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Billet de blog 14 mai 2020

Par où commencer ?

Lotis entre le confort d’avoir le temps de penser à son temps, de se complaire de ne rien en faire, parce que rien ne pourrait se faire, et le désir d’imaginer, dans ce temps, ce qu’il faudrait faire, ce qu’il aurait fallu faire, ce que l’on pourrait faire, sans jamais penser que la pensée ne suffit pas. Par où commencer ?

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 Par où commencer ?

Être d’emblée prise par l’anticipation des objections, des insuffisances, des remarques, des faiblesses, du ridicule d’être seule, matériellement, face à la feuille, en train de penser l’action… : se laisser envahir par l’insurmontable, autre moyen de ne rien faire, de s’en tirer à bon compte, de ressasser les choses, de discuter les tourments, collectifs, personnels. De voir encore et toujours que les ignominies économiques, sociales, politiques, se diffusent, se développent, se reproduisent, et que l’on regarde le train passer en se disant que oui, oui, il faudrait y aller, au combat, au charbon, relever les manches, partout, tout le temps, mais que finalement, au bout du compte, de la ligne, de la fuite, à quoi bon ? Que pouvons-nous faire ?

Tout ceci n’a pas grande importance : ne pas chercher le besoin de se justifier, de chercher dans sa position sociale les raisons, les bonnes raisons, de faire ou de ne pas faire. Mais regarder tout simplement l’état des choses, l’ordre social, l’organisation du pouvoir, et savoir que cette merde infâme suffit à vomir.

Faire. Dire. Que dire, que faire ?

Saisir le moment présent, la « conjoncture », bien sentie, ressentie, à tâtons.

Aller au-delà de l’inhibition constituée par un horizon temporel infini, inaccessible, incertain, par des mots mal posés, maladroits, impuissants, par l’anticipation d’une faiblesse inhérente à toute tentative, par la confusion d’un mot d’ordre et d’un état d’esprit, par le dénominateur commun d’un bon nombre d’entre nous, ce « à quoi bon », cet « on devrait », ce « il faudrait », mangées, englouties dans l’inaction, l’aliénation d’un temps imposé par un ordre économique auquel un grand nombre d’entre nous n’a jamais souscrit : refaire de ce temps – quand on l’a – un principe actif, pratique, positif, de critique, sauter le pas, à droite, à gauche, construire pour les autres, pour soi, des déplacements, des « à-coté », des confrontations, des combats, pour renverser la table et s’y asseoir de nouveau calmement.

Lotis entre le confort d’avoir le temps de penser à son temps, de se complaire de ne rien en faire, parce que rien ne pourrait se faire, et le désir d’imaginer, dans ce temps, ce qu’il faudrait faire, ce qu’il aurait fallu faire, ce que l’on pourrait faire, sans jamais penser que la pensée ne suffit pas.

Par où commencer ? Prise à droite, à gauche, derrière, à côté, en-deçà, en-dessous, en-dedans : les rets sont fins, puissants, solides, amarrés, en nous, de l’aliénation, de cette petite pourriture qui s’instille doucement, constamment, suçant notre suc, justifiant nos justifications, forçant nos décisions, englobant nos pratiques comme si un au-delà était à tout jamais mort et enterré.

Cette organisation sociale de merde, ces jobs de merde, ces rapports sociaux destructeurs : rien n’est à garder. De cette imposition fine, lente et travaillée, dont l’ultime atout est qu’elle parvient même à se faire désirer, d’un pouvoir insidieux, brutal, violent, qui détruit, anéantit, supprime, rien, absolument rien, n’est à conserver.

Les ressources, les instruments, les outils sont là, les exemples ne manquent pas, il nous appartient de se les approprier, de les pratiquer, de les diffuser, de les travailler pour ne plus accepter ce qui est insupportable.

Freddie D. 

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