Tout autour. Une oeuvre commune - Déclaration d'hospitalité n°9

De proche en proche, le chantier s'intensifie, le territoire augmente, la commune s'étire. Constituée des gestes d'hospitalité au jour le jour : une ville manifestement. Invisible, à ceux qui ne savent voir.

Corinne M., domiciliée dans le 14e arrondissement de Paris, héberge chez elle depuis janvier 2017 Donald S., Camerounais, mineur isolé âgé de 16 ans, qui est sans papiers. En avril, elle prend contact avec le frère aîné de Donald S., qui est resté au pays. Corinne M. lui demande de faire établir une copie de l’acte de naissance du garçon, afin de pouvoir engager les démarches de reconnaissance de sa minorité. Elle lui fait parvenir de l’argent pour couvrir les frais d’administration et d’envoi de ce document.


Antoine S. et Blandine S., couple de retraités domiciliés à Doulon, un quartier est de Nantes, hébergent depuis le dépôt de sa demande d’asile en France il y a plus d’un an Moussa B., réfugié syrien âgé de 31 ans, dont l’épouse et la fille sont restées en Syrie. Le 23 mai 2017, Antoine S. conduit en milieu de matinée Moussa B. sur le port, où l’homme a pris l’habitude de rendre de menus services aux marins en escale et de les guider dans la ville. À 18 heures, Blandine S. vient le rechercher en voiture devant le parking sud de la gare de Nantes.


Esther P., 20 ans, et son groupe de Scouts remettent le 12 février 2017 à Calais à une association pour les migrants une cinquantaine de vélos récupérés auprès des habitants.


Nathalie R., Michel T., Simone B., Jean-Paul S., Mathilde A, Colette H, Patrice C. et de nombreux autres habitants de Sainte-Marie-aux-Mines en Alsace se mobilisent pour aider les réfugiés du Centre d’accueil et d’orientation récemment installé dans la ville et les accompagner dans leurs démarches au-delà de ce que fait l’institution. Le dimanche 25 juin 2017, un grand pique-nique est organisé pour la fin du ramadan dans le parc de la médiathèque, avec les réfugiés et les personnes qui les entourent.


Shririn A. et Jaleh L., jeunes architectes iraniennes habitant à Paris, organisent en mai 2017 des concerts pour les migrants installés sous le métro aérien de la ligne 2, entre les stations Jaurès et Stalingrad, dans le 19e arrondissement parisien.


Thierry G., 51 ans, journaliste, Caroline G., 51 ans, directrice d’une salle de cinéma à Nantes, leur fille Nadja, 15 ans, lycéenne, et par solidarité son frère et sa sœur aînés ayant déjà quitté la maison, accueillent chez eux depuis février 2017 Mosko L., Guinéen de 17 ans, une semaine par mois en alternance avec d’autres familles nantaises. Il leur arrive aussi de loger ponctuellement, pour quelques nuits, d’autres mineurs déboutés, en fonction des besoins du collectif nantais d’hébergeurs solidaires.


Hugo T., photographe de mode à la retraite domicilié à Paris, se présente en janvier 2017 auprès d’une association d’aide aux migrants et propose d’accompagner à la Préfecture les demandeurs d’asile qui comprennent mal le français ou craignent de faire leurs démarches tout seuls.


Erwan D., 25 ans, animateur sportif domicilié à Rennes, se rend à l’appart-hôtel de Rasha T., 28 ans, Syrienne, le 16 avril 2017, porte de la Chapelle à Paris. Rasha T. est mère d’un petit garçon de 3 ans et enceinte de 8 mois et demi. Erwan D. lui dépose les courses qu’il a préalablement faites pour elle : de la nourriture, des couches 1e âge, de la tisane aux agrumes et un bloc-notes format A5.


Adam T. et Lisa G., 10 ans, écoliers habitant Cahors, préparent un exposé pour leur classe de CM2 en juin 2017. Leurs parents les ont aidés à recueillir des informations et des images sur la situation des migrants et l'accueil que des personnes leur proposent en France.


Patricia G., 43 ans, animatrice, et Jacques D., 41 ans, graphiste, demeurant à Molezon, hébergent chez eux pendant dix jours, en mai 2017, Serob S., Arménien âgé de 28 ans, tandis que sa femme et sa fille de 4 ans restent logées au Centre d’hébergement et de réinsertion sociale de Mende. La séparation vise à empêcher l’expulsion qui menace la famille. Un collectif de soutien, le RESF Lozère, se bat pour obtenir du préfet l’engagement que Sérob S., son épouse Arsiné et sa fille Houri ne seront pas renvoyés.


Patricia G., 43 ans, animatrice, et Jacques D., 41 ans, graphiste, demeurant à Molezon, se rendent le 30 juin 2017 au Centre d’accueil et d’orientation de Marjevols, où ils rencontrent Mohamed F. A., Irakien de 33 ans, Nasratullah B., Afghan de 27 ans, et Fouad L., Libyen de 27 ans, tous trois menacés d’expulsion. Patricia G. et Jacques D. les emmènent et les hébergent chez eux jusqu’au 3 juillet.


Nadine G., 55 ans, interprète et traductrice domiciliée à Ploërmel, se rend plusieurs fois à Calais durant l’automne 2016 pour apporter son aide aux associations d’aide aux migrants. Le 28 janvier 2017, elle reçoit un appel de Mohamed K., un mineur isolé d’origine soudanaise qu’elle y a rencontré lors de son dernier séjour. Le garçon se demande s’il ne va pas rester en France plutôt que de tenter de passer en Angleterre. Nadine G. lui propose de venir le chercher et de l’héberger chez elle.


Marie C., 37 ans, attachée de presse, et une trentaine d’autres personnes habitant à Mouguerre, dans les Pyrénées Atlantiques, se réunissent le 27 août 2017 dans un jardin. Les uns et les autres souhaitent mieux s’organiser pour accueillir chez eux les migrants de passage qui arrivent par Irun ou Hendaye. On discute aussi des personnes dont la demande d’asile a été rejetée et des possibilités de les aider malgré tout à accéder à un emploi.


Brigitte S., 56 ans, secrétaire de direction habitant à Bayonne, rencontre le 29 août 2017 en sortant de son travail deux jeunes hommes d’origine érythréenne qui viennent de passer la frontière à Hendaye. Ils ne savent pas où dormir. Elle leur propose de les accueillir chez elle pour la nuit. Le lendemain, selon leurs souhaits, elle les emmène prendre un bus pour Paris.

 

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