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Billet de blog 23 septembre 2024

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Le bureau de vote du gymnase Jean Dame

Depuis le 9 juin 2024, s’il existe un endroit dans lequel je n’ai aucun risque de me perdre, c’est bien le bureau de vote n°15 du gymnase Jean Dame à Paris. En moins d’un mois, j’y aurai passé trois dimanches. Trois longs dimanches d’élections à tenir le bureau de vote.

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En vérité, j’aurais de loin préféré aller surfer à Biscarrosse, plutôt que de subir toute cette précipitation pour finalement assister le 5 septembre 2024 à la nomination d’un Premier ministre LR (les Républicains) qui n’est pas vraiment sorti des urnes. Et le 21 septembre à l’arrivée d’un gouvernement du même acabit. Pour que la politique puisse renouer avec ses lettres de noblesse, il est grand temps de la pratiquer autrement.

Pour que la victoire de l’arc républicain ne soit pas la dernière

Au soir des élections européennes du 9 juin 2024, c’est tambour battant que tout le monde avait dû se mettre en ordre de bataille et qu’il avait fallu trouver des volontaires pour assurer le bon déroulement du vote lors des législatives anticipées. Même motivé, en un laps de temps si court il n’était pas à la portée de tous les agendas, ni de tous les engagements de répondre présent. De mémoire de militante, je n’avais jamais connu aucune autre période au cours de laquelle il eût été plus difficile de recruter à la fois des présidents et des assesseurs pour ouvrir les bureaux de vote. La décision de la dissolution avait frappé de stupeur bon nombre d’entre nous par son caractère brutal et expéditif. Que de mépris pour l’échelon local ! Que de dédain pour les Françaises et les Français qui s’apprêtaient enfin à partir en vacances. Mais, rien n’était vraiment trop beau pour le bon vouloir de Jupiter qui manifestement était de retour.

Ces élections anticipées devaient avoir lieu immédiatement, puisque que le Président de la République en avait décidé ainsi ! Vous ne m’avez pas donné la victoire aux européennes et bien, gare à vous maintenant ! Vous serez de nouveau et dans les plus brefs délais convoqués au bureau de vote et l’intendance n’aura qu’à suivre. L’arc républicain fonctionna et la victoire du NFP (nouveau front populaire) fut belle. Certes, la coalition de gauche n’avait pas la majorité à l’Assemblée nationale ; mais, elle était arrivée en tête ce qui aurait pu présager d’un Premier ministre de cohabitation. C’était sans compter avec la radicalité de la LFI (La France insoumise) et le suivisme du Premier secrétaire du Parti socialiste qui allait fournir, si besoin en était au Président Macron l’occasion de refuser à la gauche d’accéder au gouvernement. Lucie Castets fut précipitée du haut de la falaise de verre. Bernard Cazeneuve renvoyé à sa Convention, en attendant des jours meilleurs. Pour un parti, comme le Parti socialiste qui se dit féministe et de gouvernement, l’Histoire jugera !

Faire de la politique autrement, maintenant ou jamais

Au soir du 9 juin, l’hymne à la joie n’avait pas résonné dans toutes les chaumières de France. Voir au pays de La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, le Rassemblement national (RN) rafler haut la main un scrutin européen avait de quoi glacer le sang dans les veines. Certes, au Parlement européen, les équilibres entre le Parti populaire européen (PPE centre droit) et l’Alliance progressiste des Socialistes et des Démocrates (S&D sociaux-démocrates) n’avaient pas été bouleversés. Ces deux groupes y restent majoritaires : l’extrême droite y progresse ; mais, elle est loin d’être la première force politique européenne. Cependant, quelle image inquiétante et désastreuse pour notre pays la France ! Au soir du 7 juillet, deuxième tour des élections législatives anticipées, l’Assemblée nationale nouvellement élue ne comportait aucun parti majoritaire. Le RN bien que battu en constituait la troisième force politique. Le 21 septembre, la nomination tardive du gouvernement conservateur de Michel Barnier censé rassembler et apaiser le pays en faisant fi des résultats des législatives anticipées a peu de chance d’atteindre sa cible. Qui d’ailleurs pourrait y croire, alors qu’une prochaine dissolution d’ici moins d’un an semble inévitable ?

Le moment est venu d’envoyer à nos politiques le bon message : la France veut des politiques qui soient des stratèges et des visionnaires. Des élus qui fassent de la politique autrement. Des élus qui anticipent les événements et qui sachent bâtir un projet de société pour l’avenir de l’Europe. Des gouvernants qui pensent des stratégies à 20 ans, à 30 ans, voire mêmes plus lointaines. Ne doit-on pas atteindre la neutralité carbone en 2050 ? Des gouvernants qui lancent des politiques industrielles et publiques à long terme. Dans un monde en tension permanente, le Rapport Draghi présenté le 9 septembre à la Commission européenne ne dit rien d’autre pour garantir la compétitivité de l’Union européenne. Ainsi, nul besoin d’une gauche qui ne soit pas celle du réel, ni celle de gouvernement. De façon paradoxale, la nomination du gouvernement Barnier offre une occasion unique à la gauche de gouvernement de dire qu’elle prête à occuper l’espace politique qui lui incombe.

Le moment de dire qu’elle est prête à nouer des alliances à l’Assemblée nationale pour préserver l’unité de notre pays et à préparer l’avenir. Lors du Campus 2024 des Socialistes à Blois, la ligne qui plaide en faveur d’une social-démocratie renouvelée a clairement dit sa volonté de rompre avec les conditions mortifères de l’alliance avec la LFI. Le résultat du fonctionnement de l’arc républicain ne pouvant être détourné par les 72 députés LFI de l’Assemblée nationale au seul profit du seul bruit et de la seule fureur. Il est grand temps d’écrire un nouveau récit à gauche bien loin du RN. Pour que la victoire de l’arc républicain ne soit pas la dernière, la gauche de gouvernement n’a d’autre choix que celui de s’affirmer. Ainsi rassérénée par ces avancées démocratiques, je serais heureuse d’ouvrir à nouveau le bureau de vote du gymnase Jean Dame.

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