Tout autour. Une oeuvre commune - Déclaration d'hospitalité n°2

Archive sans fin des gestes concrets d'hospitalité, des actes ordinaires témoignant de l'existence en France d'une "commune" accueillante, proliférante et tentaculaire, au mépris des procédures de criminalisation de la solidarité faite aux migrants. Envoyez vos témoignages à contact@perou-paris.org afin que prolifère cette contre-procédure judiciaire soutenue par le Syndicat de la Magistrature.

Mathilde G., 20 ans, étudiante en école de commerce demeurant à Ivry-sur-Seine, se rend porte de la Chapelle à Paris le 7 juillet 2017 à 5h30 du matin. Elle y retrouve Kamal H., Ibrahim A. et Ibrahim K., trois Soudanais âgés respectivement de 20, 22 et 17 ans. Alors que les forces de l'ordre préparent l'évacuation du campement, Mathilde G. récupère un sac à dos noir où sont rassemblées les affaires des trois hommes, deux matelas roulés et noués par des rubans, ainsi qu'une tente de camping une place de couleur verte. Aidée de deux personnes qu'elle rencontre sur place, Mathilde G. dépose le tout vers 7h30 dans la cave de ses parents demeurant boulevard Magenta, dans le 10e arrondissement de Paris.


Jeanne L., 43 ans, vétérinaire demeurant à Boissy-Saint-Léger, accompagne deux adolescents afghans à la gare du Nord à Paris dans la matinée du 29 août 2017. Elle leur achète deux billets de train pour Calais, deux bouteilles d'eau, ainsi qu'un sac à bandoulière. Elle les conduit sur la voie 5 et les installe dans le wagon où se trouvent leurs places. Elle redescend ensuite sur le quai, où elle attend jusqu’au départ du train à 11h46.


Stéphane M., 49 ans, maître de conférence en droit public, et son fils Abel, 19 ans, étudiant en musicologie, demeurant l'un et l'autre dans le 18e arrondissement de Paris, conduisent aux urgences de l'hôpital Bichat Claude-Bernard Assala A., une Syrienne âgée d'une trentaine d'années, qui souffre d’une infection au pied et d’une fièvre persistante. Elle est accompagnée de son époux Nassif A., 40 ans, et de leur fille Lena A., âgée de 9 ans. Nous sommes le 17 juin 2017, il est environ 18h. La femme est prise en charge par les médecins urgentistes à 19h30, puis admise en chambre une heure plus tard, en vue d'une intervention chirurgicale. Stéphane et Abel M. assistent la famille en lui servant de traducteurs. En fin de soirée, ils invitent l'homme et sa fille à passer la nuit chez eux. Ils quittent tous les quatre l'hôpital à 23h45.


Simon K., 31 ans, serveur demeurant à Pantin, retrouve Kiros M., Éthiopien âgé de 22 ans, dans un café de l'avenue Jean-Jaurès à Aubervilliers le 1er juillet 2017 à 16h30. Simon K. nomme les objets et matériaux composant l'intérieur de l'établissement. Il décrit ensuite les actions qu’ils voient se dérouler dans la rue. Le jeune homme répète les mots et les phrases plusieurs fois, jusqu'à ce qu'un signe approbateur de Simon K. lui signifie que sa prononciation est correcte. Ce cours de français se poursuit ainsi pendant une heure.


Adèle J., 87 ans, retraitée demeurant dans le 9e arrondissement de Paris, donne une valise en cuir marron à un groupe de jeunes Afghans installés sur des matelas à deux rues de chez elle. La valise contient des affaires ayant appartenu à son fils, décédé deux mois plus tôt, ainsi qu'une trousse de toilette avec du savon, un paquet de dix rasoirs jetables et un flacon de parfum. Nous sommes le 10 février 2017, il est 7h du matin.


Marie O., 18 ans, lycéenne demeurant dans le 17e arrondissement de Paris, récupère les invendus de la boulangerie de la rue des Batignolles le 3 juillet 2017 à 20h30. Elle charge les deux gros sacs de pain et de viennoiseries dans le coffre de la voiture de ses parents. A 21h30, elle dépose cette nourriture devant le campement de la porte de la Chapelle.


Antoine S., Sylvain M. et Pascal T., respectivement âgés de 34, 37 et 51 ans, artistes demeurant à Saint-Ouen, finissent de nettoyer et ranger la pièce de 84 mètres carré qui leur sert d'atelier. Nous sommes le 10 juillet 2017, il est 17h. Vers 18h, treize jeunes Soudanais et Érythréens s'y installent pour la nuit.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.