Pédagogie ou aliénation
POA est un collectif d’enseignant.es, d’acteurs et actrices de l'éducation populaire et d'artistes
Abonné·e de Mediapart

4 Billets

0 Édition

Billet de blog 14 mai 2020

Pédagogie ou aliénation
POA est un collectif d’enseignant.es, d’acteurs et actrices de l'éducation populaire et d'artistes
Abonné·e de Mediapart

Par où commencer ?

Lotis entre le confort d’avoir le temps de penser à son temps, de se complaire de ne rien en faire, parce que rien ne pourrait se faire, et le désir d’imaginer, dans ce temps, ce qu’il faudrait faire, ce qu’il aurait fallu faire, ce que l’on pourrait faire, sans jamais penser que la pensée ne suffit pas. Par où commencer ?

Pédagogie ou aliénation
POA est un collectif d’enseignant.es, d’acteurs et actrices de l'éducation populaire et d'artistes
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

***

 Par où commencer ?

Être d’emblée prise par l’anticipation des objections, des insuffisances, des remarques, des faiblesses, du ridicule d’être seule, matériellement, face à la feuille, en train de penser l’action… : se laisser envahir par l’insurmontable, autre moyen de ne rien faire, de s’en tirer à bon compte, de ressasser les choses, de discuter les tourments, collectifs, personnels. De voir encore et toujours que les ignominies économiques, sociales, politiques, se diffusent, se développent, se reproduisent, et que l’on regarde le train passer en se disant que oui, oui, il faudrait y aller, au combat, au charbon, relever les manches, partout, tout le temps, mais que finalement, au bout du compte, de la ligne, de la fuite, à quoi bon ? Que pouvons-nous faire ?

Tout ceci n’a pas grande importance : ne pas chercher le besoin de se justifier, de chercher dans sa position sociale les raisons, les bonnes raisons, de faire ou de ne pas faire. Mais regarder tout simplement l’état des choses, l’ordre social, l’organisation du pouvoir, et savoir que cette merde infâme suffit à vomir.

Faire. Dire. Que dire, que faire ?

Saisir le moment présent, la « conjoncture », bien sentie, ressentie, à tâtons.

Aller au-delà de l’inhibition constituée par un horizon temporel infini, inaccessible, incertain, par des mots mal posés, maladroits, impuissants, par l’anticipation d’une faiblesse inhérente à toute tentative, par la confusion d’un mot d’ordre et d’un état d’esprit, par le dénominateur commun d’un bon nombre d’entre nous, ce « à quoi bon », cet « on devrait », ce « il faudrait », mangées, englouties dans l’inaction, l’aliénation d’un temps imposé par un ordre économique auquel un grand nombre d’entre nous n’a jamais souscrit : refaire de ce temps – quand on l’a – un principe actif, pratique, positif, de critique, sauter le pas, à droite, à gauche, construire pour les autres, pour soi, des déplacements, des « à-coté », des confrontations, des combats, pour renverser la table et s’y asseoir de nouveau calmement.

Lotis entre le confort d’avoir le temps de penser à son temps, de se complaire de ne rien en faire, parce que rien ne pourrait se faire, et le désir d’imaginer, dans ce temps, ce qu’il faudrait faire, ce qu’il aurait fallu faire, ce que l’on pourrait faire, sans jamais penser que la pensée ne suffit pas.

Par où commencer ? Prise à droite, à gauche, derrière, à côté, en-deçà, en-dessous, en-dedans : les rets sont fins, puissants, solides, amarrés, en nous, de l’aliénation, de cette petite pourriture qui s’instille doucement, constamment, suçant notre suc, justifiant nos justifications, forçant nos décisions, englobant nos pratiques comme si un au-delà était à tout jamais mort et enterré.

Cette organisation sociale de merde, ces jobs de merde, ces rapports sociaux destructeurs : rien n’est à garder. De cette imposition fine, lente et travaillée, dont l’ultime atout est qu’elle parvient même à se faire désirer, d’un pouvoir insidieux, brutal, violent, qui détruit, anéantit, supprime, rien, absolument rien, n’est à conserver.

Les ressources, les instruments, les outils sont là, les exemples ne manquent pas, il nous appartient de se les approprier, de les pratiquer, de les diffuser, de les travailler pour ne plus accepter ce qui est insupportable.

Freddie D. 

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Un comité de l’ONU défend Assa Traoré face à des syndicats policiers
La sœur d’Adama Traoré a été la cible de messages virulents de la part de syndicats de policiers après avoir été auditionnée par le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale des Nations unies. Ce dernier demande au gouvernement d’ouvrir des procédures, si nécessaire pénales, contre les auteurs.
par Jérôme Hourdeaux
Journal — Violences sexistes et sexuelles
Ce que révèle l’enquête, classée sans suite, visant le chanteur de No One Is Innocent
Mediapart a consulté la procédure judiciaire visant Marc Gulbenkian, figure du rock français, accusé d’agression sexuelle par l’une de ses proches. Alors que la plainte a été classée le 2 novembre, l’avocate de la victime, qui s’appuie sur un enregistrement versé au dossier, dénonce une « hérésie » et annonce un recours.
par Donatien Huet
Journal
Des logements « vite et pas cher » : l’immense défi marseillais
Le premier Conseil national de la refondation (CNR) délocalisé et dédié au logement s’est tenu à Marseille. La deuxième ville de France, où les prix s’envolent avec une gentrification accélérée de certains quartiers, compte aussi une trentaine de bidonvilles. Le chantier du logement digne reste immense.
par Lucie Delaporte
Journal — France
Paris 2024 : cérémonie d’ouverture entre amis
Le comité d’organisation des Jeux vient d’attribuer le marché de la cérémonie d’ouverture sur les bords de Seine. Le vainqueur : un groupement dont une agence est liée au « directeur des cérémonies » de Paris 2024, qui avait justement imaginé le concept.
par Sarah Brethes et Antton Rouget

La sélection du Club

Billet de blog
« Économiser ils disent ? Je le faisais déjà ! »
Cette mère, dont j'accompagne un des enfants en tant qu'éduc’, laisse ostensiblement tomber ses bras. Elle n’en peut plus : le col roulé, les astuces du gouvernement pour économiser l'énergie, c'est une gifle pour elle. « Des trucs auxquels ils ne penseraient pas, de la débrouille pour économiser des centimes, je suis une pro de la pauvreté ! Face à des pros de l'entourloupe...»
par Mouais, le journal dubitatif
Billet de blog
Péripéties ferroviaires en territoire enclavé
Destination France Déchéance, ou Manifeste sur un service public en érosion. Il s'agit dans ce court billet de faire un parallèle entre le discours de la Région Occitanie, celui de vouloir désenclaver des territoires ruraux, comme le Gers, et la réalité que vivent, voire subissent, les usagers du réseau ferroviaire au quotidien.
par camilleromeo28
Billet de blog
Merci pour ceux qui ont faim
Aujourd'hui, samedi, je me rends au centre commercial pour quelques courses. Il est dix heures, et celui-ci est déjà plein de monde : des jeunes gens surtout, des filles entrant, sortant des boutiques de mode, quelques-unes les bras chargés de sacs.
par cléa latert
Billet de blog
« Je vous écris pour témoigner de ma peine de prison qui n'en finit pas »
Rentré en prison à 18 ans pour de la « délinquance de quartier », Bryan a 27 ans lorsqu’il écrit à l’Observatoire International des Prisons (OIP). Entre les deux, c’est un implacable engrenage qui s’est mis en place qu’il nous décrit dans sa lettre.
par Observatoire international des prisons - section française