Tout autour. Une oeuvre commune - Déclaration d'hospitalité n°6

C'est un journal des actes que nous tenons. Qui ne tiendra que par les témoignages que nous ne cesserons de recevoir. Aux collectifs, associations, simples citoyens épars : faites nous parvenir la description des vos actes ordinaires, de vos gestes quotidiens. Afin que cette déposition fleuve donne la mesure, par le rassemblement de cette multitude à l'oeuvre, de l'hospitalité qui s'installe.

Jenny A., 42 ans, résidant à Barcelonnette, rencontre Jean-Paul K., jeune Soudanais de 25 ans le 19 novembre 2016 à la sortie du supermarché où elle vient de faire ses courses. Une conversation hésitante s’engage. Depuis, Jenny A. reçoit Jean-Paul K. tous les samedis chez elle pour lui donner des cours de français. Le 15 août 2017, elle emmène le jeune homme sur une plage de la côte d'Azur. Ils y retrouvent Kariem A. et Clinton M., Soudanais également, qui ont reçu leur dossier Ofpra et sont arrivés de Digne pour soutenir leur ami encore dans l’attente d’une décision. L’après-midi se passe à bavarder, rire, manger. Sur la route du retour, Jean-Paul K., qui ne s’est pas baigné de la journée, avoue à Jenny A. ne pas savoir nager. Elle décide de lui offrir une série de sept cours particuliers à la piscine municipale, ouverte jusqu’à fin août.


Natacha M., 35 ans, domiciliée à Paris, est cadre supérieure dans une grande banque en région parisienne. Lors des fréquents voyages à travers le monde que lui impose son activité professionnelle, elle descend généralement dans des hôtels de luxe. Elle y recueille les échantillons de savon, gel-douche, shampooing et autres produits de soin mis à la disposition des clients. Elle ramène également chez elle les trousses, sacoches, plaids et accessoires en tout genre offerts par les compagnies aériennes. Une fois par mois, elle remet ensuite sa collecte à une association qui accueille les migrants et se charge de leur redistribuer ces divers articles. Depuis juin 2017, Natacha M. milite auprès de ses collègues et relations pour que chacun agisse de même.


Michaël B., 55 ans, chômeur, domicilié en banlieue nantaise, dispose de bonnes connaissances horticoles et botaniques. Il passe une partie de ses journées à récolter légumes et plantes sauvages comestibles dans la campagne environnante. Presque chaque soir, il en fait une soupe qu’il apporte ensuite à un groupe de réfugiés vivant à cinq stations de bus de chez lui. Le 11 mars 2017, le potage qu’il a cuisiné se compose de carottes, panais et tétragones. Michaël B. y ajoute crème fraîche et persil avant de charger sa cocotte hermétiquement fermée sur un cabas à roulettes et de sortir de chez lui. Il est 19 heures 30.


Sylviane M., 33 ans, résidant à Paris, croise régulièrement sur le trajet qui la mène à son lieu de travail une famille syrienne faisant la manche dans le métro. Les deux enfants du couple, une fille et un garçon, ont à peu près l’âge de son fils Arthur, qui vient de fêter ses 7 ans. Le samedi 8 avril 2017, Sylviane M. et son fils, à qui elle a parlé de cette rencontre presque quotidienne, décident de faire un tri dans la bibliothèque du garçon et d’en retirer les livres qu’Arthur ne lit plus. Plusieurs mercredis de suite, mère et fils descendent ensemble dans le métro pour apporter ces livres aux deux enfants. Ils n’en donnent à chaque fois que deux ou trois, ne sachant pas où loge la famille syrienne ni si la petite fille et le petit garçon pourront les emporter avec eux. Peu à peu, Arthur se dépossède même des livres auxquels il tient beaucoup. Il s’inquiète longtemps du sort de Riham et Bassel, dont il connaît à présent les prénoms, interrogeant sa mère pour savoir où ils vont à l’école.


Martine H., retraitée domiciliée à Lille, ­entreprend à la demande de son mari âgé de 72 ans, malade et lourdement handicapé ­depuis deux ans, des ­démarches en vue d’accueillir chez eux des réfugiés sans logement. Après ­diverses ­recherches, Martine H. adhère via Facebook à un collectif de soutien. Le 12 juin 2017, le couple peut alors recevoir pour la première fois dans son pavillon un jeune Irakien sans papiers, ­Baravan T., 23 ans, qui souhaite reprendre ses études en France. Il ne reste que quelques jours. ­Depuis, Martine H. relance le réseau dès que leur chambre d’amis est libre.

 

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