Tout autour. Une oeuvre commune - Déclaration d'hospitalité n°7

A bas bruit, le territoire se dessine. Que le fil d'écriture transcrit. Attestant que l'hospitalité n'est pas une hypothèse, mais une puissante réalité, inamovible, ineffaçable, inexpulsable. Faites nous parvenir de nouvelles pièces à conviction à "contact@perou-paris.org", que les preuves retentissent de plus belle.

Maxime P., 22 ans, étudiant résidant à Tours, invite chez lui le 12 mars 2017 quatre réfugiés rencontrés quelques jours plus tôt sur le parvis de la gare, à deux pas du studio qu’il occupe dans un immeuble de la rue Pascal : Mohamed S., Soudanais de 21 ans, Sibal A., Kosovar de 22 ans, Souleymane L., Ivoirien de 30 ans et Rafi O., Afghan de 28 ans. Il est 20 heures. Les cinq hommes partagent des galettes bretonnes et passent la soirée à nommer des objets, chacun apprenant à l’autre les mots de sa langue.


Alexandra P., 41 ans, médecin généraliste domiciliée à Paris avec ses deux fils Simon, 8 ans, et Paul, 6 ans, accueille et héberge chez elle pendant 6 mois, de janvier à juin 2017, une famille hazara : Yahya et Zahra I., qui ont fui l’Afghanistan avec leurs deux petites filles Massouma et Marbouba, âgées de 4 et 6 ans. Alexandra P. entreprend les démarches pour que les fillettes soient scolarisées dans l’établissement voisin. Les quatre enfants partagent leurs espaces et leurs jeux. Le couple afghan en assure la garde et prépare le dîner quand les journées de consultations d’Alexandra P. se terminent tard. Au cours de cette période, il arrive en outre que les deux familles se serrent pour accueillir pendant quelques nuits des mineurs isolés.


Robert et Danièle F., tous deux retraités et habitant à Clermont-en-Argonne, accompagnent et soutiennent dans ses démarches administratives de demande d’asile Rami T., Kurde irakien de 25 ans, avec qui ils partagent ainsi leur vie quotidienne tout au long du printemps 2017.


Michel P., 47 ans, pneumologue exerçant à Nancy, reçoit le 14 octobre 2016 dans son cabinet Maki A., Soudanais de 37 ans. L’homme souffre d’une bronchite chronique aggravée. Michel P. a été contacté par Rachel K., 39 ans, enseignante à Metz, qui est sa voisine à la campagne et chez qui Maki A. est actuellement en convalescence. Après radiographie, une pneumonie est diagnostiquée. Michel P., qui renouvelle à intervalles réguliers son stock d’antibiotiques pour les cas d’urgence, donne à son patient un traitement sur dix jours. Il ne lui fait payer ni consultation, ni radiographie, ni médicaments. Il propose à Maki A. de revenir le voir un mois plus tard, afin de s’assurer que la tache pulmonaire et le foyer infectieux ont bien disparu.


Myriam L. et Vincent D., 52 et 53 ans, administratrice et artiste chorégraphe domiciliés à Tours, apprennent en avril 2017 que Dieffi D., Gabonaise de 17 ans, scolarisée dans un collège où enseigne une de leurs amies, est forcée de dormir les vendredi, samedi et dimanche soir à la rue, l’internat dans lequel elle réside en semaine fermant ses portes le week-end. Ils décident de l’accueillir ces jours-là dans leur maison familiale en mai, juin et juillet. Absents au mois d’août, Myriam L. et Vincent D. s’arrangent avec leurs voisins, Maurice et Françoise B., 49 et 57 ans, conducteur de train et cadre supérieure à la SNCF, pour que la jeune fille puisse être logée pendant cette période. À la rentrée 2017, les deux familles hébergent en alternance Dieffi D., qui est admise en seconde au lycée Descartes mais n’a pas obtenu de place en internat.


Rachel F., 39 ans, enseignante à Metz, bénévole auprès d’une association d’aide aux migrants, reçoit le 8 avril 2016 un appel de Mohammad N., Afghan de 16 ans récemment arrivé dans le Centre d’accueil et d’orientation de la ville. Le jeune homme lui explique que la reconnaissance de sa minorité a été refusée, ce qui l’écarte du dispositif d’aide aux mineurs isolés. Rachel F. lance une alerte sur les réseaux sociaux pour informer et faire appel contre cette décision. Elle accompagne ensuite Mohammad N. dans chacune de ses démarches auprès des divers offices et administrations, jusqu’à sa prise en charge par l’Aide sociale à l’enfance, sa mise sous tutelle de l’État et l’obtention de son statut de réfugié. Le 24 décembre 2016, Rachel F. et sa famille invitent Mohammad N. et ses amis Rami P. et Jutyar A., deux Kurdes irakiens de 17 et 19 ans, à passer les fêtes de Noël avec eux.


Le collectif JK, éditeur de revue, héberge depuis janvier 2017 dans ses locaux parisiens Béni S., jeune demandeur d’asile guinéen de 26 ans. Avec l’aide d’autres collectifs et de personnes engagées dans l’accompagnement des migrants, des cagnottes sont organisées pour la nourriture, les places de cinéma, les tickets de transport. On se relaie pour laver son linge, lui apprendre à cuisiner, lui faire découvrir divers lieux de solidarité dans la capitale, l’accompagner aux rendez-vous à la préfecture et à travers le dédale administratif de son inscription à l’université, où Béni S. est admis en première année de droit. Un appel est lancé pour lui procurer un ordinateur portable et les fournitures nécessaires, livres, cahiers, stylos. On engage une procédure pour qu’il soit exonéré de ses frais de scolarité et on trouve les moyens de lui souscrire une assurance « responsabilité civile ». Dans les locaux de JK, les cartons de revues se mélangent désormais aux affaires de Béni S. et chaque réunion du comité de rédaction s’ouvre par un tour de table consacré à l’examen de la situation du jeune homme, au suivi de sa demande d’asile, aux difficultés qu’il rencontre dans son parcours universitaire, aux solutions qui peuvent lui être apportées.



 

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