Tout autour. Une oeuvre commune - Déclaration d'hospitalité n° 12

Chacun des auteurs des actes décrits ci-dessous est potentiellement coupable au titre de l'article L 622-1 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Démultiplier les déclarations, c'est de proche en proche constituer un abris de tous pour chacun, rompre l'effet d'intimidation que les procédures en cours génèrent.

Michel D. et Véronique P., respectivement âgés de 53 et 46 ans, tous deux ingénieurs, domiciliés dans le 2e arrondissement de Paris, veulent accueillir chez eux Zahra F., Iranienne de 54 ans, et sa fille Mahsa, 6 ans. La mère et l’enfant sont logées depuis deux mois dans une chambre miteuse d’un hôtel du nord de Paris, à proximité de l’établissement où Mahsa est scolarisée. Le 12 avril 2017, lors de la première rencontre qu’ils organisent chez eux en présence de trois représentantes de l’Association des femmes iraniennes, Zahra F., qui ne parle pas anglais, semble effrayée par ce nouvel environnement. Au bout de quelques jours, elle choisit de retourner vivre dans la petite chambre proche de l’école de sa fille.


Paul V. et Charles C., respectivement âgés de 21 et 22 ans, étudiants à Paris, prennent contact en septembre 2017 avec le Résome, pour accompagner les migrants de leur faculté dans leurs démarches administratives, organiser des soirées festives ou des sorties le weekend, et leur trouver des places de FLE (français langue étrangère).


Paula G., 52 ans, portugaise, concierge dans le 14e arrondissement de Paris, sert tous les matins du café à deux Roumains âgés qui dorment sous l’auvent de la bibliothèque municipale Georges Brassens, voisine de l’immeuble dont elle s’occupe. Le 12 septembre 2017, elle croise sous le porche une résidente qui se plaint de la saleté et peste contre les gobelets, les croûtons de pain ou les restes de nourriture laissés sur les rebords des fenêtres sur rue du rez-de-chaussée. « Madame, c’est moi qui nettoie », lui répond Paula G.


Bernadette S., 42 ans, infirmière dans un centre de soins à domicile du Val-de-Marne, commence sa tournée une heure plus tôt depuis la mi-février 2017 et passe d’abord au Centre d’accueil et d’orientation de Créteil pour donner des conseils et faire les quelques soins nécessaires.


Bernard M., ingénieur, 65 ans, et Marie M., 62 ans, domiciliés dans le 14e arrondissement de Paris, hébergent depuis mai 2017 dans une chambre libre de leur appartement Sayeed K., réfugié bengali de 22 ans, qui travaille dans un restaurant et n’a plus de logement. Au bout de quelques semaines, ils comprennent, sans que le jeune homme ait osé leur en parler, que Sayeed K. a besoin d’un traitement médical régulier et suivi. Bernard et Marie M. trouvent le spécialiste qui convient et prennent les soins à leur charge.


Naïma L., 38 ans, boulangère dans le nord du 11e arrondissement de Paris, range les pains ou baguettes trop secs pour être vendus dans un grand sac en papier kraft. À l’heure de la fermeture, elle sort le déposer au carrefour voisin, où des migrants ont pris l’habitude de venir le chercher. Le lundi 11 septembre 2017, en racontant son geste à une amie, Naïma L. est prise d’un sentiment de malaise. Depuis, elle apporte tous les matins cinq ou six pains frais aux associations qui distribuent des petits déjeuners près du campement de La Chapelle.


Antoine H., chercheur, 65 ans, et Christine C., ingénieure, 63 ans, habitant Paris, hébergent chez eux pendant quatre mois, de janvier à mai 2017, Miran et Riham B., un couple syrien arrivé sur le territoire avec un visa délivré par l’ambassade de France en Turquie il y a plus d’un an. L’homme est chrétien, la femme de confession musulmane, et tous les liens avec leurs familles respectives ont été rompus à cause de ce mariage.


Betty V., 56 ans, Australienne vivant en France, professeur d’anglais indépendante, prend contact à la fin de l’été avec une association qui dispose d’un local dans le 1er arrondissement de Paris. Depuis le 4 septembre 2017, elle y donne trois fois par semaine deux heures de cours d’anglais et de français à des groupes de migrants.


Jean R., 62 ans, cadre d’entreprise, et sa femme Marie, 57 ans, fleuriste, domiciliés à Paris, hébergent à la demande d’une amie libanaise Neven T., Palestinienne âgée de 40 ans, et son fils Adham, 8 ans. La femme, qui ne parle ni anglais ni français, réussit à expliquer à ses hôtes, via Google Translation, que des membres éloignés de sa famille vivent à Périgueux. Jean et Marie R. se chargent de les contacter. Au bout de 15 jours, le 6 septembre 2017, Neven T. reçoit le coup de téléphone attendu : elle et son fils sont les bienvenus dans ce foyer.

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