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Billet de blog 20 janvier 2026

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Le stockage de l’énergie verte est-il à portée de main ?

En France le début de l’année 2026 aura été blanc et givré. Une nuit de la saint Sylvestre, telle que l’on n’en aurait pas connue depuis quinze ans nous avait prédit météo France. Le mois de mars risque fort d’être au balcon. Les températures observées sur la période 2023-2025 n’auront jamais connu une telle augmentation par rapport à l’ère préindustrielle.

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Ainsi a-t-on pu voir les ours polaires perdus sur des plaques de glaces à la dérive dans l’océan Arctique, dès le début du printemps. Ainsi a-t-on pu récolter du mimosa, avant Noël dans les Pyrénées-Orientales. Etrange bouquet jaune qui a tranché avec le rouge traditionnel du gui. Alors que le réchauffement climatique s’accélère malgré nous, comment réduire significativement la production de CO2 ? Expérimenter le stockage de l’énergie solaire pour alimenter le réseau électrique intelligent (smart grid) est une piste qui s’ouvre.

La planète en surchauffe dans un monde troublé

Qui n’a pas encore compris que le changement climatique allait produire des effets catastrophiques pour notre survie sur la planète bleue n’a pas posé les pieds sur la Terre depuis des lustres. A longueur de journée, des messages alarmants sont envoyés sur les écrans, comme sur les ondes par les scientifiques du monde entier. Malgré la prise de conscience, en France en 2024 l’élévation des températures aura été de 1,9 °C par rapport à la période préindustrielle. Pour rappel, dans le prolongement de la Cop21, l’objectif est de maintenir le réchauffement climatique en dessous de 1,5°C d’ici la fin du XXIème siècle. Comme dit plus haut, depuis trois ans, c’est tous les mois que des records de chaleur auront été battus. Seul février 2025 aura fait figure d’exception ! Jamais autant d’incertitudes et angoisses ne se seront répandues comme une traînée de poudre quant à l’avenir de l’humanité sur la Terre ! La neutralité carbone pour 2050 n’est pas encore au bout du chemin.

La volonté commune marque le pas. Pourtant dans un monde troublé et en conflit permanent, des politiques publiques et européennes qui penseraient des stratégies à 20 ans, à 30 ans, voire même plus lointaines seraient les bienvenues. Nulle envie de voir les démocraties renoncer à la transition écologique et à la planification industrielle. Pourtant, la nouvelle stratégie énergétique promise par le gouvernement Lecornu n’est pas arrivée avec la fonte de la neige en plaine. Voilà maintenant deux ans le PPE 3 (Projet de programmation pluriannuelle de l’énergie n°3) est dans les cartons. Nul besoin de voir l’accès aux biens communs, tel que l’énergie de plus en plus menacée et réservée à un nombre de personnes de plus en plus restreint sur notre planète. Or dans ce décor en clair-obscur, le bon usage de l’énergie verte fait l’objet d’expériences à observer de-ci, de-là. Ainsi, la technologie V2G (vehicule to grid – Véhicule/réseau) également connue sous le nom de recharge bidirectionnelle est une piste innovante qui pourrait sortir du lot.

Des villes intelligentes pour pouvoir respirer et se déplacer sur la Terre

Produire localement de l’énergie verte et la distribuer tout aussi localement est un élément essentiel pour garantir notre souveraineté énergétique. Or, il faudrait vraiment être mal inspiré pour ne pas utiliser l’énergie qui nous tombe du ciel tous les jours de façon gratuite et inépuisable. Certes, l’énergie solaire est intermittente et difficile à stocker et de ce fait elle est difficile à gérer par le réseau électrique. Néanmoins grâce aux technologies V2G, il est désormais possible de stocker cette énergie dans les batteries des voitures électriques pour la réinjecter ultérieurement dans le réseau électrique en fonction des besoins. Ainsi, lorsque l’énergie produite à partir des panneaux photovoltaïque est abondante, les voitures chargent leurs batteries et quand l’énergie est plus rare, cette énergie emmagasinée est reversée dans le réseau électrique intelligent (smart grid). Des villes comme Utrercht aux Pays-Bas ou encore Hudiksvall en Suède ont mis en œuvre ce nouveau modèle à titre expérimental.

L’efficacité d’un réseau d’énergies devenant de plus en plus vertes est renforcée grâce à ces smart grid. En effet, la quantité d’énergie consommée et celle produite doivent être toujours égales pour que le réseau puisse fonctionner (équilibrage du réseau). Le recourt à la V2G s’accompagne également d’un bénéfice financier pour les utilisateurs qui chargent leurs batteries lorsque l’énergie est peu chère et qui la déverse dans le réseau lorsque les prix sont plus onéreux. Le propriétaire du véhicule est ainsi rémunéré grâce à cette différence de prix. Les économies pourraient aller de 4 à 52 % d’économies sur la facture d’électricité. Ce réseau intelligent pourra ainsi faire la part belle aux énergies intermittentes devenues pilotables, en ajustant la production à la demande. D’ici 2040 lors des pics de consommation, ces véhicules électriques pourraient fournir 15 à 20 % de la demande d'électricité. Pour aller plus loin, renforcer la chaîne de valeur énergétique en Europe demanderait des investissements dans la fabrication de panneaux photovoltaïques. Pourquoi ne pas envisager à travers de grands programmes européens, la création d’usines automatisées de fabrication de panneaux photovoltaïques qui pourrait concurrencer la production chinoise qui a envahi nos marchés.

Le 10 décembre 2025, la Commission européenne révélait un plan pour moderniser le réseau de transport d’électricité entre les pays-membres de l’UE d’ici 2040. Parmi les objectifs, le stockage de l’énergie figurait en bonne place. L’on ne sait pas encore si de nouvelles expérimentations de la V2G seront poursuivies dans ce cadre. L’on sait toutefois qu’Eurelectric (la fédération européenne de l’électricité) a formulé le vœu que la commission européenne soutienne la mise en œuvre de réseaux électriques décentralisés. La résilience citadine au changement climatique ne souffre plus, ni hésitation, ni retour en arrière. Concernant la dynamique de décarbonation à approfondir dans notre pays, comme en Europe la V2G semble avoir sa place. De grands chantiers de transformation énergétique des villes qui placeront l’humain au cœur du processus sont à lancer ou à poursuivre pour garantir notre prospérité commune et partagée. Tout comme notre souveraineté énergétique.

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