Ateliers citoyens sur l'avenir de l'aéronautique 2.Stratégie pour l’emploi

Le collectif "Pensons l'aéronautique pour demain" a organisé une série de trois ateliers citoyens qui se sont tenus en novembre 2020. L’objectif de ces ateliers a été d’esquisser des propositions qui seront développées dans les prochains mois. Ce document est une synthèse du deuxième atelier : « De la mono-industrie aux projets d’avenir : quelle stratégie pour l’emploi ? »

Dans une perspective de transition de la filière aéronautique vers des projets d’avenir répondants aux besoins sociétaux (Atelier 1) et environnementaux (Atelier 3), l’objectif de cet atelier était, d’une part, d’établir des revendications permettant de sauvegarder l’emploi et, d’autre part, d’esquisser un modèle économique et social capable de répondre à ces projets d’avenir, notamment pour sortir les territoires de la mono-industrie. Deux groupes, appuyés par les deux économistes B.Borrits et B.Friot, ont travaillé séparément sur ces deux thèmes pour faire des propositions présentées et débattues ensuite en plénière.

Nous avons retenu trois axes de revendications formulées lors de ces ateliers :

1 – Pour un financement démocratique de l’économie

Aujourd’hui, le financement des entreprises est une prérogative quasi exclusive du capital qui échappe à la décision et au contrôle des citoyens et des travailleurs. Il est dicté par des intérêts privés qui considèrent l’environnement, la santé, et le vivre ensemble comme des externalités. Pourtant, ce sont à travers les choix d’investissements que se détermine l’avenir. Pour le secteur aérien et la construction aéronautique, est-il raisonnable d’investir dans un appareil de production fondé sur des perspectives de croissance à 4%? Ne faudrait-il pas investir dans la transition des entreprises vers des productions plus écologiques (voir atelier 1) ? Actuellement cette décision est prise par un petit nombre guidée par les logiques de marché que les détenteurs de capital et leurs fondés de pouvoir s’emploient à développer pour augmenter leurs profits.

Nous pensons au contraire que ces choix d’importance nationale et internationale doivent relever de la décision démocratique tant ils engagent l’avenir de l’humanité et de l’ensemble du vivant.

C’est dans cet esprit que les ateliers ont formulé les propositions suivantes :

  • Créer des mesures coercitives comme l’interdiction des stock-options ou l’ encadrement des salaires ;

  • Concevoir des alternatives aux institutions internationales actuelles (OMC, FMI...) ;

  • Favoriser les Nouveaux Modèles Economiques (NME) afin de développer l’économie sociale, écologique, locale ainsi que la solidarité et la coopération entre les entreprises (par exemple pour rééquilibrer les relations donneurs d’ordre sous-traitants) ;

  • Donner aux citoyens et aux travailleurs le contrôle du partage de la valeur ajoutée pour un rééquilibrage en faveur des salaires et de l’investissement de long terme (par exemple à l’aide de la création d’une cotisation sociale à l’investissement qui socialise une partie de la valeur ajoutée, dont le produit sera affecté aux investissements choisis par les citoyens et les travailleurs) ;

  • Créer une fiscalité incitative pour favoriser la transition écologique ;

  • Mettre en place des plans de soutien étatique pour orienter les activités de la filière vers des objectifs écologiques ;

  • Inciter financièrement la création d’entreprises à fonctionnement démocratique (SCOP, SCIC, GIE, …) ;

  • Relancer la recherche publique pour mutualiser les travaux de recherche et faire des résultats de ces travaux des biens communs.

2 – Pour un contrôle démocratique des entreprises

L’objectif de ce deuxième axe est de donner du pouvoir aux parties prenantes de l’entreprise (salariés, citoyens, usagers, politique) pour répondre aux enjeux environnementaux et aux besoins sociétaux. En effet, tout comme la planète, l’humain doit être considéré comme une finalité et non comme un coût qu’il faudrait absolument réduire.

Pour cela, nous proposons de :

  • Modifier les statuts de l’entreprise pour permettre une réelle démocratie dans son organisation. Les salariés et les citoyens sont légitimes et compétents pour décider des orientations et des choix stratégiques des entreprises ;

  • Renforcer l’intervention publique, seule à même d’imposer une stratégie industrielle aux grandes entreprises (comme Airbus) en :

  • Planifiant et en synchronisant les activités du secteur de l’aéronautique et au-delà ;

  • Répartissant l’aménagement sur le territoire ;

  • Intégrant les critères écologiques dans les choix des produits et des processus ;

  • Conditionnant les aides publiques et la commande publique à des contreparties : prises de participation au capital, garanties sur l’emploi, investissement dans la recherche et le développement, aménagement des territoires, justice sociale, etc.

  • Nationaliser les entreprises, bien que nous soyons conscients que cette solution est très dépendante des orientations politiques des gouvernements. Pour s’en affranchir, il est préférable de donner le contrôle et la propriété des entreprises aux salariés, usagers, riverains, représentants politiques (par exemple par des dispositifs d’autogestion, de socialisation, ou d’augmentation de la participation au capital). Des formes d’organisation d’entreprise allant dans ce sens existent déjà : les SCOP, SCIC, etc. D’autres types d’organisations permettent de contrôler le sens des activités de l’entreprise, telles les Entreprises à Mission ou les GIE.

3 – Droits des salariés

L’objectif de ce troisième axe est de sortir du chantage à l’emploi et du lien de subordination pour émanciper les travailleurs.

Cela permet de faciliter le redéploiement des compétences des salariés tout au long de leur parcours professionnel en donnant de réels moyens de reconversion, en rendant les travailleurs libres de participer à la vie démocratique (pour éviter l’autocensure et les mesures discriminatoires), en évitant la crise de sens (dissonance cognitive), et en permettant la transparence du droit des affaires (faciliter l’action des lanceurs d’alerte).

Pour cela nous proposons de dépasser et sécuriser l’emploi et la mobilité professionnelle en :

  • Créant une sécurité sociale professionnelle dont le droit au salaire et à la formation, décorrélés de l’emploi ;

  • Aménageant le temps de travail pour permettre de se former et d’organiser sa vie personnelle ;

  • Interdisant les licenciements ;

  • Diminuant le temps de travail subordonné pour permettre à chacun de participer à la vie sociale, syndicale ou politique selon ses aspirations ;

  • Recensant les compétences et en facilitant la mise en relation entre les projets professionnels de chacun et les besoins de l’économie, en particulier l’économie sociale et solidaire.

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