l’étranger en situation de danger est souvent la marque d’un cœur éteint.

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